TERMINOLOGIE DES IDÉES. L'UNITÉ
Car ce ne sont pas des accidents qui modifient l'être, de plusieurs manières différentes; mais ce sont de différents modes d'êtres de l'unité du même être, et des modes si intimement inhérents à sa nature, qu'on ne peut les concevoir séparés d'elle, sans la concevoir détruite et anéantie. Ce sont donc la pluralité de différentes manières d'être de la même nature une, et qui en relèvent la fécondité, l'excellence, la grandeur et la perfection. Ainsi, pour être trois choses réellement distinctes: 1° l'Intellect agissant, 2° la raison, et 3° la volonté, l'âme humaine n'en est pas moins une substance, une nature essentiellement et parfaitement une: et, à plus juste titre, pour être 1° le Père, 2° le Fils, et 3° le Saint-Esprit, trois personnes réellement distinctes. Dieu n'en est pas moins une nature essentiellement et parfaitement une , et même l'Unité première, l'unité souveraine, l'unité essentielle, l'unité, possédant au grand complet toutes les perfections; l'unité, source, type, modèle, principe et cause unique de toutes les unités, se reflétant en elles, y traçant son image, sans partager avec elles sa nature , et les faisant ce qu'elle est elle-même , unes et ti'ines. Car, comme viennent de nous le faire remarquer saint Augustin et saint Thomas, tout être par soi, tout être naturel, est un dans son essence et trine dans ses rapports ou dans ses facultés, afin de nous annoncer, de nous attester le grand incompréhensible mystère de son Auteur, un dans la nature et trine dans les personnes, que toute intelligence doit adorer, que tout cœur doit aimer, que toute créature doit glorifier.
ni° 38. L'UnlCé des natures créées.
Toute nature complète est une. La nature divine est la plus complète, la plus parfaite de toutes les natures, parce qu'elle est infinie ; Dieu n'est donc et ne peut être qu'essentiellement et substantiellement un ; car la nature infinie ne peut être qu'une, et il répugne que plusieurs natures infinies existent. Grande et sublime Unité, la nature incréée est toujours en acte^ non-seulement par rapport à son être, mais aussi par rapport à sa manière d'être ; elle est un acte pur, dans toute son essence et dans toutes ses perfections et ses attributs, qui font une seule et même chose avec son essence; elle n'a de bornes nulle part,
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et est infinie de toute part. L'Aséité est son principe, l'éternité est sa durée, l'immensité est sa demeure, la sagesse sans limites est sa couronne, la toute-puissance est son sceptre, la bonté est sa richesse, la sainteté est son ornement.
Tout être, hors de Dieu, ayant été créé de Dieu, dans un temps et dans une certaine mesure, est nécessairement fini. Ce qui est fini est borné ; ce qui est borné est susceptible de recevoir des réalités qu'il n'a pas. Ce qui est susceptible de recevoir des réalités qu'il n'a pas, n'est pas absolument complet. Nul être hors de Dieu n'est Aono, absulumenl complet; il n'est complet que d'une manière relatine , comme il ii'est que d'une manière contmr/ente; il n'est complet que sous certains rapports, secnndain quid, en tant qu'il a tout ce qui est conforme à sa nature. Dans ce sens, toutes les substances, toutes les natures que Dieu a créées sont complètes, et par là on les dit, à juste raison, unes.
Les natures sont simples ou composées m" 24). Dans les natures simples, comme celle des Anges, la forme est complète; elle est même, à elle seule, toute la nature de l'être. C'est pourquoi les Anges s'appellent, dans la philosophie chrétienne, Formes-séparéex , Substances-séparées.
Dans toute nature composée , la Forme n'est complète que dans sa nmtière et par sa matière. C'est la nature, résultant de l'union de la matière avec la forme, qui est complète et qui est Une. L'âme humaine, en tant que substance spirituelle, est, nous le répétons, complète et subsistante par elle-même ; et, dès lors, séparée du corps, elle peut bien exister et existera longtemps sans le corps. Mais, en tant qu'elle fait partie de la nature, de l'essence de l'homme (car l'homme n'est pas plus l'âme seule que le corps seul), elle n'est pas l'Ange, savoir : elle est forme incomplète, tant qu'elle n'est ce qu'elle doit être par sa nature, une âme unie à un corps et dans un corps. C'est donc 1 âme unie au corps qui est UN dans l'homme. On trouvera plus loin l'explication de cette importante doctrine.
TEBMINOLOGIE DES IDÉES. LE VKAI. 275
§ 39. De la deuxième qualité de l'Être coiywwn, la Vérité. — Magnifique définition de la Vérité par saint Thomas. — Les différentes espèces de Vérité. — La doctrine de la pliilosopliie chrétienne sur le falx. — En quoi consiste le faix logique ou l'erreur. — Quand et comment l'erreur se trouve dans l'intellect et dans le sens. — Les Apôtres de Dieu et les Apôtres de Satan.
N" 39. Du vrai et da faux. Trois espèces de vérité.
Tout être naturel est non-seulement un , mais encore \rai. La vérité est donc la seconde qualité de Vêlre commun, ou la seconde qualité, commune à tous les êtres.
L'être ne se compare à l'intellect que par sa correspondance avec lui , correspondance que saint Thomas appelle si heureusement « Équation. » C'est donc dans la conformité ou l'équation de la chose avec l'intellect que se trouve la raison formelle du vrai.
Toute connaissance s'accomplit par voie de ressemblance entre le connaissant et le connu. Là où il y a cette ressemblance, il y a connaissance de l'objet; et là où il y a connaissance d'un objet, il y a ressemblance de la part de l'intellect avec cet objet. C'est dans cette assimilation qu'est la cause de la connaissance, et elle en est inséparable.
Cette assimilation est de différentes espèces. De là les différentes espèces de vérités et les différentes manières de la définir.
Saint Thomas a défini la vérité : « l'Équation entre l'intellect et la chose, œqnalio rei et intellectus. » En rappelant cette belle et magnilique définition, le comte de Maistre a eu bien raison de dire: « C'est la vérité qui s'est définie elle-même. » En effet, le mot « "Vérité » se prend en différents sens ; la vérité est de différentes espèces, et cependant la définition du Docteur angélique est exacte, dans tous les sens , et convient à toute espèce de vérité.
La vérité est: 1° métaphysique, 2° logique, et 3° morale.
N" M. La Vérité inélapbysiqoe.
La vérité Métaphysique ou Transcendante est dans la conformité entre la chose et l'essence et la nature de la chose. Or,
comme tout être naturel a l'essence et la nature qui lui conviennent et est ce qu'il doit être, tout Être naturel, naturellement un, est aussi naturellement vrai. « Être [esse) et être vrai » sont deux termes qui se rapportent nécessairement l'un à l'autre, qui peuvent se prendre l'un pour l'autre. Ce qui est vrai, est, et ce qui est, EST vBAi. C'est pourquoi saint Augustin, cité par saint Thomas {Qua'sl. de Veritate, art. 1), a dit: «La vérité est ce qui est , Veritas est id qtiod est [Soliloq., lib. 2, c. 5). » Par conséquent, Terreur ou le faux est ce qui n'est pas.
Mais les choses existantes ne sont ce qu'elles sont, qu'en tant qu'elles sont en acte ce qu'elles ont été de toute éternité en puissance, dans l'intellect de Dieu, dans la raison éternelle, tijpe exemplaire aussi bien que cause efficiente de toutes les choses. En tant qu'elles ont l'essence et les qualités qui, dans ce dessein divin, leur ont été attribuées ; en tant qu'elles sont l'idée divine réalisée. C'est pourquoi la chose naturelle se dit absolument vraie; car, comparée à l'intellect divin comme à son principe, elle se trouve être, selon la préconception du même intellect ; et sous ce rapport, la vérité de chaque chose peut se dire la propriété de son être et de l'essence qui lui a été assignée.
Tous les êtres naturels étant donc ce qu'ils doivent être, selon la forme intentionnelle qu'ils ont dans l'intellect divin, ils sont tous et toujours vrais. « L'or faux est du vrai clinquant , /a/,vwm aurum estverumauricalchumn, dit saint Thomas; c'est-à-dire qu'il y a équation parfaite entre ce que les êtres naturels sont dans leur état réel dans l'univers, et ce qu'ils sont dans leur état intentionnel dans l'intellect divin, et que la vérité métaphysique est une équation entre la chose et l'intellect divin, xquatio reiet intellectus.
K" bl. La Vérllé logique.
Toutes les choses naturelles sont constituées entre deux intellects, l'intellect divin et l'intellect humain. iMais elles se conforment d'une manière différente à l'un et à l'autre. Par rapport à Dieu, les choses sont telles que son intellect lésa conçues; par rapport à nous, notre intellect les conçoit telles qu'elles sont. Par rapport à Dieu, l'idée éternelle que Dieu en a eue, précède Texis-