RADICALEMENT CONTBAIBE A CELLE DE PLATON
« exactement la même que celle de la chose composée. Car la « matière, pa?- elle-même ( indépendamment de Dieu), n'a pas « à' être et ne peut pas être connue ( 1 : . »
Saint Thomas attribue cette doctrine à saint Augustin, c'est-àdire que, pour saint Augustin, c'est d'après l'idée que Dieu en avait, dans son intellect, que la matière a été formée; tandis que, pour Platon, c'est d'après la matière préexistante que Dieu s'en est formé l'idée, c'est-à-dire que l'idéologie de saint Augustin n'est que la conséquence du dogme divin de la création; tandis que l'idéologie de Platon n'est que la conséquence de la doctrine diabolique de la matière éternelle et que ces deux idéologies diffèrent entre elles autant que la vérité diffère de l'erreur et la religion de l'impiété. Voilà comment saint Augustin a suivi Platon, a été l'écolier de Platon au sujet des idées !
Sur la psychologie aussi bien que sur l'idéologie , saint Augustin est aux antipodes de Platon.
Il n'est pas certain que le livre des dogmes ecclésiastiques [De ecclesiasticis dogmatibus) soit de saint Augustin, quoiqu'il se trouve parmi ses œuvres. ^lais, si ce n'est pas ce grand Docteur qui l'a écrit, c'est au moins lui qui l'a inspiré et qui l'a fait; car ce n'est qu'un résumé méthodique des principes, des doctrines, des pensées, éparses dans tous ses immenses écrits, particulièrement dans ses livres De la Cité de Dieu , de la Trinité et sua la Genèse à la lettre ; ce n'est qu'un formulaire fidèle de sa philosophie. Aussi saint Thomas le cite et le défend comme un livre d'un mérite incontesté et faisant autorité parmi les savants chrétiens. Or, l'auteur de cet ouvrage s'exprime ainsi touchant l'àme : « Nous croyons que les âmes des hommes ne « se sont pas trouvées , dès le commencement , parmi les au- « très natures intellectuelles, et n'ont pas été créées en même « temps qu'elles , et ne sont pas formées comme les corps, par « la génération. Nous disons que l'àme est créée et introduite
(1) « Plato, secunduni quosdam, posuit materiain non creatani, et ideo non n posuit idoatn esse inateria^ sed matériau concausani. Sed quia nos ponimus « niateriam creatam a Deo.non tanien sine i'orma, iiabel quidem materies ideam ■' in Deo, non tamen aliani ab idea compositi. Nam materia, secundum se, " neque esse habet , neque cognoscibilis est (^Arlic. 3). »
« dans le corps après la formation du corps. Nous sommes en- « core très-éloignés d'admettre que chaque homme a deux «âmes: l'une animale, animant le corps et mêlée au sang, « l'autre spirituelle et accomplissant les fonctions rationnelles. « Nous soutenons que c'est une seule et même âme qui , dans « l'homme , vivifie le corps auquel elle est unie , dispose d'elle- « même d'après sa propre raison et possède la liberté de l'ar- « hitre , afin de pouvoir choisir ce qu'elle veut, dans sa propre a substance et par sa pensée. Pour nous ( parmi les êtres ania mes) , l'homme seul possède une âme substnntive (ou sub- « sistant en elle-même}, qui survit après s'être dépouillée du « corps, qui ne périt pas avec le corps , par la raison qu'elle cf vit substantiellement. Quant aux âmes des brutes , elles ne « sont pas substantives , mais naissent avec la chair par la vertu « de la chair et finissent par la mort de la chair. Ainsi, l'homme a est un composé de deux substances seulement: l'âme et la a chair ; l'âme avec sa raison , la chair avec ses sens ; cepen- « dant la chair ne met en mouvement ses sens qu'en vertu de « son union avec l'âme; tandis que l'âme exerce, sans le concours « de la chair, ses fonctions rationnelles (1). »
Voilà la vraie philosophie de saint Augustin sur l'âme. Qu'elle est claire, qu'elle est précise, qu'elle est pure, qu'elle est simple, qu'elle est complète, qu'elle est parfaite! Aussi est-elle la réfutation péremptoire de la doctrine de Platon sur l'origine
(1) « Aniraus lioininuin non esse ab initio inter cîeteras inlellecluales naturas, « ncc simul creatas... ISeque cinn torporibiis per coilum seniinatas... Sed dici- « mus, formalo jani corpore, animam creari et infiindi. . Neque duas animas « esse dicimus sed hominem , unam nnimalem, qua animatur coquis, et iin- « mixta sit sangnini, alteram spirilualem, qua; ralionein niiuislret ; sed dici- « mus unam esse, eamdemque aniniam, in honiine. qua^ et corpus sua socielate « vivificet, el seipsara sua r>.lio)ie disponat : liabens in se liberlalem arbilrii, " ut in suri suVstaitia egat cogitatione quod vult. Solum liominem crcdimus « habcre animam substantivam , qua? exula corpoc vivit. Keque cum corpore « moritur, quia substantialiter vivit. Animabum vero anima; non suni sulistan- « tivae, ?ed cum carne ipsa carnis vivacilate nascuntnr, et cum carnis morle « finiuntur. Duabus substanttis tintum constat homo : anima et carne; an^ma « cum ralione sua, et carne cum sensibus suis; quos tamen sensus, ahsque ■ anirnse tO(iel»te, non movet c^ro. Anima vero et sine carne rationalo suun» « tenet. >■