TERMINOLOGIE DES IDEES. LE M4L
§ 41. Bu Mal, de sa nature et de ses différentes espèces. — Les maux et les biens temporels ne sont de vrais maux et de vrais biens que dans leurs rapports avec le mal et le Bien éternels. — En quoi l'amour des
créatures est coupable Les trois termes qui renferment les rapports
de tous les êtres. — Conclusion de la terminologie de la philosophie chrétienne.
N" 58. Le Mal.
Il est reçu , dit saint Thomas, en citant saint Augustin, que , sous le nom de Mal, on doit entendre la perte du Bien; Amissio Boni, Mali nomen accepit [Quidlib. de Malo). Mais si le Mal n'est que l'absence, le défaut du Bien, il n'est qu'une négation, un non-être, et n'a de réalité qu'autant que la privation du Bien, qui fait son constitutif, est réelle. Cependant, comme toute privation d'une qualité se rapporte nécessairement à un être (car ce qui n'est pas, ne peut rien perdre ni être privé de rien) , on dit « que le Mal est dans l'être comme dans son sujet. » De là les expressions : Il a Mal; mal lui en est venu; il y a là du Ma/, etc.
Le Bien peut faire défaut à un être par différentes causes et en différentes manières. Étant le défaut du Bien, le Mal est donc et doit être de différentes espèces : 1° le Mal est nominal et relatif., ou positif ei réel; 2» le Mal réel est (comme le Bien) corporel ou spirituel; 3° il est de coulpe ou de peine; -4" il est temporel ou éternel.
N" 59. Le Mal nominal on relatif.
Certains défauts, qui se trouvent dans les choses créées, ne sont que des maux relatifs, en tant qu'ils sont de vraies privations de certains biens dont jouissent d'autres créatures; mais, en tant qu'ils se rapportent à l'ordre de l'univers, non-seulement ils ne sont nullement des maux, mais ils sont même un vrai bien; car l'ordre de l'univers est Bien. Ce semble un mal, pour les animaux qu'on appelle imparfaits, d'être privés des sens de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, dont jouissent tous les animaux parfaits, et de n'avoir d'autres sens que le goût et le toucher; comme ce semble un mal pour l'homme d'être privé de la noble faculté, accordée à l'Ange, de voir directement l'Universel, et d'en être réduit à ne le voir qu'à travers le particulier.
294 § 41. PHILOSOPHIE CHBÉTIENNE.
Mais puisque les mollusques , animaux imparfaits relativement aux animaux parfaits, et l'homme, intelligence faible relativement à l'Ange , sont cependant ce qu'ils doivent être, d'après leur nature; puisque rien ne leur manque pour atteindre leur fin, et que, sous ce rapport, ils ne sont privés d'aucune des réalités qui leur conviennent, ils n'ont pas de mal , et, au point de vue métaphysique, ils sont des créatures également bonnes et parfaites : Cuncta qvx fecerat erant valde bona.
Bonnes en elles-mêmes (parce que tout être, ayant les constitutifs de sa nature, est bon), les créatures les plus chétives, les plus faibles, les plus petites, sont bonnes aussi par rapport au tout; car la perfection de l'Univers, destiné à annoncer différents degrés de la sagesse, de la puissance et de la bonté de son Auteur, ne pouvait résulter de la création d'une seule nature, eût-elle été la plus parfaite, comme la beauté d'un tableau ne peut sortir de l'emploi d'une seule couleur. La perfection de l'Univers exige la variété des choses, la diversité des natures et l'inégalité des quantités, des grandeurs, des qualités et des forces, se rapportant les unes aux autres, et formant un tout complet et parfait; comme la beauté d'un tableau demande l'emploi de différentes couleurs, nuancées avec art et harmonisées, de manière à ce que même les ombres servent à la beauté de l'ensemble. Les créatures imparfaites, à côté des créatures parfaites, sont donc les clairs-obscurs de la création.
W 60. Le Mal positif et réel.
Le Mal positif et réel « est la privation d'un Bien que l'être « devrait avoir d'après les exigences de sa nature et la fin de « son existence. » C'est un mal réel pour un homme de ne pas avoir de mains, et pour un oiseau de ne pas avoir d'ailes; car il est dans les exigences de la nature de l'homme d'avoir des mains, et dans les exigences de la nature de l'oiseau d'avoir des ailes.
Dieu ayant daigné créer Thomme immortel, même par rapport au corps, Creavit Deus hominem inexUrminabitem [Sap.u], l'immortalité était sans doute un don do Dieu, mais un don faisant partie delà naturp de l'homme, telle que Dieu l'avait