‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 66 sur 108 · MAGNIFIQUE DOCTBTNK SUR LA CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

MAGNIFIQUE DOCTBTNK SUR LA CONNAISSANCE

«Mais, en disant que le sens en acte est le sensible lui-même, et l'intellect en acte est l'intelligible lui-même, on n'entend pas dire, pour cela, que l'âme soit tout à fait la même chose avec ce qu'elle sent ou comprend ; qu'elle soit, par exemple, la pierre et le cheval, dès l'instant qu'elle sent ou comprend le cheval ou la pierre ; mais on entend dire qu'alors il se trouve dans l'àme, soit dans le sens, soit dans l'intellect, non pas la chose même sentie ou comprise, mais l'espèce ou la forme, ou la ressemblance (intentionnelle) decette chose, de cette pierre, de ce cheval (1).

a On a donc eu raison de comparer l'âme à la main , car la main est l'organe des organes, ou l'instrument des instruments ; la main a été donnée à l'homme pour lui tenir lieu de tous les organes, qui ont été répartis aux autres animaux, pour attaquer, pour se défendre ou pour se couvrir, puisque l'homme fait tout cela par ses mains. De la même manière, l'âme a été donnée à l'homme pour lui tenir lieu de toutes les formes (des êtres); en sorte que, par son âme, l'homme est presque tout être, car l'intellect est une puissance capable de recevoir en elle toutes les formes intelligibles : le sens est une puissance capable de recevoir en elle toutes les formes sensibles. En tant donc que 1 "âme est capable de recevoir en elle toutes les formes, toutes les ressemblances des choses sensibles et intelligibles par l'âme , l'homme est, sous un certain rapport, toutes les choses (2) . »

« sensus et intellectu'', sive scientia. Sensusautem est quodammodo ipsa sen- « sibiliaetinfcllcctus intelligibilia, sive scientia scibilium. Sensus enini et scientia, « quaî sunt adliuc in potentia ad sensibilia et scibilia, se babent ad ipsa scibilia « et sensibilia in potentia; sed scientia et sensus, quao jam sunt in actu, ordi- « nantur ;id sensibiiia et scibilia, qna? pariler snnt in actu. Sed quando sensus « est in actu, ?ensus est ipsa sensibilia in actu ; et pariter, scientia vol inteliectus « in actu, est ipsa sensibilia et intelligibilia in actu. Dum, e contra, sola potentia <« animœ sensitiva, non est ipsuni sensibile; et sola potentia intellectiva non « est ipsurn sensibile Tel intclligibile. Sed tum sensus se babet ad ipsum sensi- « bile, inteliectus autom ad intclligibile {De anima, \\h. III, lec. 13). »

(t) Ideo aufern diciti)r quod .sensus et intclleitus in actu est ipsum sensihilc et intclligibile, non quia anima sit ipsa res sensibilis vel intolligibilis, lapi.s, ex.g. equus, etc. sed qnia in anima, id est in sensu vel intellectu,est species aeu forma seu similitudo lapidis et equi (Ibid.).

{')) « Ex qno patet cur anima assimilatur manui : manus enim est organum.

On comprend par là que toutes les choses, soit intelligibles, soit sensibles, ont par rapport à nous comme deux états différents, et qu'il y a en quelque sorte deux mondes, le monde naturel et le monde intentionnel, ou idéal; car toutes les choses sont intentionnellement, dans celui qui les connaît par les idées, ce qu^elles sont naturellement en elles-mêmes; ce qui a fait dire à Boëce, en parlant de Dieu : « Ce monde si beau est porté dans son esprit par Celui qui est ce qu'il y a de plus beau : Mundum mente gerens pulchrum y pulcherrimus Ipse. »

De là ont eu origine ces idées, ces formes ou espèces, que, par une regrettable méprise, Platon affirma existantes en ellesmêmes. Car les idées n'étant, selon la belle expression de saint Augustin, que les formes des choses, ou existent dans les choses elles-mêmes, et alors elles donnent leur être naturel aux choses dans lesquelles elles sont, comme l'âme , forme du corps, donne l'être au corps; ou elles sont hors des choses, et alors elles ne sont que des espèces purement intentionnelles, n'ayant d'existence que dans ceux qui connaissent ces mêmes choses : les idées n'existent donc nullement en elles-mêmes.

Ainsi donc, dans l'intellect divin se trouvent toutes les idées des choses quMl connaît; car «l'idée, dit saint Thomas {De anima), en tant qu'elle est le principe de la formation des choses, peut s'appeler ^exemplaire, et appartient à la coimaissance pratique (comme lorsqu'on dit que dans l'esprit de l'architecle est l'idée où l'exemplaire de la maison qu'il veut l);\tir ou qu'il a bâtie). Mais, en tant que l'idée est le principe cognoscitif, elle se dit proprement raison (1).

« organorum, seu instrumentuni instrumentorum; quia mamisdataî sunt homin « loco omnium organorum, qu» data sunt aliis aniinalibus, ad dofensioncni, vcl « impugnationem, vel coopcrimentum ; oninia enini lurc hoino manu .sibi <( comparât. Similiter anima data est liomini loco omnium tormarum, ut .sit « homo quodammodo fotum cns, in quantum, secundum animam, est quodam « modoomnia, proutejus anima est receptiva omnium l'ormarum seu similitun dinum. Nam intcllectus est cjua'dam potentia receptiva omnium formarum « inteiligibilium ; et sensus est quœdam potentia receptiva omnium formarum « .sensilnlium {De anima, \\\). 111, lec. 13). » (1) '( Car, dit le cardinal Cajctan, en expliquant ce passage, les formes des

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