RADICALEMENT CONTRAIRE A CELLE DE PLATON
« n'existait pas, avant Platon, les choses mêmes qu'il appelle a idées, n'existassent pas, ou ne fussent comprises par personne, a Sous des noms différents , les idées avaient peut-être été « admises par plusieurs philosophes. Il n'est nullement vraisem- « blable qu'il n'y eût pas des Sages avant Platon, ou qu'ils « n'eussent pas connu les choses que Platon appelle idées. Car « l'importance des idées est si grande qu'on ne peut être phi- « losophe sans bien comprendre les idées (1).
« Le mot grec idées répond aux mots latins /ormes ou espèces. M Nous le traduisons par le mot raisons. Cette traduction ne « rend pas exactement le mot grec, mais elle exprime bien la « chose.
« Les idées sont certaines formes premières ou les raisons « stables ou immuables des choses, formes qui n'ont pas été foret mées, parce qu'elles sont éternelles, toujours les mêmes, et « qu'elles sont contenues dans l'intelligence divine... Qui « osera dire que Dieu ait tout créé irraisonnablement V Si donc « on ne peut dire ni croire cela, on doit admettre que toute « chose a été créée par raison ; et que la raison qui a préce sidé à la création de l'homme n'est pas la même que celle « qui a présidé à la création du cheval ; ce serait une absur- « dite de le penser. Chaque chose a donc été créée par une « raison particulière. Mais où existent ces raisons, sinon dans a la pensée du Créateur? Non, Dieu ne pouvait pas regarder « un modèle hors de /m/, pour créer les choses; ce serait un « sacrilège de le croire. Mais si les raisons de toutes les choses « créées et possibles sont dans la pensée du Créateur , et qu'il « n'y ait rien dans la pensée divine qui ne soit éternel et im- « muable ; ces choses, que Platon appelle idées, existent, parce « qu'elles sont éternelles et demeurent immuables, et c'est par
(1) » Ideas Plato primus appellasse perhibetur. Non tamen, si hoc nomen antequam ipse institueret, non erat, ideo vel res ipsse non erant, quas ideas voca%it , Tel a nullo erant inteHecta- , sed alio fortasse atque alio nomine ab al is atque aliis nuncupatae sunt. Nani non est verisimile sapientes aut nulles fuisse ante Platonem aut istas quas Plato ideas vocat quœcumque re-; sint , iionintellexisse. Si quidem tanta in Ideis vis constltuitur, ut nisi his intellectis sapiens esse nemo possit (De LXXXIII Quœst., 2, 4C). »
a la participation à ces idées que se fait tout ce qui est, et se « fait de la manière dont il est (1). »
Par ce passage admirable de clarté , de beauté et de vérité, il est donc évident que pour saint Augustin les idées ne sont que les raisons éternelles des choses , dont , comme on l'a vu , dans la Tradition (§ 16), l'ensemble fait la Loi éternelle; et, comme l'a dit ailleurs le même grand Docteur, suivi par saint Thomas, que les choses créées existent dans ces raisons d'une manière plus parfaite qu'en elles-mêmes, mais d'une manière intentionnelle et non pas physique; enfin que toute chose créée participe à ces raisons, en tant qu'elles sont ces mêmes raisons éternelles réalisées, actualisées dans le temps : de même qu'un édifice existe d'une manière plus parfaite dans l'idée archétype de l'architecte, qu'en lui-même ; car dans l'idée de l'architecte il existe d'une manière intentionnelle et non pas physique, et il ne participe à cette idée qu'en tant qu'il est cette idée même, préconçue dans un temps et réalisée, actualisée dans un autre.
Or, qu'a-t-elle à faire cette sublime et magnifique doctrine de saint Augustin sur les idées avec la théorie de Platon sur le même sujet? Qu'ont-elles à iàiva ces, raisons éternelles des choses, dont la vérité découle de la perfection même de l'Intellect
(1) « ideas igitur tatine possumus Tel formas vel species dicere, ut verbimi a « verbo transferre videamur. Si autem rationes eas vocemus, ab interprelandi « quidera proprietate discedimus. Sed tamen quisquis hoc vocahulo uti voluent, « a re ipsa uon abeirabit. Sunt namqiie ideœ principales fonnœ qucTcdani vel ratio- « nés rerum stabiles, qiune ip-.'p format.T non sunt, ac perbocaeternaeet semper « eodem modo seso babentes, qua; in divinaintelligentia continentur... Quis au- « deat dicere Deum irrationsbiliter omnia condidisse? Quod si recte dici vel « credi non pole»t, restât iit omnia ratione sint coudita. Kec eadein ratione « homo quam equus, boc enini absur^iiim est existimare. Singula igitur pro- « priis sunt creata rationibus. Uas autem rationes , ubi arbitranduni est esse , (1 iiisi in ipsa mente Creatoris ? Non enim extra se quidquam positum intuebatur, '> ut secundum id constitueret quod constttuebat , nain hoc opinari sacrilegiim « est. Quod si hae rerum omnium creandariim creatarimive rationes in divina « mente continentur, neque in divina mmfe quioquam nisi a^ternuin atque in- « commiitabile potest e=se ; afque bas rerum rat'ones principales appellat ideas « Plato; non soluni sunt ideae, sed ipsœ verae sunt quia iotprnaesnnt, et cjiis modi « at(pie incomnuitubi'.es manent , quani'n participatioue fit quidqnid est , ([uo- « modo est (Ibid.), »