‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 62 sur 108 · EXPLICATION DU SYSTÈME · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU SYSTÈME

DEUXIEME CHAPITRE

APPLICATIONS DES TERMES UNIVEBSAUX AUX IDÉES, ET EXPOSI- TION DU SYSTÈME DE LA PHILOSOPHIE CHRETIENNE SUR LES IDÉES.

§ 42. Toute parole renferme, une pensée. — Les termes Universaiix expriment des idées Universelles que la science n'a pas inventées, mais qui se sont toujours trouvées dans l'esprit humain. — Même les Enfants en bas dge ont des idées universelles, sans savoir les formuler. — On pose le problème de l'Origine des idées. — Différentes hijpothèses par lesquelles on a voulu expliquer la présence, dans l'intellect humain, des idées de l'Intellect divin. — Celle des Scolastiques a été approuvée par Bossuet.

Aj'une (les plus graves erreurs de l'idéologie moderne, c'est Taffirmation : «Que la parole n'est que le signe de la pensée. » Le signe, comme l'a fait remarquer M. de Bonald, est bien l'indice qui fait connaître la chose, mais il n'est pas la chose même; comme la fumée indique le feu, mais elle n'est pas le feu. La parole, au contraire, non-seulement révèle la pensée de celui qui la prononce, mais elle est encore sa pensée même qui a pris des formes sensibles, atin de passer, de l'esprit qui l'a conçue, dans l'esprit de celui qui l'ignore. La parole est la pensée extérieure, comme la pensée est la parole secrète, le verbe intérieur. Parler, c'est penser tout haut, comme penser, c'est parler tout bas. Tout être qui parle, pense; la brute ne parle pas, parce qu'elle ne pense pas.

II y a bien des pensées sans les mots , mais il n'y a pas de mots sans pensée. Un mot qui ne représente pas une pensée, n'est pas un mot, n'est pas une parole; ce n'est qu'un son, un bruit vide et stérile, qui ne dit rien, qui ne signifie rien, qui ne se reproduit pas dans l'esprit de ceux qui l'écoutent, et qui ne laisse nulle part la moindre trace de son passage à travers Tair. Tous les mots d'une langue sont des pensées qui ont surgi

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dans l'esprit, avant d'être articulés par les lèvres. Tout mot a été pensé avant d'être parlé.

Ainsi donc, tous les mots de la langue philosophique, dont nous venons de donner le sens véritable, ont été des pensées conçues par l'esprit humain, avant d'être des paroles passées dans le langage humain. Si le genre humain a toujours et partout parlé ces mots, c'est qu'il a toujours et partout pensé les choses que ces mots renferment.

La pensée donc du Genre et de V Espèce, de la Différence et du Propre, de la Subsfance et des Accidents, de la Quantité, de la Qu'ililé, de V Action, de la Passion, de tons les termes prédicamentaux, ainsi que de tous les termes exprimant l'être, ses nuances, ses qualités communes et ses passions; cette pensée, dis-je, s'est toujours trouvée dans l'esprit de tous les hommes, puisque les mots qui l'énoncent ont toujours été articulés par leur langue.

La science n'a fait que formuler, classer les pensées qui correspondent à chacun de ces mots ; la science n'a fait que les définir d'une manière claire et précise, en indiquer les raisons, les causes, les fondements, les conséquences, les effets, et constater les rapports qui les lient ensemble et en forment ce Tout qui s'appelle «la Raison humaine. » En somme, la science en a donné la connaissance philosophique; mais, quant à leur connaissance historique, elle est aussi ancienne que l'esprit humain. La science ne les a pas inventées, puisqu'elle les suppose, et sans ces pensées préalables, loin de pouvoir rien inventer, la science n'est pas.

Ce sont là de ces conceptions de l'intellect divin qui, de toute éternité, ont existé dans cet intellect, et qui y sont demeurées toujours les mêmes, indépendamment de la réalisation qu'elles ont reçue par la création, dans un point du temps et de l'espace, '■•[ à l'égard d'un nombre déterminé d'individus; ce sont là de ces idées ou espèces dont saint Augustin vient de nous dire (§ 6, pag. 38) : « Les idées sont les formes principales ou certaines « raisons stables des choses qui ne sont pas formées, qui , par « conséquent, sont éternelles et toujours les mêmes dans l'in- « telhgence divine , et dont la participation donne l'être et la « manière d'être à tout ce qui est fait : Sunl idex, principales

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