‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 65 sur 108 · POSITION DU PROBLÈME · texte numérisé non relu

POSITION DU PROBLÈME

contemporains à l'égard de la théorie scolastiqiie sur les idées.

On lit ce remarquable passage dans les OEuvres inédites de Bossuet :

« Il faut considérer (dans la nature de l'Universel) ce que donne «..la nature même et ce que fait notre esprit. La nature ne nous « donne, au fond, que des êtres particuliers; mais elle nous les <( donne semblables. L'esprit, venant là-dessus et les trouvant « tellement semblables, ne se fait de tous qu'un seul objet et n'en « a qu'une seule IDÉE. C'est ce qui fait dire au commun de l'é- « cole : Qu'il n'y a point d'universel dans les choses mêmes ; « non datur universale a parte rei; et encore : Que la nature « donne bien, indépendamment de l'esprit, quelque fondement «à l'universel, en tant qu'elle fournit des choses semblables, «mais qu'elle ne donne pas l'universalité aux choses mêmes, « puisqu'elle les fait toutes individuelles ; et enfin que l'universa- « lité se commence par la nature et s'achève pak l'espbit : Uni- « vermle inchoatur a natura, perficitur ab intellectu (Paris, «1828, lib. I,c. 31,pag. 58).»

Voilà donc comment, d'après Bossuet, Vécole de saint Thomas s'expliquait la formation des idées. Rien n'est plus simple ni plus naturel, ni plus clair qu'un semblable procédé. Ainsi, en l'exposant avec une si admirable précision, le grand évêque de Meaux non-seulement l'adopte complètement, mais le propose comme un fait incontestable, comme la théorie la plus conforme à la raison et à l'expérience; et, tout philosophe spiritualiste qu'il était, il n'a pas su, avec son regard d'aigle, y découvrir un seul des inconvénients que le regard de certaines chauves-souris y a rencontrés. En effet, tout, dans cette théorie scolastique de l'idée, nous annonce une énergie surhumaine de la part de l'esprit, universalisant le particulier ; tout nous indique une équation parfaite entre la cause et l'effet; tout nous montre l'esprit, opérant sur la matière avec une puissance souveraine, et se formant lui-môme la conception universelle de la chose. Et voilà les scrupules du semi-rationalisme, les conséquences fâcheuses^ les contradictions , les doutes auxquels pourrait donner lieu la théorie de saint Thomas, sur la connaissance, convaincus d'affectation et condanmés par Bossuet.

Mais la théorie chrétienne sur les idées n'a pas besoin de ce»

approbations. A l'exemple, en quelque sorte, de la pensée divine, sur laquelle cette théorie est fondée, elle porte en elle-même les preuves, le cachet de sa vérité; elle se suffit à elle-même, elle est justifiée en elle-même; Justificata in semetipsa [Psal.). C'est ce dont notre lecteur va se convaincre.

§ 43. Doctrine de saint Thomas sur la connaissance en général. — Comment le sens est tout le sensible, et l'intellect, tout l'intelligible. — Le monde naturel et le monde intentionnkl. — De la connaissance sensitive en particulier. — Vertu du sens de spiritualiser le matériel. — État représentatif dans lequel les choses extérieures connues se trouvent dans celui qui les connaît. — Groupe de prodiges que renferme le phénomène de la connaissance. C'est le plus grand œicvre du Dieu Créateur.

Commençons par rappeler ici la profonde et magnifique doctrine de saint Thomas sur la connaissance. «Tout ce qui est, dit-il, est ou sensible ou intelligible. Or, par cela même que notre âme a le sens et l'intellect ou l'aptitude à savoir, elle est, en certaine manière , tout le sensible et tout l'intelligible ; car le sens est, en quelque sorte, toutes les choses sensibles, et l'intellect, toutes les choses intelligibles, elles-mêmes, ou la science, apte à savoir.

« C'est que le sens et l'intellect peuvent se trouver en deux états différents, par rapport aux choses sensibles ou intelligibles : ou ils sont en puissance ou ils sont en acle, par rapport à ces mêmes choses. Tant que le sens et l'intellect ne sont qu'en puissance aux choses sensibles ou intelligibles (c'est-à-dire qu'ils peuvent connaître ces choses, mais qu'ils ne les connaissent pas encore, en effet), ni la faculté sensitive de l'âme n'est tout le sensible lui-même, ni sa faculté intellective n'est tout l'intelligible lui-même; mais lorsque le sens est passé à Vacte, par rapport au sensible, alors il est en acte toutes les choses qu'il sent; et de même, lorsque l'intellect est passé à Vacte, par rapport à l'intelligible, alors il est en acte toutes les choses qu'il comprend (1).

(1) « Omnia qn.v sunt, aiit sensibilia, aut intcUigibilia funf . Anima vcro(in- « tellccliva) est (piodamniodo ornnia sensibilia et intelligibilia, quia in anima (»«f

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