‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 25 sur 108 · LES CRITÉRIUMS DE LA VÉRITÉ KT LA METHODK. 'JU · texte numérisé non relu

LES CRITÉRIUMS DE LA VÉRITÉ KT LA METHODK. 'JU

principe : Il ivefaut tenir poir vrai que ce qui a chacun parait VRAI : Id verum quod unicuique verum videatur. Mais c'est le principe destructif de toute foi à l'autorité des traditions, foi que, comme nous l'avons prouvé par leur propre témoignage (1 ), Socrate et Platon eux-mêmes ont tant recommandée comme la KÈGLE DE l'humanité toucliaiit la religion. Cest la légitimation de tous les rêves, de toutes les aberrations de l'esprit humain ; c'est l'apothéose de la raison de l'homme; c'est la porte ouverte à toutes les erreurs et la mort inévitable de toute vérité. En effet , c'est à l'aide de cette méthode que l'école de Platon, l'Académie, après avoir successivement essayé en vain d'établir une seule vérité uatiirelle, finit par proclamer le principe qu'on ne peut être certain d'aucune vérité, nihil percipi passe , et s'engouffra dans le scepticisme. Et c'est à l'aide de la même méthode que le protestantisme, après avoir fait d'inutiles efforts pour s'assurer d'une seule vérité révélée, a fini par nier toute révélation et vient de se perdre dans t' indifférent isme.

La théorie de Platon sur les idées n'est pas plus merveilleuse. Le même auteur semi-rationaliste, si enthousiaste pour Platon, dans le même livre et presque dans la même page où il a fait de cette théorie l'un des titres les plus sacrés de la gloire incomparable de Platon, n'en a pas moins fait cette remarque pleine de vérité: « On ne peut dissiper le doute qui pèse sur la doc- « Irine de ce grand homme (1) sur les idées. Cette incertitude « occupe une lacune dans ses pensées ; même ses disciples ont a été incertains sur cette doctrine. Dans le Timée , Platon va « jusqu'à donner aux idées le nom de dieux éternels. Dans la « description de l'organisation du inonde, il distingue toujours « Dieu du modèle qu'il imite et met toujours Dieu en présence du « modèle éternel... » Ce qui est dire, en termes formels, « que, par sa théorie sur les idées, dont il a fait des dieux au-dessus de Dieu lui-même, Platon n'a été qu'un fabricant de nouvelles idoles, qui aurait élargi le cercle de l'idolâtrie j qu'il a articulé une doctrine si bizarre, si embarrassée, si confuse, que personne n'a pu rien comprendre, pas même ses disciples, et que très-probable-

(1) Voyez la Tradition, § 50.

ment il n'a pas comprise lui-même ; et que, loin de l'avoir fait progresser, il n'a répandu que l'obscurité et l'erreur sur cette question fondamentale de la philosophie. Est-ce donc un tilre de gloire ?

Encore les idées de Platon ne sont, comme on le sait et comme son panégyriste vient de nous le rappeler, que des généralités des choses spirituelles et corporelles, subsistantes en ellesmêmes, hors de tout esprit et de tout corps; se glissant on ne sait comment dans l'intellect de l'homme, dès son origine ; se développant en lui par la réminiscence, et lui servant de miroir pour la connaissance des êtres spirituels et des êtres corporels. Mais une telle théorie, donnant une realité suhsfandelle, phi/sique, à des abstractions, fait de l'univers une immense abstraction substantiellement et physiquement existante, et, en retranchant tout rapport entre l'esprit humain et les corps extérieurs, place l'homme exclusivement dans le monde des idées. Cette théorie conduit donc tout droit au panthéisme et à l'idéalisme. En effet c'est de cette théorie des idées innées que le néo-platonisme ancien d'Alexandrie et le néo- platonisme moderne d'Allemagne et de France ont abouti au panthéisme et à l'idéalisme.

La méthode et la théorie des idées de Platon sont donc ses deux plusgrandes erreurs, ses deux erreurs colossales, ses deux erreurs-mères, par lesquelles il a contribué, dans les temps anciens et dans les temps modernes, à la destruction de toute philosophie, de toute religion, de toute vérité; ce sont les titres particuliers desahonte. Ainsi, en les appelant la gloire incomparable de Platon, le semi-rationalisme a donné à voir qu'il n'a rien compris à Platon ; et, en affirmant que saint Augustin a suivi et fait progresser cette méthode et cetle théorie de Platon, le semirationalisme donne à voir encore qu'il n'a rien compris non plus à saint Augustin.

Voyez en effet. Au deuxième livre de son ouvrage de l'Ordre {cap. xni), saint Augustin a louché en passant, dans quelques lignes, les avantages et la nécessité de la logique, et là- dessus le semi- rationalisme de s'écrier d'un air victorieux : « Voilà la « méthode d'Augustin ! Envisagée conmie procédé logique, cette « méthode, si puissante et si féconde dans les mains d'Augustin . « n'est autre chose que la dialectique de Platon. »

Page 1