MAGNIFIQUE DOCTBIPTE SUR LA CONNAISSANCE
« neau, ou l'image tracée dans Panneau, sans le fer ou l'or, qui
« est la matière de l'anneau (1), »
« C'est (ajoute un savant commentateur de saint Thomas, faisant usage de ses mêmes phrases) que, lorsqu'on cachette une lettre, la cire, sur laquelle on imprime le cachet, ne reproduit la ressemblance que par rapport à l'image, et non par rapport au métal ou à la matière du cachet. De la même manière, le sens pâtit en effet, lorsqu'un corps sensible, chaud, savoureux, ou sonore agit sur lui; mais ce n'est pas en tant que ce corps est une pierre ou un morceau de fer ou de bois ; car le sens ne pâtit point par une pierre odoriférante ou chaude en tant que c'est de la pierre, ni par le miel doux en tant que c'est du miel, mais en tant que la pierre est odoriférante et le miel doux. C'est parce que le sens est disposé à partager, non la nature de la pierre ou du miel, mais la qualité de l'odeur ou de la chaleur de la pierre, et la qualité de la douceur du miel. En effet, au contact avec ces corps, la peau devient odoriférante ou chaude , le palais sent la douceur, mais ni la peau ne devient pierre ni le palais ne devient miel. En un mot , c'est le propre du sens de ressembler au corps qui l'affecte, selon sa forme et non selon sa matière. La preuve que c'est une propriété du sens d'éprouver un pareil changement intentionnel ou spirituel, c'est que tons les autres corps, dépourvus de sens, .sont changés, modifiés, altérés par le contact d'autres corps, et que cependant ils ne les sentent pas (2).
(1) « Quod accidit eo modo quo cer.i recipit signum anniili sine ferro tcI ft auro {De anima, lib. n, lec. 24'» »
(2) « Quia cera assimilatiir aureo sigillo, quantum ad imaginem, non quan- « tum ad dispositionem auri , i'a sensus patitur a sensibili corpore, habente colo- « rein.aiit saporem, aut sonum; sed non in quantum unumquodque illorum « dicitur lioc vel ilUid corpii.s. is'on palitur enim sensus a lapide odorato, in « quantum est lapis ; neque a mêle dulci, in quantum est mel , quia in sensu '< non fit similis dispositio ad formam qua^ est in illis subjectis; sed patitur ab « eis, in quantum sunl liujus modi, id est in quantum snnt odorata vel saporosa. « Uno veibo, sensus assimilatur sensibili secundum formam et non secundum « dispositionem mater'a\ Ideo antem fit talis immutatio intentionalis seu spiri- '< tualis in sensu, quia si so'a immutatio natural s sufïiecret ad sentiendum, « omnia corpora naturalia, dnm a corporibus sensibilibus alterantur, sentirent " (Testa, Comment.).»
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L'objet du sens extérieur est donc le sensible , smgulier, présent, localement étendu ei placé à la dislance requise.
C'est le sensible singidier d'abord, car les vniversaux ne tombent pas sous le sens, mais seulement sous l'intellect ; et de là l'axiome : « Le sens est des choses singulières , l'intellect des « choses universelles. »
C'est, en second lieu, le sensible présent ; parce que les sens extérieurs n'ont pas de rapport aux choses éloignées, et ils ne sont modifiés que par l'objet sensible présent.
C'est, en troisième lieu, le sensible localement étendu ; cslt, poux être sensible, la chose doit se trouver dans un lieu. Enfin c'est le sensible à la distance requise ; car, on ne sent pas les choses à grande distance, comme les odeurs el les sons trèséloignés de nous.
Voilà la belle théorie de la philosophie chrétienne sur la connaissance sensitive, ou l'acte propre par lequel l'âme sensitive connaît les choses sensibles, présentées par les sens.
En général, « la connaissance est l'acte par lequel l'être vice vant, soit sensitif, soit intellectif , se perçoit lui-même et per-- « çoit les choses qui sont en lui. »
Nous disons « se perçoit lui-môme » car tout le monde sait que tout être cognoscitif connaît qu'il est, qu'il vit, qu'il opère, ce qui est proprement se connaître soi-même.
Nous disons, en second lieu, que, par la connaissance, l'être vivant, sensitif ou intellectif, perçoit les choses qui sont en lui; c'est-à-dire qu'il perçoit plusieurs choses qui arrivent et sont en lui, comme, par exemple, les sensations du plaisir et de la douleur, etc., et qu'il perçoit encore les objets extérieurs dont la ressemblance est en lui; car « toute connaissance, dit saint Thomas, ne résulte que de la ressemblance de la chose connue, qui se trouve dans celui qui la connaît : Quxlibet cognitio per hoc perjicitur quod sitnilitudorei cognitx est in cognoscenle (I p., q. 17, art. 1). »
Et eu vérité, nous ne connaissons pas les objets extérieurs , s'ils ne font sur nous aucune impression. Ainsi l'aveugle ne connaît pas les couleurs, parce qu'il ne peut les percevoir par les yeux; ni le sourd ne peut connaître les sons , parce qu'il ne peut les percevoir par l'ouïe. C'est pourquoi l'acte de connaître s'ex
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prime par les mots : Concevoir par l'âme ^ Percevoir, appréhender, Tenir ^ Recevoir, Comprendre, Entendre, et par d'autres mots semblables, qui tous indiquent que toute connaissance est renfermée dans le Connaissant.
En outre, l'action du Connaissant n'est pas une action passagère (transiens) au dehors, c'est-à-dire que ce n'est pas une diffusion d'une perfection intérieure qui aille modifier les choses extérieures, et qui par conséquent soit reçue dans un être patient extérieur; mais c'est une action immanente {iynmanens), savoir une action demeurant au dedans, renfermée dans le Connaissant et le perfectionnant. De là encore on doit conclure, que toute connaissance est dans le Connaissant lui-même.
Mais si toute connaissance, même des objets extérieurs, se fait dans le connaissant et demeure en lui , il est évident aussi que les mêmes objets extérieurs doivent être dans le Connaissant, car autrement il ne pourrait pas les connaître. Or, les objets extérieurs ne peuvent être dans le Connaissant que par une certaine fc»rme d'eux-mêmes; car rien, comme on l'a vu, n'est, ni n'est constitué dans un genre quelconque, que par sa forme. C'est la forme seule qui donne l'être et la manière d'être à la chose. Si donc les objets extérieurs, pour être connus, doivent être constitués dans le genre de choses existantes en celui qui les connaît, ils doivent être constitués dans ce genre par leurs formes : donc les formes des objets extérieurs, qui existent, comme à l'état de choses connues dans le connaissant, doivent être dans le même connaissant.
Mais les objets extérieurs ne peuvent être saisis par le connaissant et demeurer en lui, par leurs formes naturelles; car cela ne pourrait avoir lieu qu'autant que les formes naturelles des choses seraient séparées des choses mêmes, et alors les objets, en perdant leurs formes naturelles, perdraient leur être et seraient détruits par cela même qu'ils seraient connus, ce qui est contraire à l'expérience, et, par surcroît, absurde. Les objets extérieurs ne peuvent donc se trouver dans le connaissant (|ue par des formes représentatives différentes, par des formes d'une autre espèce que leurs formes naturelles. Or, ce sont ces formes d'une nouvelle espèce que la philosophie chrétienne appelle £"5pèces intentionnelles f Espèces spirituelles, Espèces intelligibles,
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Espèces sensibles, et elles ne sont autre chose que les objets extérieurs eux-mêmes, reçus dans le connaissant, non pas dans leur être naturel^ mais dans leur être représentatif.
De là on peut comprendre combien il est vrai qu'en connaissant, le Connaissant se fait tout, cognoscens, cofjnosccndo fit omnia; et pourquoi le connaissant peut se dire la même chose avec le connu, cognoscens est idem cum objecta cognito; et de là on comprend aussi comment le sens ou Tintellect qui connaît, se fait presque la même chose avec rol)jet connu; et avec combien de raison on a dit qu'en tant qu'elle est en puissance de connaître toutes les choses^ l'âme est toute chose, anima est omnia.
Lecteur, arrêtez-vous un instant à admirer ce groupe de merveilles que le phénomène de la connaissance renferme. Le sens est, en quelque sorte, l'intellect des choses sensibles, conune l'intellect est, en quelque sorte, le sens des choses intelligibles. Le sens spiritualise le matériel, comme l'intellect universalise le particulier. Le sens, puissance matérielle, reçoit en lui les objets matériels sans la matière; l'intellect, puissance individuelle, reçoit en lui l'individu sans l'individualité. En connaissant les objets extérieurs, l'âme leur devient semblable , sans rien perdre de sa simplicité ; en étant connus par l'âme, les objets niatériels passent en elle, sans rien perdre de leur matérialité. Ils commencent à être dans l'âme , sans cesser d'être en eux-mêmes. Ils y sont et ils y demeurent dans un être nouveau, dans un être spirituel, sans changer leur être naturel. Or, si nous ne nous trompons pas, la matière est plus éloignée de l'esprit que le néant de l'être.
Ce rapprochement, si intime entre l'esprit et les corps, est donc un prodige encore plus étonnant que celui de leur sortie du néant. Nulle part le Dieu créateur n'a déployé plus de sagesse, phis de puissance, plus d'autorité, qu'en attribuant aux sens la faculté de transformer le matériel en espèce spirituelle, et île demeurer matériels eux-mêmes; et en attribuant à l'âme la faculté de saisir le matériel, d'en copier en elle la parfaite ressemblance et de demeurer simple et spirituelle elle-même. Nulle pari la puissance créatrice ne s'est uiontrée j)lus maîtresse absolue qu'en liant ensemble , en harmonisant par de semblables rap-