TERMINOLOGIE DES IDÉES. LE VRAI
tence de la chose ; par rapport à nous, l'existence de la chose précède toujours l'idée que nous en avons. Par rapport à Dieu, l'idée est la cause formelle de l'existence de la chose; par rapport à nous, c'est la chose existante qui est la cause matérielle de ridée. Lors donc que nous concevons la chose comme elle est, il y a bien « adéquation entre notre intellect et la chose, » il y a vérité. Mais puisque cette adéquation est d'une nature différente de la nature de l'équation entre l'intellect divin et les choses, la vérité qui en résulte l'est aussi: c'est ce qu'on appelle la vérité logique, bien différente, comme on le voit, de la vérité métaphysique, et que cependant nos faiseurs de philosophie confondent si souvent, au risque de se faire aussi soupçonner de faire de la vérité sans savoir ce qu'est la vérité : comme on les soupçonne déjà de faire de l'idée sans connaître ce qu'est l'idée, et de la raison sans se douter de ce qu'est la raison.
!\° 2t2. La Vérité d'Éuonclation
Cette doctrine s'applique à la vérité dite la vérité en soi. Quant à la vérité selon l'effet, le grand saint Hilaire de Poitiers, l'un de ces philosophes chrétiens bien autrement sérieux, solides et magnifiques que les philosophes du paganisme, l'a définie : « Lama- « nifestationet la déclaration de l'être : Verum est manifestalivum « et declarativum esse [apud s. Thom.). » C'est aussi de la vérité quant à son effet que saint Augustin a dit : « La vérité est ce « qui montre ce qu'est une chose : Veritas est ici quo ostendi- « tur quod quid est {De vera reiiy. c. 36). »
C'est aussi ce qui, dans la Philosophie chrétienne, s'appelle la vérité d'énonciation. Ainsi, dire par exemple : « L'homme est « un animal raisonnable,» c'est manifester par la définition ce que l'homme est et ce que Dieu l'a fait selon son idée éternelle; c'est une vérité d'énonciation.
ni" us. La Vérité morale.
Si ce qu'on énonce, dans cet ordre d'affirmation, se rapporte à la conformité de la chose énoncée, avec l'intellect divin, on le dit une énonciation vraie; si on le rapporte à l'intention de celui
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qui l'énonce, on le dit plutôt une énoncialion véridique, en tant que par cette énonciation se montre ce qui est dans la volonté de •>elui qui l'a faite, et lui-même est dit véridique ; c'est aussi ce qu'on appelle la rériic morale, ('elui donc qui manifeste une énonciation vraie, dans l'intention d'éclairer ou d'instruire ceux qui l'ignorent, fait de la véracité ou de la vérité morale.
Ainsi, la vérité ^«e/r/p/iys/^î^e est l'équation entre la chose et l'intellect divin, tijpe exemplaire de la chose. La vérité logique est l'équation entre l'intellect humain et la chose, cause matérielle de l'idée de l'intellect. La vérité morale est l'équation entre la chose énoncée et l'intention de l'intellect qui la manifeste hors de lui. Conséquennnent, sous des rapports différents, toujours est-il que la vérité est l'équation entre l'intellect et la chose ; xquatio rei et intellecius^
^'" Uk. Le Faax.
Par cette belle doctrine du vbai, on conçoit aisément la doctrine du FAUX. Le faux est l'opposé du vrai. Si donc le vrai est l'équation, le faux est l'inéquation entre l'intellect et la chose. Ainsi, de même que l'intellect, concevant la chose telle qu'elle est en elle-même, est dans le vrai, de môme l'intellect, concevant la chose d'une manière différente de ce qu'elle est en elle-même, est dans le faux.
Cependant, tandis que la vérité est de trois espèces, métaphysique, logique et morale, la fausseté n'est que des deux dernières espèces seulement; car tout être naturel étant ce qu'il doit être et étant toujours vrai , il n'y a pas , à proprement parler, de fausseté mélaphysique. Dans l'ordre métaphysique, la chose est vraie en tant qu'elle accomplit ce pour quoi elle est ordonnée par l'intellect divin, elle est vraie absolument ; ou elle n'est pas. Dans ce sens, même une pierre est vraie, parce qu'elle atteint la nature de la pierre. Dans cet ordre de choses il n'y a pas de faux.
Il en est de même de certains composés artificiels, par lesquels l'homme veut imiter des composés naturels. Les perles fausses sont de vraies perles de cire; les faux diamants sont de vrais diamants de cristal. De pareilles choses, fausses au point de vue moral, sont vraies au point de vue mélaphysique, en tant
tebmimoloctTe des idées, le faux. 279
qu'elles ont toutes les qualités propres des faux composés, que le fabricant leur attribue, et sous ce rapport il y a équation entre elles et l'intellect de l'artisan qui les a fabriquées.
Le faux est l'altération de la forme intentionnelle ou substantielle des choses. Ainsi, on dit «faux» un ouvrage exécuté contre les règles de l'art, ou qui n'a pas la forme voulue par l'art.
Dans les choses naturelles, dit saint Thomas, ne peut se trouver le faux ; car tout ce qui est dans ces choses procède de l'intellect divin conmie de sa cause formelle, et les choses naturelles sont toujours en conformité avec cette cause : In ordine ad intellecium dioinum nuUa res naturulis dici potest falsa (/. p. q. 17, o. i . Le faux ne peut se trouver que dans les choses artificielles et dans les actes des agents libres, qui peuvent, dans leurs opérations, se soustraire aux dispositions de l'intellect divin : Fulsum accidit in voluntarie ugentibus tanlum, in quorum potestate est se sîibducere ab ordinatione divini intellectus (ibid.). C'est ce qui constitue le mal de la coulpe ou le péché. C'est pour cela que, dans les livres saints, tout péché est appelé une fausseté ei un mensonge, et qu'au contraire , toute action vertueuse est dite vÉfiiTE de la vie, en tant qu'elle est en harmonie avec les dispositions de l'intellect de Dieu : In quo mulum culpcp consista, secnndum quod ijjsa peccata falsi/aies et mendacia dicuniur, in Scriptura; sicut , per oppositum, uperatio viriuosa VERITAS VIT.Î; nuncupatur, in quantum subditur ordinationi divini intellectus {ibid.).
N° (i3. Le Faux Logique.
Le faux n'est donc que dans rincquation entre la conception de l'intellect et la chose déjà existante, ou dans Tiiiéquation entre ['intention de l'intellect et la chose énoncée. Le faux n'est, nous le répétons, que logique ou mobal. Le faux Logique s'appelle ebreur; le lUoral se dit mensoagk. Voici maintenant l'analyse métaphysique de l'un et de l'autre.
Les mêmes êtres, on vient de le voir, ne sont pas, avec l'intellect humain, dans les marnes rapports dans lesquels ils sont avec l'intellect divin. Ce n'est pas parce que les choses ont telle essence que l'intellect divin en a telle idée, mais c'est parce que
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l'intellect divin en a et en a toujours eu telle idée, qu'elles ont telle essence. Ce n'est pas la chose existante qui est la cause intentionnelle de l'idée que Dieu en a; mais c'est l'idée que Dieu en a qui est la cause exemplaire, la cause formelle de la chose. Ce n'est pas la connaissance de la chose qui a moditié l'intellect divin; mais c'est l'idée de l'intellect divin, antérieure à la chose, sur laquelle a été calquée la chose.
Le contraire arrive à notre intellect. Nous n'avons l'idée de la chose qu'après la connaissance de la chose. Ce n'est pas l'idée que nous en avons qui fait la chose telle qu'elle est, mais c'est en la connaissant telle qu'elle est, que nous en possédons l'idée. Il suit de là que, tandis que les choses existantes sont toutes et toujours conformes à l'idée que Dieu en a, l'idée que nous avons de la chose n'est pas toujours conforme à la chose telle qu'elle existe. En d'autres termes, que, tandis qu'en parfaite équation avec les choses, l'intellect divin est toujours vrai, l'intellect humain, au contraire, pouvant concevoir les choses différemment de ce qu'elles sont, et n'être pas toujours en équation avec elles, peut être et bien souvent est dans le faux.
K" Ui. L'Iutellect percevant et rinteuect coiuposaut. Le Sensible propre et le Sensible coniniau.
L'intellect humain, non -seulement perçoit la quiddité des choses, mais encore '\\ Juge les choses perçues. La vérité Logique, ou l'équation entre la chose et la conception, ou l'idée qu'en possède notre intellect, est donc de deux différentes manières : 1" L'équation entre la chose et l'intellect percevant ou connaissant la quiddité ou l'essence d'une chose, et 2" l'équation entre la chose et l'intellect, composant et divisant les idées ou jugeant une chose. La première de ces deux équations est, d'une manière passive, dans l'intellect possible, ou dans la faculté qui reçoit les idées, à peu près, dit saint Thomas, comme la ressemblance des choses sensibles se trouve dans le sens. Cette vérité, poursuit le même Docteur, peut en quelque sorte se dire la vérité matérielle de l'intellect et des sens, en tant « que, dans cette circonstance, l'intellect et les sens sont aussi vrais que la chose perçue ou sentie. » Car l'intellect [possible), dit toujours saint Thomas, est modifié par la ressemblance des choses intel-