TERMINOLOGIE DES IDÉES. LE FAUX
Hgibles, comme le sens l'est par la ressemblance des choses sensibles; c'est pourquoi, de voie ordinaire, l'intellect ne se trompe pas par rapport à l'essence ou à la quiddité des choses, comme les sens ne se trompent pas par rapport au sensible qui leur est propre (1). »
S'il en était autrement, et si notre intellect pouvait être impressionné faussement par rapport à la quiddité intelligible, et le sens par rapport aux quaHtés sensibles des choses, la vérité de l'intelligible, aussi bien que du sensible, nous serait impossible. La raison même le serait aussi ; car raisonner, c'est appliquer le connu à Tinconnu. La raison s'appelle donc la connaissance vraie et certaine des idées et des principes, savoir, de la quiddité et de l'essence des choses en général, pour pouvoir en faire l'application aux cas pLrticuliers et discourir.
C'est pourquoi, dit saint Thomas, Dieu a formé notre intellect et nos sens, de manière que l'intellect soit impressionné avec autant d'exactitude par l'intelligible, que les sens le sont parle sensible ; et que l'intellect, tant qu'il ne fait que percevoir les quiddilés des choses , soit toujours dans le vrai : Inlellechts, s/'mpliciter percipiens quidditates rerum , semper est verus ; et que les sens soient aussi toujours vrais, en recevant les impressions du sensible qui leur est propre; Sensus circa sensibile proprium semper est verus.
II n'en est pas de même lorsque notre intellect compose ou divise, ou bien lorsqu'il juge que l'idée qu'il a en lui-même de
(1) La philosophie clirétieime distingue le sensible, en sensible propre et sensible commun. Le sensible propre est celui dont le jugement est du ressort d'un sens particulier. Ainsi le sensible propre de la vue, c'est la couleur; de l'ouïe, c'est le son; du toucher, c'est la forme, le poids, la distance des objets. Le .sensible commun est celui qui peut être saisi par plusieurs sens, comme la forme, sensible-propre du toucher, peut être aperçue par la \ue aussi, et la distance, sensible-propre du toucher, peut être jugée encore par la vue, et même par le son. Or, le sens ne trompe que lorsqu'on lui demande de juger d'un sensible qui ne lui est pas propre et qui n'est pas de son ressort, comme lorsqu'on veut juger de la forme matérielle ou de la distance d'un objet par les yeux, qui ne sont juges compétents que par rapport à la couleur. Mais si l'on soumet la forme matérielle de l'objet à la preuve du contact, et la distance à la preuve par pierf, pour fowf/ee, c'est-à-dire du toucher, on est certain de ne pas être trompé.
282 § 39. PHILOSOPHIE CHBÉTIE1S!NE.
la qiiiddité de la chose en général, convient ou ne convient pas à cette chose en particulier; comme, lorsque ayant Tidée de la quiddité dun animal, il l'applique à cet objet ou l'éloigné de lui, et prononce : «C'est cet annnal ; » ou bien « Il ne l'est pas. » L'intellect, possédant la quiddité ou l'idée de la ch(jse perçue, n'en a que la ressemblance , comme le sens impressionné par un objet sensible, a en lui la ressemblance de la chose sentie. Mais lorsqu'il juge qu'une telle idée qu'il a en lui-même s'adapte ou ne s'adapte pas à une chose existante hors de lui-même, il ne reçoit pas la ressemblance, mais veut se la créer; ce jugement n'est plus une impression, mais une conception ; n'est plus une passion, mais une action ; ce jugement est quelque chose à lui, n'a pas un rapport naturel, nécessaire avec la chose hors de lui; et par conséquent peut ne pas convenir à la chose. C'est là que commence la possibilité d'errer, en sorte que Vinéquation entre l'intellect et la chose, ou l'erreur, n'est possible et ne se trouve que dans l'intellect qui applique la défuiition au défini ou qui compose ou qui divise : En or est in intelleclu componeute tel dividente. Et de là la nécessité pour l'homme, des critériums de la certitude, que Dieu a mis à sa disposition, afin qu'il puisse s'assurer de la justesse, prévenir l'erreur de ses jugements, et se mettre à l'abri du faux logique (1).
N° un. Le Mensonge.
En vertu de sa liberté, l'homme aie choix des locutions vraies et des fausses locutions , c'est-à-dire qu'il est maître de parler et d'agir conformément ou contrairement à ses pensées. Comme donc, lorsqu'il parle ou agit selon les pensées de son intellect, il est véridique ; de même, lorsqu'il parle ou agit contrairement à ses pensées, il est menteur. C'est pourquoi le mensonge se définit : « Une locution ou un fait contraire à la pensée , et
(I) Nous avons cvposf'.dans notre ouvrage sir lk konokmfnt de l\ cei titube, la doctrine scolastique toucliant ce sujet Nous en avons donné aussi un court résumé au § 4 de cet ouvrage-ci. Nous y renvoyons le lecteur qui veut conniiitre la théorie delà philosophie chrétienne sur cette matière.
tebminoloctIe dks idées, le mensonge. 283
« dans l'intention de tromper: Dictum vel factum , contra men- « teni, animo fallendi. »
Le mensonge est l'erreur de la volonté, comme l'erreurest le mensonge de l'esprit. Et voilà pourquoi l'Écriture appelle mensonges toutes les erreurs.
IM" 48. Les écbos de la Vérité et les écbos de l'Erreur.
Dieu n'est pas seulement véridicpie, en tant qu'il lui est impossible de dire et de faire le faux, et qu'il est la source de toute vérité ; il est la VÉRITÉ même , la vérité substantielle , la vérité par essence , et même l'unique vérité complète et parfaite, parce que c'est l'unique nature, possédant de la manière lu plus parfaite toutes les perfections. Énoncer donc la vérité , enseigner, défendre;, venger la vérité, et, à plus forte raison, marcher dans la voie de la vérité et demeurer dans la vérité, par rapport à l'esprit et par rapport au cœur, c'est, dit l'Écriture, demeurer en Dieu, se remplir de Dieu, s'identifier avec Dieu, représenter Dieu, et se conduire, en quelque sorte, enïh%n. Deus veritas est; qui manel in veritale in Deo nuinet, et Deus in eo ( I Joan.).
Au contraire, par le désordre de sa volonté, Satan n'est pas seulement menteur , n'est pas seulement l'auteur et le père du mensonge, ayant lui, le premier, introduit dans le monde moral le mensonge et l'erreur ; il est encore, en quelque sorte, le mensonge substantiel , le mensonge personnifié. Parler donc l'erreur, prêcher, propager, soutenir l'erreur, et, à plus forte raison, s'obstiner à marcher dans la voie de l'erreur et demeurer volontairement dans l'erreur, c'est demeurer dans Satan, se remplir de Satan, s'identifier avec Satan, représenter Satan, accomplir les vœux de Satan, se conduire en Satan. Ainsi donc, ces esprits trompés et trompeurs, qui se sont doruié et qui exercent, avec une rage infernale, l'iiorrible mission de combattre la vérité de Dieu, sont des menteurs souverains, et leurs doctrines sont de vains rêves et de vrais mensonges, que, d'après l'Écriture sainte, c'est pour les fils des hommes un grand crime et un grand malheur d'aimer et de chercher: t'ilii hommuni,nsquequo gravi corde? Utquid diligitis vanitaletn et qnxrilis mendacium [Psal. IV) ?
284 § 40. PHILOSOPHIE CHRÉTIENISE.
§ 40. De la troisième qualité de l'Être commun, la Bonté. — La doctrine de la philosophie chrétienne sur la Bonté et sur la Perfection. — Comment il est vrai que Dieu a, .<telon saint Augustin, tout fait avec Mode, Espèce et Ordre, et que, selon l'Écriture, il a tout fait en Nombre, Mesure et Poids. — Différentes espèces du Bien et du Parfait. — La perfection absolue ne se rencontre qu'au Ciel. — Grande portée des termes scholastiques, expliqués dans ce chapitre.
Il nous reste à expliquer la dernière qualité de l'être commun^ ou à considérer tout être dans ses rapports avec le Bien, et par conséquent aussi avec le Mal. Commençons par rétablir en quoi consiste le Bien^ cette fin universelle de tout ce qui est.
N" a9. Le Bien. Tout être est Bon, coaime tout être est Vrai.
Voici là-dessus la belle doctrine de saint Thomas. «Tout être, en tant qu'il est un être, est en acte , et en quelque sorte il est parfait, car tout acte est une certaine perfection. S'il est parfait, il a la raison de quelque chose d'appétible, et par conséquence de Bien. Il faut donc conclure que tout être , en tant qu'il est un être, est bon (1). « Saint Augustin a eu bien raison de dire : «Toutes les choses qui sont, tant qu'elles sont, sont bonnes: omnia qux sunt, quamdiu sunt, hona sunt. »
De même que le vrai s'attribue à l'être, dans son rapport avec sa cause formelle, de même le bien lui convient dans son rapport avec la cause finale, ou sa fin. On ne dit pas bon un navire, par l'élégance de sa forme ou par la richesse de ses ornements , on ne le dit bon que par la solidité de sa construction et la vélocité de sa marche; parce que la^^n du navire, c'est de transporter avec la plus grande sécurité, et le plus vite possible, d'une terre à une autre, les personnes et les choses. Il en de même de tout édifice, de tout instrument, de tout outil; ces choses ne sont bonnes qu'en tant que, par elles, on peut plus aisément atteindre la fin pour laquelle on s'en sert. Ainsi, comme la raison du vrai
(1) «Cum ornne ens, in quantum est ens, sit in actu, et quodammodoperfe- « ctum (quia omnis actus perfectio quacdain est), et si perfectum est, liabet ratio- << nem appetibilis et boni; ideo concludenduni est quod oinne ens, in quantum (i est ens bonum est (Quœs(.QuodL9, Demalo). »