‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 45 sur 108 · INDIGNES ATTAQUES DU SEMI-RATIONALISME · texte numérisé non relu

INDIGNES ATTAQUES DU SEMI-RATIONALISME

Non, Monsieur, mille fois non, vous ne l'avez pas comprise du tout, et vous allez vous en convaincre. En attendant, vous voudrez bien nous permettre de regretter qu'en parlant comme vous le faites de la doctrine philosophique du plus grand des philosophes, vous nous obligiez à réserver notre admiration pour votre théologie, et à n'avoir que de la pitié pour votre philosophie.

Quant aux conséquences fâcheuses qu'on pourrait tirer, selon vous, de la théorie de saint Thomas contre lAsimplicité des idées, calmez vos inquiétudes, adoucissez vos douleurs. La théorie de saint Thomas sur la connaissance n'amène pas ces conséquences, n'a pas cette portée. Vous l'avez observée à travers le prisme menteur des préjugés de votre école, et vous n'avez pu la reconnaître dans sa vérité.

On sait que les philosophes incrédules du dernier siècle, pour se donner l'air d'aimer toujours le christianisme qu'ils détestaient d'une haine infernale , avaient l'habitude d'affecter de regretter que le dogme chrétien donnât lieu à des doutes pénibles et à de tristes questions, et de se montrer affligés de ne pouvoir se rendre compte des mystères de la foi, dont cependant ils avaient la preuve matérielle sous les yeux. C'est ce qui a fait dire au comte de Maistre: « Je ne connais pas un seul de ces Messieurs « qui mérite le titre d'honnête homme. » Dieu nous garde de croire que notre docteur semi-rationaliste ait voulu sciemment suivre cette tactique perfide, dans sa censure de saintThomas! Au contraire, il nous est pénible de voir que, par la tournure qu'il a donnée à cette critique, il ait lui-même autorisé ses lecteurs à faire de pareils rapprochements. En effet, d'après les mots de saint Thomas qu'on vient de lire, nous n'avons l'idée, même des choses matérielles, que PAR et DANS l'espèce intelligible que l'intellect agissant a abstraite de la matière. Cela est si certain, que notre critique lui-même n'a pu s'en)pêcher de reconnaître que saint Thomas met dans l'intelligence une connaissance immatérielle nécessaire et universelle des objets matériels. Ce qu'^7 faut donc conclure de ce passage, c'est : Que même l'idée des choses matérielles, et à plus forte raison l idée de la justice, de la vérité et de la perfection de Dieu, est purement spirituelle, puisqu'elle n'est qu'une espèce intelligible abstraite et dépouillée de

toute matière. Saint Thomas a dit, en toutes lettres, que TOUTE idt^e, quel qu'en soit l'objet, est toujours une conception purement intellectuelle et d'une simplicité parfaite. Ainsi, la réponse aux doutes pe'nibles, aux tristes questions que notre critique s'est formés sur ce passage de saint Thomas, se trouve prévenue et clairement énoncée dans ce passage même; et notre auteur a dû être bien distrait pour l'avoir eue présente sans l'apercevoir. Où est donc la contradiction dans laquelle serait tombé saint Thomas dans ce passage ? Où est la difficulté de se rendre compte de cette doctrine ?

Quant à l'apostasie de saint Thomas de la doctrine de saint Augustin (car notre critique y est revenu à différentes reprises), «Saint Thomas, a-t-il dit encore, ne nous paraît pas rendre, a avec une entière certitude, la pensée de saint Augustin, lors- « qu'il réserve cette vision (des idées) aux Ames sanctifiées... Il « refuse à l'âme l'intuition des raisons éternelles... Cette doctrine « de saint Thomas (sur la connaissance) s'éloigne, il faut en con- « venir, de celle de saint Augustin.» Qui vous l'adit? Quel texte, quel mot de saint Thomas a pu vous autoriser à lui prêter cette défection ? Nous serions bien aise de le connaître, ce texte, ce mot ! IMais vous seriez bien embairassé, si vous vouliez les trouver dans les œuvres du saint Docteur.

Il est vrai que, sans Va\o\r jamais critiqué, saint Thomas s'est quelquefois permis d'avoir une opinion à lui, différente de celle de saint Augustin. Car, enfin, saint Augustin n'est pas la Dible. Mais, dans le cas particulier, dans la doctrine touchant la connaissance et l'origine des idées, loin de s'être, le moins du monde, éloigné de la doctrine de saint Augustin, il l'a constamment défendue, éclaircie, développée, complétée, suivie, et en a fait sa propre doctrine.

Témoin sa thèse sur la Loi éternelle, que nous avotis soutenue dans la Tradition (§ 1(5), contre un autre auteur semi-rationaliste, et dans laquelle saint Thomas ne s'est appuyé que sur la théorie de saint Augustin.

Témoin le passage qu'on a lu plus haut (pag. 30). Dans ce passage, l'angélique Docteur, 1° sait gré à saint Augustin d'avoir abandonné, comme contraire à la Foi, la théorie de Platon sur les idées ou les formes des choses subsistantes en elles-mêmes, en

Page 1