RADICAIEMENT CONTRAIRE A CELLE DE PLATON
divin ^ et qui expliquent le créé par Tlncréé, la créature par le Créateur^ avec les idées de Platon, qui n'ont aucun rapport à Dieu, les natures des choses de Platon, existant d'une manière substantielle en elles-mêmes , en dehors des choses, et partant des choses pour nous reiidre coguoscibles les choses? Qu'ont-elles à faire les idées éternelles de l'entendement divin, avec ces êtres fantastiques, créations, avortements d'une imagination égarée, et, d'après toutes les apparences, incomprises par la raison même qui en a voulu faire des êtres contre toute raison?
Saint Augustin n"a donc parlé des idées de Platon , que pour montrer que les vraies idées sont plus anciennes que Platon et sont différentes de celles de Platon ; pour montrer qu'elles n'appartiennent à Platon que par le mot qu'il leur a donné et par la fausse base sur laquelle il les a assises , car en les excluant de l'intellect divin où elles existent réellement, il les a assises en elles-mêmes, où elles n'existent pas et ne sont rien de concret et de réel. Aussi l'auteur semi- rationaliste lui-même auquel nous avons principalement affaire dans cet écrit, ayant rapporté le beau passage de saint Augustin qu'on vient de lire , ajoute : a On ne trouve RIEN dans Platon de comparable à ce texte pour « la profondeur , la force, la clarté, la simplicité, la vérité. » Ce qui est avouer que la doctrine de saint Augustin sur les idées n'a rien de commun avec la théorie de Platon sur le même point, rien de ressemblant avec elle.
Mais il y avait six siècles que saint Thomas avait établi, dans les termes les plus polis , mais en même temps avec la plus grande précision et la plus grande clarté, cette différence. « La « doctrine des platoniciens , dit-il , que les formes des choses « subsistent sans la matière, parait être CONTRAIRE A LA FOI. « C'est pourquoi, en mettant de côté cette doctrine sur les idées « ({n'admettait Platon, saint Augustin lui a substitué la doctrine : « Que les raisons de toutes les choses existent dans l'intelligence « divine , et que c'est d'après ces raisons que toutes les choses « se forment et que l'âme humaine elle-même connaît toutes « les choses (l). » Ainsi , pour saint Thomas, les théories de saint
(1) " Videlur esse alienum a fidc quod forraie rerum extra res per se snhsis-
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Augustin et de Platon sur les idées se ressemblent comme une vérité catholique ressemble à une hérésie : alienum afide videtur esse ; se ressemblent comme le blanc ressemble au noir , le jour à la nuit, la réalité à la fiction, le vrai au faux , ce qui est à ce qui n'est pas.
Enfin on n'a qu'à parcourir la quinzième question de la première partie de la Somme du Docteur Angélique, pour se convaincre combien la doctrine du grand évêque d'Hippone , sur les idées , diffère de celle de Platon. Chacun des trois articles dont se compose cette importante question est fondé sur une citation, tirée de saint Augustin et formellement opposée aux principes de Platon. On y voit non saint Augustin qui suit, mais saint Augustin qui combat, qui réfute complètement le philosophe grec au sujet des idées. Et pour qu'il ne reste pas le moindre doute sur l'opposition radicale entre la doctrine du docteur païen et celle du docteur chrétien sur ce point, saint Thomas fait intervenir Aristote ayant , lui aussi , avant saint Augustin , flétri son propre maître à cause de cette doctrine absurde et impie : Que Dieu ne connaît les choses que par les idées existantes hors de lui, existantes en elles-mêmes , et non dans l'intellect divin (1).
Au même endroit, saint Thomas a fait encore cette grave remarque : «Selon quelques-uns (de ses propres écoliers), pour « Platon, la matière n'a pas été créée , et dès lors il n'a pas ad- « mis qu'il y a l'idée de la matière ( en Dieu ), mais que l'idée est « une caM.se de la matière (hors de Dieu). Mais quant à nous au- « très chrétiens qui croyons que la matière a été créée par Dieu, 0 d'après la forme {exemplaire qu'il en avait dans son intellect), « l'idée de la matière est avant tout en Dieu , et cette idée est
« tant absque inateria , sicut Platonici posuerunt. Ideo Augustinus posuit loco " harum irtcaium , quas Plato ponebat , rationes omnium creaturarum in " mente divina oxislere : seciindiini (pias omnia formantur et setundum quas " etiam anima luimana omnia cognos^cit (I, p. qu. 84, a, 5). »
( 1 ) « Deiis Eon intelligit. res sccnndum idcam extra se existentem ; et sic etiam « Ari^toteles (iih. 1 , 2 et 3 Metaph.) improiiat opinionem Platonis de ideis, se- .< cundum quod ponebat eas (Plato) per se e.xisfente non in infeltectu [Arlic. .. 1, adi.). "