LES CRITÉBIUMS DE LA VÉKITÉ ET LA. MÉTHODE
Eh bien! il n'en est rien. Dans ce chapitre, le plus court de tout Touvrage, il n'est nullement question ni de la méthode de Platon, ni de sa dialectique. Dans ce chapitre^ saint Augustin n'a pas établi de procédé logique propre à lui; il n'a pas fait de méthode; il n'a parlé que de la logique en général^ qui n'est que la raison raisonnant, la raison qui n'a pas attendu que Platon et Aristûte vinssent au monde pour apprendre à raisonner juste, et que tout homme de génie possède à un degré éminent, indépendamment des règles de la logique. Ainsi (et rien n'est plus évident pour quiconque a lu saint Augustin) ce grand Docteur n'a puisé ni dans Platon ni dans aucun autre philosophe, mais dans sa haute raison et dans son propre génie, cette merveilleuse dialectique si puissante et si féconde dans ses mains, et par laquelle il a terrassé toutes les erreurs et développé et vengé toutes les vérités.
A l'exemple des Pères qui l'avaient précédé et qui lui étaient contemporains, saint Augustin a vraiment uni, dans une vaste synthèse, la foi avec la science, la religion avec la philosophie; il a vraiment développé, expliqué, défendu la vérité et la morale du christianisme contre toutes les écoles des philosophes, contre toutes les sectes des hérétiques, avec une puissance de raison, avec un éclat d'éloquence avec une force de conviction , inconnue jusqu'à lui et même après lui. Mais on ne trouve nulle part, dans les nombreux et immortels ouvrages qu'il a faits, une méthode pour conduire l'esprit humain à la vérité.
«Comparez, nous dit ici le semi-rationalisme, comparez, avec « les hésitations et les doutes de Platon, les convictions arrêtées, « les paroles nobles, lumineuses et abondantes d'Augustin, et « reconnaissez la supériorité de la source à laquelle ce dernier « a emprunté ses théories. Or cette source n'a été que la révéla- « tion chrétienne. » Ainsi donc, d'après le semi-rationalisme, saint Augustin n'a pas suivi la méthode païenne de Platon, mais la méthode chrétienne de saint Paul, qui l'avait converti; il n'est guère parvenu parla raison, mais bien plutôt par la foi, à se former des convictions arrêtées sur ce qu'il importe le plus à l'homme de savoir et à en parler avec des paroles nettes, lumineuses et abondantes; en sorte qu'il aurait pu mettre en tête de tous ses immortels ouvrages , comme une épigraphe qui les résumerait
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tous, ces mots du Prophète : « J'AI CRU , et c'est pouuquoi j'ai PABLÉ; CREDIDJ.propterquod locutus sum {Psalm.) »
Gela est si vrai que, dans ses Rétractations, en signalant les quelques expressions erronées, incertaines ou inexactes, qui se trouvent dans ses livres, faits dans la retraite de Cassiaque, avant son baptême, il n'attribue ces expressions qu'à la circonstance qu'il ne connaissait pas bien encore les saintes Écritures , et qu'il n'était pas (jncore assez instruit dans la science ecclésiastique : Hoc non dixissem sijam lune essem LITÏERIS SACRIS ERUDITUS [lib. I, c. v); iSec isto nomwe iiteremur si jam salis essemus LITTERIS ECGLESIASTICIS eruditi [lib. I, c. m).
Si donc la vérité ne lui a fait défaut que quand sa raison a marché seule, sans la lumière de la révélation, il est évident que ce n'est que par le secours de cette lumière divine qu'il a connu la vérité d'une manière certaine et arrêtée, et en a parlé d'une manière si supérieure à Platon ; par conséquent, il est évident aussi que la méthode de saint Augustin, pour arriver à la certitude de la vérité, n'a pas été le raisonnement, mais la prière, n'a pas été la méthode des recherches philosophiques, mais celle de l'humble foi. C'est cette méthode qu'il a suivie dès l'instant où, terrassé par une voix du Ciel, il crut, et c'est aussi cette méthode qu'il inculque dans tous ses nombreux ouvrages. Voyez donc combien le semi-rationalisme est dans le vrai en affirmant que saint Augustin n'a fait que continuer la méthode de Platon et la perfectionner.
Ah ! instruit par sa propre expérience et par les égarements de la raison, saint Augustin ne savait que trop combien la méthode plalonicienne de la souveraineté absolue de la raison dans le jugement de la vérité est dangereuse et funeste, pour avoir voulu, après sa conversion , suivre une telle méthode et la faire progresser ! Aussi, dans son ouvrage contre les Académiciens, le premier qu'il écrivit dans sa retraite de Cassiaque , étant encore catéchumène, tantôt pour convertir ceux de ses jeunes amis qui l'entouraient dans cette solitude, et qui, tenant encore au principe académique : que le sage ne doit rien a/jirmer comme certain, désespéraient de toute vérité, et tantôt pour s'affermir lui-même dans sa résolution de demeuier dans le calme intellectuel de la
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vie chrétienne (1 ) : dans cet ouvrage, disons-nous, saint Augustin, loin d'avoir pris la raison, prit la/o? pour son point de départ. Car, il y a dans cet ouvrage un chapitre ainsi intitulé : Qu'on