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TERMINOLOGIE DES IDÉES. LOIS DE LA. NATURE

un commencement et se rattache nécessairement, comme à son principe, à ce qui lui a donné la naissance. On ajoute dans la définition le mot Ca^ise, parce que la Nature n'est pas seulement le principe passif, mais aussi le principe actif du mouvement dans les êtres physiques.

Les mots de la définition du mouvpvient et du repos ne doivent pas se prendre dans un sens copulatif; car, si dans les choses corruptibles, la Nature, principe et cause du mouvement, Test du repos aussi, dans d'autres choses, comme dans les astres, la Nature est seulement cause de mouvement et non de repos

Les mots exiaUint par soi n'ont été introduits dans la définition de la Nature (au sens physique) que pour la distinguer de Tart ; car la Nature est le principe et la cause du mouvement dans la chose où elle réside; Tart est le principe et la cause du mouvement dans un autre être.

Les mots «dans les choses naturelles» sont d'une nécessité absolue pour l'exactitude de la définition de la Nature, afin qu'il soit entendu que la Nature est la cause seconde, immédiate , directe du mouvement des parties de l'univers et de chaque chose en particulier; cause résidant dans la chose, et non la cause première, souveraine, éloignée, indirecte, du mouvement, du tout, et existant hors des choses, et qui est Dieu.

Aristote avait bien admis Dieu, comme le premier moteur de l'univers ; mais, étant resté trop dans le vague, dans la définition de la nature, il a donné occasion aux philosophes matérialistes d'admettre, dans le monde lui-même^ la cause première de tout mouvement, et de faire du monde un être absolu, éternel, principe et cause de lui-même. Les matérialistes modernes, en partant de la même idée fausse, qu'ils se sont formée de la Nature, sont arrivés aux mêmes conséquences; pour eux aussi, tout se fait par la nature, dans la nature, en vertu de l'éternelle routine de lois immuables. Les miracles ne sont que des phénomènes naturels; la fatalité ou le hasard remplacent la Providence, la matière l'esprit, la force le droit, et le néant Dieu.

$ 37. Du NÉc.ESSAinP. et de l'Infini qui n'est pox Dieu.— Différentes expias (tu Nécessaire philosophique. — F.' Infini en PrissANf;F et l" Infini en AOTF. — Importance de cette distinction.

Nous avons, dans le paragraphe précédent, dit quelques mots sur rfttre IS'eccasaire et Infini; mais là il n'a été partieulièrement question que du Nécessan'e et de l'Infini Dieu; maintenant il faut parler du Nécessaire et de l'Infini qui n'est pas Dieu, et fixer dans quel sens on peut admettre le Nécessaire et l'Infini, hors de Dieu.

IV" 27. Le Nécessaire relalif et le Nécessaire par sol.

Le mot Néce.tsaire a quatre sens en philosophie.

I" On appelle nécessaire, dit saint Thomas, ce sans quoi un (itre ne peut être ou ne peut vivre, et qui, quoiqu'il ne soit pas la cause principale, est cependant une con-causc de l'être ou de la vie. C'est dans ce sens qu'on dit que la respiration et les aliments sont nécessaires à tout être animé, quoique la cause principale de la vie de l'être animé soit son Ame.

2° On dit « nécessaire » ce sans quoi rien de bon ne peut être ou se faire, rien de mal ne peut être évité ou repoussé. C'est ainsi que telle élude est nécessaire pour acquérir telle science; telle démarche est nécessaire pour parvenir à telle position; tel remède est nécessaire à tel malade; telle précaution est nécessaire pour échapper à tel danger.

3' Tout ce qui fait violence et la violence elle-même, se disent des choses nécessaires, en tant que ce qu'elles produisent est une nécessité. En effet, tout effet moral ou physique, résultant de la violence, se dit un effet nécessaire. On dit violent tout ce qui est fait contre la tendance naturelle, dans les corps, contre l'appétit, dans l'animal, contre la volonté, dans l'être libre; et de là l'inculpabilité, pour l'être intelligent, pour tout ce qu'il fait sous l'empire de la violence, car la violence exclut la liberté.

Ces trois espèces de Nécessaire le sont d'une manière approximative, secondaire; c'est là le Nécessaire relatif; Secundnni qitid. Le vrai Nécessaire, le Nécessaire en soi, c'est ce qui est, de manière à ce qu'il ne puisse être autrement, ou ne pas être.

TERMINOLOOIE DES ITIKES, LE NÉCESSAIRE. 2fi;'i

N" 28. Le IVécessaire moral , physique et niétapbysiqiie.

Ce Nécessaire en soi est lui-même de trois espèces ; il est : 1° Moral; 2» Physique; 3" Métaphysique ou absolu.

Le nécessaire moral est ce dont le contraire est moralement impossible, c'est-à-dire impossible dans la plupart des cas, ou de voie ordinaire, ou selon l'opinion commune des hommes. C'est ainsi qu'il est nécessaire qu'un jeune homme mal élevé, devienne un mauvais sujet; qu'un homme sans arme succombe dans une lutte avec un honnne armé; que l'opinion d'un individu, contraire à l'opinion de la multitude, soit fausse, etc.

Le nécessaire phijsique est ce dont le contraire est physiquem?nt impossible, c'est-à-dire impossible selon les lois ou les forces de la nature. C'est ainsi qu'il est nécessaire qu'une plante, dont on a coupé la racine, demeure stérile; qu'un homme sans instruction d'aucune espèce, demeure ignorant; que tout être vivant, une fois mort et bien mort, le soit pour toujours, etc. Car la fécondité dune arbre Scins racine, la science d'un homme sans instruction, la résurrection d'un mort, sont des choses naturellernent impossibles. Mais comme le souverain Auteur de la Nature peut, quand et comme bon lui semble, suspendre les lois qu'il lui a librement octroyées, le nécessaire physique peut cesser ou peut être autrement par la toute-puissance du Créateur ; c'est-à-dire que les miracles de toute espèce, impossibles par l'homme, sont bien possibles par Dieu ; Quod apud homines impos.sibile est, po^sihile esf apud Deum {Marc. X).

Le nécessaire métaphysique est ce dont le contraire implique contradiction, ou est metapliyaiquemcnt impossible, c'est-à-dire impossible toujours et partout, impossible intrinsèquement et par une nécessité absolue; et c'est ce qu'on appelle « Souverainement nécessaire, souverainement absolu. »

N° 29. Le Nécessaire intentionnel et le Nécessaire réel.

Ce nécessaire absolu est de deux genres : il est ou intentionnel et spéculatif .1 ou subsistant et réel.

Le nécessaire absolu , d'une manière intentionnelle et spe'culatire, est ce dont le contraire est absolument impossible, dans l'ordre des choses spéculatives et intentionnelles. Qu'une même

266 § 37. PHILOSOPHIE CHRl^.TIENriE.

chose existe et n'existe pas, ou soit vraie et fausse en même (rt/ips; qu'une conclusion légitimement déduite d'une vérité, soit une erreur; que l'effet soit plus puissant que sa cause; ce sont des impossibilités absolues de l'ordre spéculatif et intentionnel : leur contraire est donc le Nécessaire du même genre. Que Dieu puisse faire le mal moral ou s'y plaire, ou que Dieu n'existe pas, ce sont des impossibilités absolues dans l'ordre des choses subsistantes et pratiques : leur contraire est donc le nécessaire absolu dans cet ordre de choses. On comprend que le monde a pu ne pas exister, ou a pu exister d'une manière différente de celle dont il existe. Or tout ce qui existe de manière à pouvoir ne pas exister, ou à pouvoir exister d'une autre manière, est contingent; ce qui est contingent n'est pas nécessaire. Le monde n'est donc pas un être nécessaire, un être absolu ; et dès lors il a eu un commencement, et [)eut être changé et avoir une fin. Il n'y a que Dieu qu'on ne puisse concevoir non-existant, même pendant un seul instant; il n'y a que Dieu qui existe par la nécessité absolue de sa nature; il n'y a que Dieu qui n'ait pas de commencement, qui ne puisse changer et ne puisse finir. Dieu est donc, d'une manière complète et absolue, le seul être nécessaire, essentiellement bon et parfait et essentiellement existant; et même le seul être intrinsèquement , souverainement et absolument Nécessaire, parmi tout ce qui est ou peut être.

ni" 30. L'InOnl et ses espèces.

L'Infini n'appartient pas à la nature de l'être comme être; car il y a des êtres qui ne sont ni finis ni infinis : conune , le point, l'unité et tout ce qui est indivisible ; l'infini suit la nature de la quantité continue, selon la conception intellectuelle, ou bien selon la réalité matérielle.

L'infini peut se prendre : ^ Privativement , et 2" Positivement.

On entend communément, par l'infini, ce gui n'a ni de terme ni de fin d'aucune espèce :

On peut prendre cette privation dans le sujet, en ce sens: Qu'il ne soit nullement susceptible de terme ni de fin. Il en est ainsi du Point, de l'Unité, de tous les êtres simples et de toutes les

TERMINOLOGIE DES IDÉES. l'iNFINI EN ACTE. 267

monades indivisibles. A ces choses convient l'infini négativement. il n'est pas question ici de cet infini.

La môme privation de termes peut se trouver dans un sujet, susceptible de terme et qui en est privé; ce sujet se dit alors, infini privât/ cernent.

On peut, en outre, prendre cette privation de termes et de fins daui le sujet, dans cet autre sens: Que, par sa perfection, excédant tout terme et toute fin, le sujet ne peut recevoir de termes d'aucune manière. C'est être infini positivement; ou par soi.

\" 31. L'iuflni eu acte ne se trouve qu'eu Dieu.

L^infîni positif ou en acte ne peut convenir 1° à une créature , 2" ni à un corps, 3" ni à une grandeur, A° ni à une qualité, .^° ni à une multitude, 6° ni à un corps sensible; c'est-à-dire qu'il ne peut convenir à aucun être, hormis à Dieu.

i" Celui-là est infini en acte, dont l'existence est sa propre essence; autrement il aurait l'être, reçu dans l'essence, par conséquent déterminé par elle, et conséquemment fini. Mais, dans aucune créature, l'essence ne peut être son être même ; par cela même qu'elle est créature, elle a reçu l'être. Donc, nulle créature ne peut être infinie en acte.

2° Tout corps est composé de matière et de forme. La forme est la raison de son essence et de son actualité; elle est reçue dans la matière et terminée par elle, de manière que tout corps, dans sa forme et par sa forme, soit une essence et une actualité déterminées. Mais ce qui est terminé dans son essence et dans son actualité ne peut être infini; donc nul corps ne peut être infini.

3" La grandeur n'est qu'un accident propre au corps ; mais le corps est fini; donc la grandeur qui le suit et lui est propre, est aussi un accident, car l'infini en acte ne saurait sortir du fini en acte, autrement l'effet serait plus grand que la cause.

A" On doit en dire autant de la qualité , car la qualité est un accident, elle aussi, qui suit le corps fini et lui est propre.

5° Tout ce qui se mesure par un [per timnn) est fini; car ce qui se mesure par un ou par des unités répétées, n'est qu'une agrégation de parties finies , qui ne saurait jamais constituer

268 ^ 37. PHiLOsopHiv: chrétienne.

l'infini. Mais toute multitude se mesure par un ; car toute multitude est une espère de nombre, et toutes les espèces du nombre sont constituées par l'unité et diflèrent entre elles parTunité; donc toute multitude est finie.

G" Enfin, tout corps sensible est composé; or, tout composé se forme de parties de niveau entre elles, onde parties entre lesquelles il y a équation, et conséquemment de parties finies: car si l'une des parties composantes était infinie, elle excéderait par sa vertu les autres parties, elle les détruirait en les absorbant en elle-même, et ce ne serait plus un composé; or, nul composé de parties finies ne saurait être infini. Donc nul corps sensible ne saurait être infini.

!V" 32. L'Innni en puissance.

Nous venons de démontrer qu'excepté Dieu, nul infini en acte n'existe et ne saurait exister. Mais si l'infini n'existait (Tnvciinp manière q\\ dehors de Dieu, plusieurs inconvénients s'ensuivraient. D'abord, la grandeur ne pourrait être divisée en parties toujours divisibles, ou elle serait formée de parties indivisibles, ce qui est absurde. 2" On ne pourrait pas toujours ajouter un nouveau nombre à un nombre donné , ce que tout le monde sait être faux. Il est donc nécessaire que l'infini soit, au moins d'une certaine manière, en dehors de Dieu, c'est-à-dire qu'il faut admettre un infini qui, toujours tel, en jmissance d'augmentation et de division , ne le soit jamais en acte , et, par con- .séquent, ne soit pas parfait, se trouve à une di.stance infinie de Dieu, et ne soit pas Dieu.

Cet être, qui n'est infini que par rapport à la puissance ou à la possibilité, et dans lequel tout ce qui est en acte est toujours fini, est ce qui s'appelle I'infini en puissance.

Les anciens philosophes du paganisme définissaient l'infini : «Ce en dehors duquel rien n'est: Id extra qnod ni/iil est. » Cette définition est manifestement impie. Si «ce en dehors duquel rien n'est » est I'infim, le monde est; donc le monde est l'être infini. Si en dehors de cet infini rien n'est, rien n'esten dehors du monde. Ainsi un être différent du monde et auteur du monde n'est pas, et Dieu n'existe pas. En outre, ne se rapportant qu'à l'infini en acte, cette définition exclut l'infini en puissance, exclut toute

TERMIKOLOGIE DES lUEtS. Ll^FlM EN PUISSANCE. 209

idée que le monde soit passé de la possibilité à l'acte, qu'il ail^ par conséquent, eu un commencement. Cette définition établit donc le monde, existant ab o'terno, le monde-Dieu. Il n'en fallait pas davantage pour que nos philosophes incrédules s'emparassent de cette définition et l'environnassent de longs commentaires dans leurs écrits, prétendus philosophiques. Le païen Aristote a été mieux inspiré que certains chrétiens de nos jours. Il a laissé à l'école de Leucippe et de Démocrite celte horrible définition, et il la remplaça par celle-ci : « L'Infini est ce dont quelque chose est toujours en dehors. » Cette définition du Stagyrite convient à merveille à V Infini-en-puissance , ou à l'infini toujours possible, àlinfini qu'il est presque aussi nécessaire d'admettre que l'Infinien-acte; et de plus, elle s^adapte bien à toutes les différentes nuances de l'Infini.

\'' o3. Application de Clulioi en puissance.

L'infini en puissance s'applique à la quantité' ei à la qualité. à la grandeur continue et à la grandeur discrète.

Huelque variée que soit une quantité de choses, on peut toujours y en ajouter davantage. Quekpie vaste que suit la quantité de la science d'un homme, il peut toujours y faire de nouveaux progrès. Quelque grande que soit une terre, elle peut tovjour^ avoir de plus grandes proportions. Quelque fort que soit uu jiombre, il peut toujours être élevé encore plus haut. Quelque longue que soit une durée, on peut toujours en imaginer une plus longue. Voilà des infinis en puissance.

D'après la définition dont il s'agit, et selon l'explication qu'en a donnée saint Thomas, le propre de Tinfini en puissance est dans l'acception de quantités, de degrés toujours nouveaux que je puis toujours ajouter à la chose : In semper aliud cl aliud accipiendo; en sorte que, ce que je prends ou que j'ai pris est toujours fini, et ce qui est à prendre ou qui ;;eî// èlre j)ris n'a pas de bornes, et sort tellement détente limite que je ne pourrai jamais le prendre tout, vi moins encore le prendre en mêuie temps et ensemble: quod nunquuni simui potest accipi. L'infini en puissance est donc un vrai infiîsi.

Parmi les êtres de cette espèce, l'unie humaine occupe la piemière place; car, d'après l'axiome de saint Thomas, que nous

270 ^ 38. PHILOSOPHIE CHRETIENNI::.

expliquerons tout à l'heure, l'âme humaine est tout v\ à tout : anima hiimana est onmia et ad omnia. Ne pouvant la faire infinie en acte — car un tel infini n'est et ne peut être qu'un seul — Dieu l'a faite infinie en puissance , c'est-à-dire qivil l'a faite être, d'une manière secondaire, ce qu'il est d'une manière absolue; qu'il Ta faite par participation, ce qu'il est par soi; qu'il l'a faite par grâce, ce qu'il est par la nécessité heureuse de sa nature ; afin qu'on rencontrât en elle tous les traits de son auguste Original, et qu'il soit vrai qu'elle a été créée à Cimage et à la ressemblance de Dieu.

Nous n'avons besoin de rien ajouter, pour faire sentir la haute importance de celte distinction de saint Thomas sur l'Infini en puissance et l'Infini en acte. Otez celte distinction, et l'on ne peut rien comprendre aux rapports des êtres finis avec l'Être infini , et il n'y a plus de philosophie.

§ 38. Des termes unïvemaiix exprimant les propriétés de l'Être Conuvti. — Et d'abord de l'Umtiî des êtres, et de ses différentes espèces.

Après avoir expliqué les termes qui indiquent l'être, sa nature, ses différentes espèces et leurs propriétés particulières, nous devons maintenant nous occuper, suivant toujours saint Thomas {Méfuphys., lib. Y), de quelques autres termes qui désignent les propriétés ou passions, communes à tout être.

Nous avons vu que l'Être est « Tout ce dont l'acte est l'être : Ens illud est cujus actus est esse. » Or, l'unité est inséparable de tout ce qui est en acte ; donc la première propriété commune à tout Être, est d'être un.

Mais l'uN est, lui aussi, de différentes espèces ; car on peut dire une chose une, ou par soi ou par accident.

ni" 3fk. L'Un par 80l, par continuité.

Une chose est une par soi, 1° par continuité : une table , une maison, et tout composé matériel, est un de cette façon.

L'un par continuité est ou naturel ou artificiel. Le naturel, qui est le vrai continv , est ce (jui est continu pir la natui-e, comme tout corps naturel. Varlijiciel est ce qui est cmitinu ou par la Jurcc ou par ïarl. ou par tout nuire moyen de coiilad,

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