‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 32 sur 108 · RADICALEMENT CONTRAIRE A CELLE DE PLATON · texte numérisé non relu

RADICALEMENT CONTRAIRE A CELLE DE PLATON

éternelle des âmes^ sur la pluralité des âmes dans l'homme, sur la faculté de l'àine humaine de sentir sans le concours du corps, sur Tessence de l'homme, résultant d'une seule substance, l'âme. C'est une protestation éclatante contre cette foule d'erreurs , d'inepties, d'extravagances que Platon avait accumulées , touchant la nature de l'âme ; qu'Origène et quelques philosophes chrétiens des premiers siècles exhumeront plus tard, et qui enlimtèrent tant d'hérésies et tant de scandales dans l'Église. Il est donc acquis à l'évidence que, loin d'avoir été le continuateur et le disciple de Platon et de son école, sur ce point capital de la philosophie , saint Augustin en a été le juge le plus sévère , l'antagoniste le plus redoutable ; car c'est de sa main puissante que le platonisme reçut son coup de grâce et disparut des écoles du monde chrétien.

§ 7. Saiîit Augustin a fonnellement rejeté la philosophie de Platon. — Réponse à une objection, tirée des éloges que saint Augzistin aurait faits plusieurs fois de Platon. Le saint évéque s'est repenti de ces éloges, et les a rétractés. — Grande portée de ces rétractations; preuve frappante qui en résulte en faveur de ce fait .- Qu'il n'a nullement été le continuateur de la philosophie de Platon, et que lui attribuer cela, c'est l'outrager.

Mais non-seulement saint Augustin n'a pas le moins du monde partagé la théorie erronée de Platon sur les idées et sa philosophie, il les a énergiquement combattues.

On vient de l'entendre ; dans l'admirable passage ci-dessus , s' écriant que ce serait un vrai SACRILÈGE que de ciboire que Dieu a pu regarder un modèle hors de lui pour créer les choses. Or notre auteur, semi-rationaliste lui-même, vient de nous assurer que, dans la description de t'oryanisalion du monde , Platon distingue TOUJOURS Dieu du modèle qu'il imite , et met TOUJOURS Dieu en présence du modèle éternel. Il est donc évident qu'en flétrissant la doctrine que Dieu a eu besoin de regarder un modèle hors de lui pour créer les choses , saint Augustin a eu principalement en vue la théorie de Platon sur les idées; que c'est cette doctrine qu'il a appelée une nouveauté .sacrilége et une absurdité , et qu'il a réfutée d'une manière si éclatante et si victorieuse dans le môme passage , dont notre ad-

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versaire lui-même n'a pu s'empêcher d'admirer la profondeur , la force , la clarté , la simplicité et la vérité. Car dans tout ce passage il n'est question que de Platon.

Dans ses rétractations , saint Augustin se repent d'avoir dit dans un de ses premiers ouvrages iSoliloq. , lib. II, cap. xx) : Qu'en étudiant, lès savants ne font autre chose que déterrer , et extraire de leur propre esprit les connaissances qu'ils ont précédemment en eux-mêmes et qu'ils ont oubliées. 11 réprouve, il rejette comme fausse une pareille doctrine : « Parce que , si des ignorants , dit-il , lorsqu'ils sont bien interrogés , répondent bien sur des sciences qu'ils n'ont point apprises, ce n'est que parce qu'ils partagent , eux aussi, la lumière de la raison éternelle où l'on voit l'immuable vérité. » 11 reproche à Platon et à son école d'avoir suivi celte doctrine des idées innées dans l'esprit humain, et oubliées par lui, et que la science, le travail et la réflexion rappellent. Et il avertit le lecteur qu'autant que le sujet de son ouvrage sur la Trinité le lui a permis , il a réfuté cette doctrine au XIP livre de ce même ouvrage {i).

rsous trouvons , en effet , que le xv^ chapitre de ce livre n'est qu'une réfutation vigoureuse et éloquente de cette immense erreur que, d'après le saint Docteur, Platon n'aurait pas inventée, mais aurait empruntée à Pythagore ; et par laquelle , en admettant un état où se seraient trouvées les âmes avant d'être unies aux corps, Platon aurait, toujours d'après saint Augustin , renouvelé la doctrine impie de la métempsycose.

C'est ainsi que saint Augustin , toutes les fois que l'occasion s'en est présentée , loin de l'avoir suivie et perfectionnée , n'a fait que stigmatiser l'absurdité et l'impiété de la théorie de Pla-

(1) <> Idein quodain loco dixi : Quod discipUnis liberaUbus eruditi, sine " dubio in se illas oblivione obrutas eruunt discendo, et quodammodo re- « fodiunt {SoiiL, lib. II, c. xx). Sed lioc quoqnc improbo. Credibiiius e^t Pnim « propterea vere respondere de qiiibusdam di^ciplillis etiain imperitos earuni , « quando l)ene interrogantnr, quia pr.Tsens est eis, (luantuni id capcre possuiit, « liiiiien ralionis .icternae, ubi hœc immutabilia ^era conspiciunt ; non quia ea « noverant aliquando et obiiti s-unt : quod Platom vel talibus \isuin est, contra « quorum opinionem, quanta, pro suscepto rnunere, dabatur occasio, in bbro H duodeciino de Tiinitate, discussi [Relract., lib. I, c. iv). »

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ton sur les idées, que cependant , dans ces derniers temps. Descartes et Leibniz ont eu le triste courage de ressusciter, en propres termes , aux grands applaudissements du semi-rationalisme , mais à la honte de la moderne philosophie.

Est-ce donc calomnier le semi-rationalisme que de dire qu'en faisant de saint Augustin un humble disciple de Platon, au sujet de la méthode et des idées , il insulte saint Augustin, il ment à l'histoire de la philosophie, il en im[)Ose à ses lecteurs, il prouve ne rien comprendre à cette grande question, et que, dans tous les cas, il ne sait pas ce qu'il dit ?

« Il se trouve, dans la philosophie des païens, » a dit ailleurs saint Augustin, « des doctrines trompeuses, des fictions supersti- « lieuses que chacun de nous, en sortant de la société païenne, « doit éviter (11. » Cela nous dit assez qu'en se faisant chrétien , saint Augustin avait rompu tout à fait avec Platon et tous les philosophes du paganisme , qui l'ont tant égaré; et que, dès ce moment, sa philosophie ne fut plus la philosophie de Platon, qu'il se mit aussitôt à combattre par ses livres Contre les académiciens, mais bien la philosophie de saint Paul et de Jésus- Christ , ainsi que ses nombreux et immenses ouvrages nous l'attestent.

Saint Paul a dit : « Prenez garde que quelqu'un ne vous abuse « par la philosophie et des discours fallacieux et vains, selon la « tradition des hommes, selon les éléments du monde, et non se- « Ion Jésus-Christ (2).» En citant ce grave et important passage de l'Apôtre, saint Augustin avait dit à son tour : «Tout chrétien qui n'a fait ses études qu'à l'aide des Livres ecclésiastiques (3) , quoiqu'il ignore peut-être même le nom des platoniciens, et qu'il ne sache pas que deux écoles de philosophes ont existé chez les Grecs , l'école Ionienne et l'école Italique , n'est cependant

(1) « Halicnt doctrina? geiitiliiirn (jn-Tdam simulalact superstUiosa figmenia. " quae uniisquisiiue nostium , de socielatc gentilium exiens, débet vitare {De -< Doctr. christ., lib. II, c. x). »

{■2) « Videtc ne quis vos decipial per i»liilo--o[)liiain et inanem fallaciara , se- « cundum traditionein tiominuin, scciuidum eicmeiita imindi et non sccundum .< Cliristum {Col., cap. ii). "

(3) Il y avait donc, au temps d<' sain! Augustin, hou nombre de cin-etiens qui ne faisaient leurs études et n'apprenaient leur latin que dans les auteurs chrétiens !

pas étranger aux connaissances hiuiiaines , au point de ne pas savoir que les philosophes se vantent de professer l'amour de la sagesse ou la sagesse elle-même. Mais il évite ceux qui font de la philosopJtie selon les éléments de ce monde et non selon Dieu, par qui ce monde a été fait. Car il se rappelle le précepte apostolique , et il se soumet avec docilité à cet avertissement qui lui a été fait : Ne vous laissez pas tromper par la philosophie, etc. (l). » Ainsi , pour saint Augustin, tout chrétien évitait de suivre les philosophes grecs, et les platoniciens surtout, qui, se vantant de professer la sagesse , ne faisaient de la philosophie que selon les clé)ncnts du monde et non selon Dieu; et, en se conduisant ainsi , tout chrétien ne faisait que se conformer au précepte de saint Paul , accomplir un grand devoir. Comment donc saint Augustin aurait-il fait lui-même de la philosophie platonicienne qu'il défendait en tels termes aux autres de faire? Et comment se serait-il dispensé du devoir qu'il inculquait à tout chrétien d'accomplir : Le devoir d'éviter, comme la peste , les philosophes et la philosophie du paganisme ?

Mais , n'est- il pas vrai , nous oppose-t-on , « qu'en plusieurs « endroits de ses écrits , saint Augustin a fait les plus grands « éloges de la science et de la littérature païennes , des philoso- « phes païens, et en particulier de Pythagore et de Platon, les « plus célèbres parmi les philosophes païens ? Conmient pou- « vez-vous donc affn-mer que , dès sa conversion , saint Augustin « ait rompu avec les littérateurs et les philosophes du paganisme « et avec Platon en particulier ? »

Ce qu'on nous dit là est incontestable ; mais il est incontestable aussi que saint Augustin a solennellement rétracté ce procédé ,

(1) <i Quaravis enim homo chrisliaiuis, liltcris taiitum ccclesiasticis eniditus, Platonicoruiu forte nomen iguorel, nec utrum duo gênera pliilosophorum ex,stitcrint in Gracca lingua , lonicotum et Italiconim, sciât, non tameii ita surdus est iii rebi.'s hunianis, ut resciat philosoplios vel sludium sapiciitiii;, \ol ipsani sapieiitiani profiUri. Cavet eos tameu qui sccunduia elcincnta liujtis miindi pliilosopliantur, noEi sccundum Deum a (juo ipso faclus est niuiidds. Aduiouetur eniin pra'cepto Apostolico, lideliterque audit quod dictura est : Cavete ne quis vos decipiat per philosoplùam, etc. {Augusl., lib. VIII, de Civil,, c. ix). "

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qu'il se l'est reproché comme une faute très-grave^ et en a témoigné les plus vifs regrets.

« Je me repens, dit-il dans ses Rétractations, d'avoir prêté trop d'importance à ces disciplines libérales que beaucoup des Saints ignorent beaucoup, et qui, parmi ceux qui les connaissent, comptent beaucoup de personnes qui ne sont pas des Saints. Je me repens aussi d'avoir dit des philosophes étrangers à la vraie piété q\i'ï\s ont resplendi de la lumière de la vertu. Je regrette eûfm d'avoir tant loué le philosophe Pythagore; car, trompés par ces louanges, mes auditeurs et mes lecteurs pourraient penser que, selon moi, il n'y a pas d'erreurs dans la doctrine de Pythagore, tandis qu'au contraire il y en a un grand nombre et de bien capitales (1). »

Mais, l'acte de contrition par lequel saint Augustin a désavoué nommément Platon, toutes ses doctrines et tous ses disciples, est encore plus énergique; et, ce qui est bien plus remarquable, il se trouve au premier chapitre du premier livre de ses Rétractations. En sorte que la première pensée du saint Pénitent , en écrivant cet ouvrage, a été d'abjurer le platonisme et de condamner en masse tous les endroits de ses écrits où il avait eu l'air de le suivre : « J'ai bien raison, dit-il, de beaucoup re- « gretter les éloges que j'ai prodigués à PLATON et aux Plato- « niciens , c'est-à-dire aux académiciens. Ah ! fallait-il tant exal- « ter ces hommes impies dont nous autres chrétiens sommes « obligés de combattre les ijrandes erreurs, toutes les fuis que « nous défendons le christianisme (2). »

Ainsi, lors même que saint Augustin aurait eu le malheur

(1) « Displicet quod niultuni tril)ui iiberalibus disciplinis, qnas nuiUi Saiicti n niultuin nesciunt : quidam etiatn qui sciunt cas Sancti uon sunt.., Displicet « quod philosophos non vera i ietate praedito? dixi vi'tiite fuNi'^se... Nec iliud '< mihiplacet quod P>thagorae phiiosopho tanturn laudis dedi, ut qui liœc audit « veliegit, po sitijulare mecredidissenullosenorciin Pylhagorœ esse doctrina ; « cuni siut pluies, iidemque capitales {Rclraclat., iib. 1, c. m). »

(2) « Laus qi;oquc ipsa, qna Platouem vel Platonicos, sive Academicos philo- « sophos tanturn extuli, <iuantura ipsos, impios hommes, non oportuit, non « imraerito milii displicuit : piteseitim conlra quorum crrores magnos delen- « denda est christiana doctrina {Retract., Iib. I, c. i). «

d'adhérer, comme le prétendent les semi-rationalistes, aux théories de Platon, touchant la méthode et les idées, cette adhésion du sublime Docteur, qu'une rétractation si formelle et si éclatante eût effacée, ne prouverait rien, il s'en faut, en faveur de la vérité et de lexcellence des doctrines du philosophe d'Athènes.

Qu'on se souvienne de ce savant semi-rationaliste dont nous avons rapporté, dans la Tradition (§ 38), quelques-unes des étranges visions. Il n'est que trop vrai que, dans un de ces moments d'hallucination ou d'ivresse, que donne le fanatisme pour les grandeurs de la raison , il voulut faire croire à ses lecteurs qu'en s'élevant sur les ailes de sa raison , il avait découvert en Dieu TROIS PRINCIPES ÉTERNELS. Mais il est vrai aussi qu'averti par un laïque zélé, il s'est hâté , dans la réimpression de son ouvrage , d'effacer cette partie de sa merveilleuse vision. Or , si quelqu'un de ses écoliers s'avisait de s'autoriser de ce passage du livre du maître pour soutenir l'hérésie des trois principes en Dieu , ne serait-il pas injuste , absurde, d'invoquer, en sa faveur, quelques mots d'un écrivain en extase, que ce dernier aurait bien laissé échapper de sa plume dans la première édition de son livre, mais qu'il aurait l'ait disparaître dans la seconde? Or, les semi-rationalistes sont, au moins, également injustes et également absurdes de se faire un bouclier, dans la défense de leurs doctrines sur la méthode et sur les idées innées, de ce que s^int Augustin aurait professé ces mêmes doctrines dans un temps ^ puisqu'il les aurait abjurées dans un autre.

Mais le fait est que saint Augustin n'a pas eu ce malheur. On peut avoir de l'estime et même de l'admiration pour le talent d'un philosophe dangereux, et lui rendre justice d'avoir ménagé certaines vérités, sans partager, pour cela, ses erreurs. C'est le cas de saint Augustin à l'égard de Platon. Il lui a tenu compte d'avoir arboré le drapeau du Spiritualisme, dans un siècle matérialiste, et au milieu de savants, y compris son maître, profondément corrompus; mais il n'a point partagé, il s'en faut de beaucoup, les doctrines de Platon sur tout le reste.

Nous n'avons pas même besoin de remarquer que, si saint Augustin avait donné, tant soit peu, dans la théorie absurde et

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impie de Platon concernant les idées, il en aurait fait mention dans ce bel acte de contrition qu'on vient de lire, et qu'avec la même franchise, avec la même touchante humilité avec lesquelles il se reproche d'avoir trop loué Platon, il se serait accusé de l'avoir suivi dans ses égarements. Car, quel besoin avonsnous de recourir à des sîippositions, puisque nous avons sous les yeux les théories de ces deux personnages célèbres, sur le même sujet; et que, comme saint Thomas vient de nous le faire observer , la théorie de saint Augustin ressemble à celle de Platon comme le ciel à l'enfer, la grâce au péché, la vérité à l'erreur?

Donc, l'aftirmation si tranchante du semi-rationalisme, que saint Augustin n'a été que le continuateur de la philosophie de Platon et son petit disciple^ est en même temps un mensonge historique et une injure au génie du plus grand des Docteurs chrétiens.

QUATRIÈiME CHAPITRE.

DE LA PHILOSOPHIE DE SAINT AUGUSTIN, DANS SES RAPPORTS AVEC LE DOGME CHRETIEN. *

8. Autres passages importants , dans lesquels saint Augustin a énoncé sa doctrine touchant les idées. Pour ce grand docteur, Vintelligence créée engendre son verbe, comme VlntelUgeyice incréée engendre le sien, et les idées ne sont ni innées ni vues en Dieu, mais formées par l'intellect lui-même. Cette doctrine est partagée par les Pères de l'Église. — Autres sublimes analogies que saint Augustin a aperçues entre le Verbe de Dieu et te verbe de l'homme. — Encore 2in beau passage, écrit par lui, dans lequel il confirme le système chrétien sur les idées.

o'iL était permis de se réjouir, lorsqu'on voit de beaux talents et d'honorables caractères, enfoncés, par un aveugle fanatisme, dans une voie fausse et dangereuse, rien ne serait plus capable d'exciter l'hilarité que le ton sérieux avec lequel les fortes têtes du semi -rationalisme déclarent, dans toutesleurs réunions solennelles et dans leurs écrits, « qu'ils se gloritient de professer la

« philosophie inventée par Platon et suivie par saint Augustin. » Ainsi , quelque ridicules qu'elles puissent paraître , nous ne rions pas de pareilles déclarations, nous en gémissons; nous en sommes humilié nous-méme, pour ceux qui se les permettent. Si nous insistons pour en faire ressortir la contradiction, la légèreté et la niaiserie, c'est moins pour en guérir les auteurs que pour les empêcher de faire un plus grand nombre de dupes parmi les jeunes intelligences. C'est dans ce but que nous allons reproduire ici d'autres passages par lesquels saint Augustin nous a appris, d'une manière plus frappante encore, sa doctrine idéologique , et combien sa philosophie diffère de celle de Platon.

Dans la Cité de Dieu, il dit : « ISo^ls sommes et nous con- « naissons que nous sommes , nous aimons notre être et la « connaissance de cet être. Dans ces trois choses-là nous ne « sommes pas troublés par la possibilité de nous tromper. « Comme je connais que^e suis , de même je connais que j'ai « cette même connaissance ; et, en aimant ces deux choses, j'ac( joute à ces deux choses que je connais, une troisième chose « de la même importance (1). »

Dans l'ouvTage de la Trinité, le même Docteur s'est ainsi exprimé : « Comme ce sont deux choses distinctes, l'esprit et l'a- « mour dont il s'aime lui-même, ce sont aussi deux choses dis- « tinctes Y esprit et la connaissance par laquelle il se connaît «lui-même. Le même esprit donc, son amour et sa connais- (f sance , sont, il est vrai, trois choses distinctes, mais ces trois « choses ne sont qu'une seule et même ame. La raison en «est que ces trois choses, toutes distinctes qu'elles sont, «ne sont cependant pas trois vies, mais une seule vie; ne « sont pas trois esprits, mais un seul esprit; conséquemment, « elles ne sont pas non plus trois substances, mais une seule sub- « stance. Elles sont une chose, en tant qu'elles ne font qu'une « seule vie, un seul esprit, une seule substance. Mais ce sont

(1) « Nam et sumus et nos esse novinms; et nostrum esse et nosse diligia mus. In his autcin tribus uuUa nos falsitas verisimilis turbat. Sicut novi me « esse; ita novi etiam hoc ipsum nosse me. Eaque duo cum amo, eumdem <« quoque amorein quiddam tertium, nec imparis jestimationis eis, quas '< novi, rébus adjungo (De Civil. Dei, l\b. XVI, c. xxvii). »

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