‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 67 sur 108 · MAGNIFIQUE DOCTBINE SUR 1.4 CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

MAGNIFIQUE DOCTBINE SUR 1.4 CONNAISSANCE

« En tant donc, poursuit saint Thomas, que l'idée est exemplaire, à ce point de vue (secunditm hoc), elle se rapporte à toutes les choses que Dieu fait dans le temps. En tant que l'idée est le principe cognoscitif, elle se rapporte à toutes les choses que Dieu connaît, quoiqu'il ne les fasse en aucun temps. »

Après avoir établi ces grands et lumineux principes de la philosophie chrétienne, touchant la connaissance en général, nous devons ajouter ici quelques autres observations, propres à cette philosophie, et également grandes et lumineuses, sur la connaissance du sensible en particuher.

Saint Thomas a défini la puissance sensiiive : «La puissance « susceptible de recevoir les espèces sensibles sans la matière ; « Pofentia susceptiva speciermn sensibilium sine maferia. » Nous défions toutes les écoles cartésiennes de produire quelque chose de plus profond et en même temps de plus exact, de plus clair et de plus beau sur le même sujet. Voici comme le Docteur angélique et ses commentateurs, les philosophes chrétiens, exphquent cette magnifique définition :

« Il est commun, dit saint Thomas , à tout être patient, ou à toute puissance passive , de recevoir par l'agent la forme de la chose; cependant la puissance passive des sens diffère grandement des autres puissances passives naturelles, dans la manière de recevoir cette forme.

« La forme de la chose , que tout agent fait passer dans le patient, quelquefois a, dans le patient, exactement le même être ou la même manière d'être qu'elle avait dans l'agent. Cela arrive lorsque le patient a la même disposition que l'agent à l'égard de la môme forme. Dans ce cas, le patient ne reçoit pas la forme sans la matière (mais avec la matière) ; car, quoique la matière, numériquement la même, ne se trouve pas, en même temps, dans l'agent et dans le patient, cependant, comme, en vertu de la môme disposition qu'a l'agent à l'égard de la forme, le patient

« choses cognoscibles existantes objectivement dans celui qui les connaît, se « (lisent les principes de leurs connaissances; par cons(;'quent ridée est la raison '< objective de la chose, ou bien la raison par laquelle la chose existe objective- « ment dans l'esprit. » •

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la pavtage, lui aussi, dans une certaine mesuro, il la reçoit avec la matière, telle qu'elle se trouve dans l'agent (1).»

Ainsi, par exemple, si un fer chaud touche un bois froid, il le rend chaud, non pas de la chaleur numériquement la même dont le fer demeure chaud, mais d'une portion de cette chaleur, qu'en vertu de sa disposition à être chauffé comme le fer, le bois partage ; et, par conséquent, il reçoit la forme de la chaleur qui le fait chaud avec la chaleur matérielle elle-même.

« D'autres fois, poursuit saint Thomas, la forme est reçue dans le patient d'une manière toute différente de celle qu'elle a dans l'agent. Cela arrive lorsque le patient a une disposition à recevoir différente de la disposition matérielle qu'a l'agent. Alors le patient reçoit la forme de la chose sans la matière de la chose, en tant que le patient reçoit en lui la ressemblance de la chose selon sa forme et non selon sa matière. C'est ainsi que le sens reçoit la forme des choses extérieures sans leur matière. Car, en effet, dans le sens, la forme de la chose a une manière d'être toute différente de celle qu'elle a dans la chose sensible. Dans la chose sensible, la forme a un être naturel ; dans le sens, elle a un être intentionnel et SPIUITUEL (2). » Elle a un être selon ï intention seulement, s'il est permis de s'exprimer ainsi. « Cela se fait de la manière dont la cire reçoit le signe de lan-

(1) << Licet hoc sit commune omoi patienti, seu omni poteatiact passivec , « quod recipiat forniam ab agente , differeutia taïuen est inter cseleras potentias « naturales et potentias sensuum, in modo recipiemU. Nain forma, quse in patiente « recipitur ab agente, quandoque habet enmdem modiim essendi in latienteqiiem « habet in agente, et l)OCContingit quando patiens eamdem habet dispositionem ad « formani, quam habet agens, et tune non recipitur forma sine materia. Licet « enirnilla et eadera numéro matevia quîc est a^^entis, non fiât paticiilis.litlamen « quodam modo eadem, in quantum materialcm dispositloneni ad formam « acquirit similem ei qu.T crat in agente (De anima, lib. 11, lec. 24). »

(2) « Quandoque vero forma recipitur in patiente secundnm alium modimi « essendi, quam sit in agente; quia dispositio naturalis patientis ad rccipien- « dum, non est similis dispositioni materiali qua; est in agente, et ideo forma •< recipitur in patiente sine materia : in quantum putiens tissimilalur aiienti « secunduin forniam, et non secundum maleriam ; et i>er himc modum, sensus Il recipit formam sine materia, quia alterius modi esse lialiet forma in sensu, et « inre sensibili. Nam in resensibili, habet f,s5P naluralo; in sens» hal)ct esse Il inlenlionale (tl SVmVYHkLE (Ibicl.). »

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