LES CRITÉRIUMS DE LA. VÉRITÉ ET LA MÉTHODE
« de Platon , plutôt que celle de Zenon ou d'Aristote ? Où sont « les commentaires qu'ils ont faits sur ce philosophe (Platon) ? « Quelles marques ont-ils données de la prodigieuse estime qu'ils « faisaient de lui ? Uont-ils loué , comme on a fait depuis Aris- « tote? L'ont-ils cité dans leurs livres ou dans les discours qu'ils «faisaient aux peuples, pour donner de l'autorité à ce qu'ils « avançaient ? Ont-ils jamais entrepris de \e justifier sur ses er- « revrs? Au contraire , que n'ont-ils pas dit pour en donner du « inépris , pour le réfuter et pour faire sentir ses égarements ? « En quoi je suis persuadé que l'on pourrait, avec beaucoup plus « de vraisemblance , les accuser d'avoir porté les choses trop « loin, et d'avoir condamné trop universellement ce philosophe , « ainsi que toute la philosophie en général , si on ne faisait at- « tention aux temps auxquels ils vivaient et aux circonstances a qui les obligeaient de parler et d'agir avec autant de sévérité « qu'ils l'ont fait {Réponse à l'H/st. des Oracles, t. II, p. 134.). » Or, en lisant ce passage, ne dirait-on pas que ce savant auteur a prévu et voulu réfuter d'avance , d'une manière péremptoire, l'affirmation de notre critique à nous : « Que saint Augustin ( le plus grand des Pères auquel fait allusion le père Balthus) ait voulu faire une philosophie et même une philosophie platonicienne?» Du reste, le fait contraire a été constaté avec une admirable précision par notre honorable critique lui-même ; car c'est lui qui a dit : « La méthode des anciens n'avait pas la vi- « gueur de la nôtre; L'INDICATION de ces choses est répandue « ÇA ET LA dans les écrits de saint Augustin.» Nous avons donc le droit de nous étonner du coiu'age de cet auteur d'avoir voulu faire croire que saint Augustin ait fabriqué , lui aussi, une méthode philosophique, et hiême une philosophie platonicienne et cartésienne, puisqu'il reconnaît que saint Augustin n'a fait qu'INDIQUER ces choses; que ces choses ne se trouvent nulle part , dans saint Augustin , réunies dans un corps de doctrine, mais seulement répandues ÇA et LA dans ses écrits. C'est avouer , en propres termes , nous le répétons , que la prétendue méthode, la prétendue philosophie que notre adversaire attribue à saint Augustin n'est tout bonnement qu'un poëme de son invention.
30 ^ (i. PHILOSOPHIE DE SAINT AUGUSTIN;
TROISIÈME CHAPITRE
DE LA DOCTRINE DE SAINT AUGUSTIN SUR LORIOINE DES IDEES, ET DE l'opposition RADICALE DE CETTE DOCTRINE AVEC CELLE DE PLATON SUR LE MÊME SUJET.
§ 6. Importance du sujet qu'on va aborder. — Saint Augustin, réfutant lui-mcme la calomnie d'avoir suivi l'Idéologie impie de Platon, et établissant sa propre doctrine sur le même point. — Saint Thomas démontrant, lui aussi, que la doctrine de saint Augxistin n'a rien de commun avec la doctrine de Platon sur les idées. — Psychologie de saint Augustin, tout à fait différente, elle encore, de celle du philosophe grec. — Résumé de la philosophie du grand Docteur chrétien.
I^A première, et la plus importante question de la Philosophie, est, de l'aveu de tous les philosophes, la question sur l'Origine des Idées. Se tromper sur ce point capital de la science, c'est se fourvoyer par rapport à tout le reste. On vient de voir combien la doctrine de Platon sur ce sujet a été absurde et même ridicule; il n'est donc pas étonnant que Platon le philosophe ail éclipsé et déshonoré Platon le traditionaliste. Ce qui est nonseulement étonnant, mais révoltant, c'est que le semi-rationalisme ait osé attribuer à saint Augustin d'avoir suivi V Idéologie de Platon, et, conséquemment, partagé sa triste philosophie. Ainsi donc, de toutes les insultes que le semi-rationalisme a faites au plus grand homme du christianisme, celle-ci est la plus cruelle, et en même temps la plus manifestement injuste. Car, loin de l'avoir adoptée, le docteur chrétien a combattu dans les termes les plus formels et les plus explicites , la doctrine sur les idées du philosophe grec, et a, lui-même, établi, do la manière la plus précise et la plus claire, sa propre doctrine sur ce grave point. C'est ce qu'on va voir. Cette discussion est donc du plus haut intérêt.
Dans son livre des LXXXIII Questions, saint Augustin s'est ainsi exprimé : « Un dit que c'est Platon qui, le premier, a parlé « des idées. 11 ne faudrait pas croire cependant que si le nom