‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 57 sur 108 · TEKMINOLOOIE DES IDEES. LE PARFAIT · texte numérisé non relu

TEKMINOLOOIE DES IDEES. LE PARFAIT

qu'avec peine et d'une manière fort imparfaite sa fin. Le sol a besoin de demander au travail et à la sueur de l'homme sa fécondité; la nature animale est en pleine révolte contre l'homme, pour lui rappeler sa révolte contre Dieu et l'en punir; et dans l'homme même la chair est en état d'insurrection permanente contre l'esprit. C'est-à-dire que l'innocence ayant quitté la terre, la perfection a disparu avec elle.

La preuve en est que, non-seulement l'homme intellectuel , moral, physique, social, mais encore toute la nature, minérale, végétale, animale, et tout ce qui est en rapport avec l'homme, est perfectible. Mais ce qui est perfectible n'est parfait qu'en puissance et non en acte, dans l'avenir et non dans le présent ; ce qui est perfectible tend à la perfection, mais il ne l'a pas atteinte; ce qui est perfectible n'est pas parfait. Il n'y a donc pas de perfection sur la terre.

Mais il est impossible d'admettre qu'en créant le monde et rhomme en particulier, l'Intelligence infinie n'ait harmonisé toutes ses œuvres avec les fins qu'elle leur a données, et ne leur ait réparti les moyens complets pour y parvenir; c'est-àdire qu'il est impossible d'admettre que Dieu n'ait pas fait, nonseulement bon, mais encore parfait, tout ce qu'il a fait. Mais, dès lors, il est impossible aussi d'attribuer à des causes purement accidentelles et physiques l'horrible cataclysme qui a si profondément altéré les harmonies des êtres terrestres avec leurs fins, et les a faits ce que nous les voyons; et, dès lors enfin l'état défectueux et imparfait de ces mêmes êtres prouve évidemment le dogme de la chute , comme le dogme de la chute prouve à son tour l'état actuel d'imperfection des êtres. C'est ainsi que la vraie philosophie s'accorde avec la vraie théologie et que la science donne main forte à la religion.

N° 57. Difrérents sens du mot Parfait. Le Parfait absolo c'est Dtea.

On appelle parfait , dit saint Thomas, tout ce à quoi rien ne manque de ce qu'il doit ou peut être [Met., lib. V, c. 6); et comme il y a différentes manières d'être, il y a aussi différentes espèces de perfections.

Chaque chose naturelle a, par la nature, une mesure déter-

minée de grandeur selon la quantité, et de force selon la qualité, qu'elle ne peut dépasser. Ainsi riiomine physique, par exemple, a une quantité dimensive déterminée, au delà de laquelle nul homme ne s'étend en grandeur, et une quantité de force déterminée , elle aussi , au delà de laquelle nul homme n'est plus fort; et l'homme qui atteint cette quantité de grandeur et de force est parfait selon son être physique. C'est ce qu'on appelle :

1° Le Parfait selon la nature.

2° Le Parfait se dit encore selon la qualité et la vertu, et c'est la possession de ces degrés déterminés, dans l'ordre sciemifique ou moral, qu'ordinairement et pendant cette vie il n'est donné à aucun homme de franchir. Dans ce sens on dit : «Théologien parfait, médecin parfait, artiste parfait, parfait honnête homme, » les hommes à qui, sous ces différents rapports, rien ne manque de ce qui appartient à l'espèce de leur science, de leur art, de leur vertu.

3° Enfin, on nomme parlait ce qui a atteint sa fin; car la fin est, comme on vient de voir, la perfection de l'être. C'est pourquoi saint Paul a appelé, comme on vient de lentcndre, Homme parfait, Virum perfection, l'homme parvenu à la béatitude du ciel, et qui, par conséquent, a atteint sa dernière fin; mais toutes ces différentes espèces de perfection ne sont propres aux êtres que dans leurs rapports avec leur propre nature ou dans leurs rapports avec d'autres êtres. Ce sont donc des perfections relatives, secvndum qiiid. 11 n'y a qu'une seule nature qui réunit toutes les perfections d'une manière absolue; il n'y a qu'un seul être que rien ne surpasse, qui ne reçoit rien du dehors, à qui rien ne manque et qui possède à un degré sans degré, et d'une manière virtuelle et parfaite, chaque perfection qui se trouve en chaque genre d'être; et cet être est Dieu, l'être parfaitement infini et infiniment parfait.

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