NE PEUT ÈTJRE CERTAIN DE LA VÉRITÉ QUE PAR LE SECOURS DE
Dieu; Veritatem nisi divina ope non percipi {lia. III, c. vi ) ; et l'ouvrage entier est par son auteur résumé dans ces mots : «Ence fin \a. seule discipline c/e la plus vraie de toutes les philosophies « est devenue manifeste. Car notre philosophie à nous n'est pas « la philosophie de ce inonde, QUE NOTRE RELIGION, A DE « TRÈS-JUSTES TITRES, DÉTESTE. Mais c'est cette philoso- « phie, bien autrement intelligible, à laquelle la raisoin, même la
« PLUS subtile, ne PEUT RAPPELER LES AMES AVEUGLÉES PAR
« LES TÉNÈBRES MULTIFORMES DE l'erreur, qu'après quc Ic Dicu « souverain, par un excès de clémence populaire, a fait descendre « et soumis l'autorité de l'entendement divin jusqu'au corps de « l'homme; c'est par les préceptes du christianisme et même « par les faits de cette science (de la foi) que les âmes ont pu être « excitées à revenir à elles-mêmes, à regarder la patrie, sans « avoir besoin des combafs de la dispute. »
Saint Augustin revient à cette même théorie, touchant l'acquisition de la vérité, dans ses livres, De l'avantage de croire {De utiUtate credendi), De l'ordre {De ordine) et Du maître {Ds magisfro). Il y établit que, formée par les moyens simples et naturels que nous avons indiqués et développés dans la Tradition, § 19), la raison humaine se trouve en possession des vérités dont la connaissance lui est urgente , sans avoir besoin qu'on les lui enseigne de nouveau ; mais qu'en voulant se rendre compte de ces vérités, se les démontrer et en avoir la science complète et une certitude parfaite il faut soumettre sa raison à l'autorité, par un noble effort de la raison, dont la raison même démontre la nécessité; il faut soumettre la raison à l'autorité, comme venait de le faire Augustin lui-même ; il faut baisser le front, prier et
(I) « cum me ad christiana? vifœ otium contulissem, nonduin baptizaliis, « contra academicos primuni scni)si, iit argnnienta eoriiin (|iia' mullis infe- « runt veri inveniendi desperaiiotiem et prohibent cuiqiiam rei assentiri, ah " animo meo, quia et me movebant, quantis possem rationibtis, amovcieui (Re- « tract., lib. I, c. i). »
se faire enfant à l'école du Christ, le vrai et unique MAITRE des âmes. Voilà la méthode de saint Augustin (si tant est qu'il ait voulu faire une méthode); et il est évident que c'est là l'opposé de la méthode de Platon.
La voici, du reste, cette méthode de saint Augustin, telle qu'il l'a formulée dans ces lemarquables lignes de son ouvrage De la doctrine chrélienne : « Si l'on trouve que ceux qu'o/i appelle « philosophes, disent, par hasard, quelques choses vraies et qui a peuvent s'adapter à notre Foi, on doit les leur enlever, comme et on enlève aux voleurs le bien qu'ils possèdent injustement, et « on doit les faire servir à l'usage de la science chrétienne. Mais « il faut faire attention que la philosophie des païens renferme « des imaginations chimériques , qui singent la vérité et n'abou- « tissent qu'à la superstition, et que, par conséquent, chacun « de nous , qui sortons de la communion des gentils , doit soi- « gneusement éviter (1). » C'est nous dire : Que lui-même, saint Augustin, a bien emprunté, quoique avec une extrême réserve, aux écrits des philosophes du paganisme, des mots, des phrases, des arguments , des témoignages en faveur de la religion chrétienne; mais que, quant aux systèmes , aux doctrines, à la méthode de la philosophie païenne , en devenant chrétien , il s'est hâté de les rejeter en masse et de les fuir.
En répondant à Fontenelle par un très-savant ouvrage dont il sera question plus loin', le père Balthus , le théologien le plus versé de son temps dans la connaissance des Pères, s'exprime ainsi : « Qui a dit à notre critique que les premiers Pères de « VÉglise aient eu une philosophie particulière , qu'ils en aient « suivi une autre que celle de l'Ecriture sainte, où ils trouvaient « tout ce qui leur était nécessaire en matière de religion , et « après laquelle ils ne croyaient plus , comme ils le disent « (TertuUien, De Prescrip.), avoir besoin de curiosité? Qui lui a « dit que cette philosophie particulière qu'ils suivaient, fût celle
(1) « Qui \ihilosoplii vocanlur, si qua/o;7e vora et fidei nostr» accommo- " data dixeruiit, ab cis, tamquain ab injiistis i)OSscssoribiis, ia usum nostrum « vindicanda sunt. Hal)ent cnini dodrinœ genf ilium qiuodani sinuilata ot siij)er- « stitiosa iigmenta , qua? unusqiiisque nostrum, de societatc gentiliuiu exieus , n débet vitare (Z)e doctrin. Christian , lib. 11). »