‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 63 sur 108 · EXPLICATION DU SYSTÈME · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU SYSTÈME

aformse quœdam vel raliones rerum stabilcs, qux ipsœ fonnatœ « non sunt, ac per hoc œtemœ et semper eodem modo se haben- « tes, qux in divina intelligentia continentur... guarnm partie i- « pationejît quidquid est, quomodo est. »

Or, il est incontestable qu'un grand nombre de ces formes générales, universelles, infinies, de ces idées des choses qui constituent leur quiddité, et qui, de toute éternité, existent dans l'intellect divin, se rencontre aussi dans l'intellect humain. Car nous aussi nous connaissons non-seulement CET homme, mais L'homme; nous aussi nous connaissons non-seulement qui est l'homme qui nous est présent, mais aussi ce qu'est la nature humaine ; et il en est de même de toutes les choses dont nous avons la connaissance : nous les connaissons non-seulement d'une manière individuelle, particulière, finie, mais aussi d'une manière spécifique, universelle, infinie.

Bien plus, les pensées contenues dans les Universaux, et qui forment la base de toute science et de toute raison, se rencontrent même dans l'esprit de l'enfant de sept ans qui vient d'atteindre l'âge déraison; et c'est pourquoi il a déjà la raison, et que, d'être raisonnable qu'il était 'dès sa naissance , il est devenu un être raisonnant. Car il n'y a pas de raison sans principes généraux; et les pensées que les mots en question expriment, sont des principes généraux, par lesquels on raisonne, à l'aide desquels la raison en puissance devient la raison en acte, commence à fonctionner et à exercer son action et son empire dans le monde intellectuel.

En étudiant attentivement, dans tous ses mouvements, dans toutes ses actions, dans toutes ses fantaisies, dans tous ses désirs, Fenfant au premier âge, il est facile de se convaincre que cette intelligence, encore si bornée, si incertaine, si imparfaite, si faible, se trouve cependant en possession des plus grandes et plus hautes pensées auxquelles, dans l'ordre naturel, il soit donné à l'esprit humain d'atteindre. Il sait, par exemple, que lui, homme, tout en ayant, par son organisation physique, des traits de ressemblance avec la brute, il en diffère infiniment, et (pi'il appartient à une catégorie d'êtres tout à fait distincte de celle qui renferme toutes les familles des animaux. Il a donc la pensée du Genre animal, de VEspèce humaine, de la Diff^

rence entre l'homme et la brute, de l'Accident et du Propre de l'un et de l'autre, c'est-à-dire il a la pensée des Universalx.

Voyez-le encore, mesurant ou comptant les objets , s'y prenant plus ou moins adroitement pour les saisir, choisissant certains moyens pour arriver à certaines fins ; et il vous sera impossible de nier que ce jeune esprit a déjà la pensée de la quantité continue et de la quantité discrète^ des qualités de toutes les nuances, de l'action, de la passion, du mouvement, de la cause et de l'effet, de la forme, de la puissance, de l'acte ; en un mot , la pensée de la substance et de tous les différents genres d'accidents que la science appelle « Prédicaments. » Voyez-le, détruisant tout ce qui lui tombe sous la main pour connaître les causes cachées et invisibles des choses, et se rendre compte des ressorts secrets qui les font ce qu'elles sont et les rendent capables d'agir comme elles agissent. Voyez-le , enfin , choisissant et préférant le tout à la partie , le grand au petit, le beau au laid, le parfait à l'imparfait, le bon au mauvais, le vrai au faux, et, tout en en étant surpris, vous ne pourrez vous empêcher de reconnaître que votre petit enfant a déjà en lui-même, aussi claire, aussi complète, aussi certaine que le philosophe, la pensée de l'Être et de ses espèces multiples, de la Nature, de l'Essence, du bien, du mal, de la vérité et de l'erreur.

Or, ces pensées sont des conceptions intellectuelles, qui s'appliquent à tous les êtres existants et possibles, et en dehors de toutes les bornes, ressortant des circonstances d'individualité, de temps, de nombre et de lieu. Ce sont donc des cOiNCEPTiONS unes, se rapportant à plusieurs et même à tout, Vnum — versus alia , — versus omnia, ce sont des Umversaux. Ce sont des conceptions immenses, infinies, éternelles; ce sont les formes immuables, les raisons éternelles des choses; ce sont, en un mot, les Idées; car, ainsi qu'on l'a vu, d'après saint Augustin, les pensées que Platon, le premier, a appelées Idées, ne sont que les raisons éternelles des choses, existant de toute éternité dans l'Intellect divin, comme causes exemplaires et formes immuables de toutes choses, et sur lesquelles a été fait tout ce qui est fait (page 304).

tt cependant, nous le répétons, i! est incontestable aussi que

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