COMMENT NOTRE INTELLECT ENTEND
ports, des natures si opposées. Le phénomène de la connaissance est le plus grand , le plus merveilleux des prodiges de la création.
§ 44. Développement de la théorie de saint Thomas sttr la manière dont l'homme se donne les idées. — Les intentions Premières et les intentions Secondes. — Différentes manières d'être de Dieu, de l'Ange, de l'Homme, et nécessité qui en résulte potir l'homme de la présence du Particulier pour s'élever à l'Universel. — Comment l'Intellect humain comprend. Preuve irrécusable que c'est là la vraie manière dont il comprend, résultant de sommion avec le corps. — Descartes et Malebranche réfutés, à cet endroit, d'avance, par saitit Thomas, dans la personne d'Avicène. —Seule la théorie scolastique sur les idées explique pourquoi l'homvie est âme et corps.
Le phénomène de la formation des idées , telle que la philosophie chrétienne l'explique, d'après saint Thomas, est plus étonnant et plus merveilleux encore.
Cette théorie du Docteur angélique sur l'origine des idées, qui, pendant cinq cents ans, a été suivie dans toutes les écoles chrétiennes, consiste en ceci : Que ce n'est pas Dieu qui imprime dans l'âme humaine ou lui communique immédiatement les idées ; que l'âme ne les puise pas non plus en Dieu, en regardant Dieu; mais que c'est l'intellect humain lui-même qui, en vertu de la lumière du Verbe qui se rellète sur lui, se les forme, par voie d'abstraction, en s'élevant à la conception universelle, à la quiddité des choses, à l'occasion des choses particulières. Et voici sur quels principes le même grand Docteur et tous les docteurs chrétiens qui lui ont succédé, ont établi, entendu et expliqué cette doctrine, dont rien n'est en môme temps ni plus simple, ni plus raisonnable, ni plus élevé, ni plus conforme aux dogmes fondamentaux du christianisme , et à l'essence et à la condition de la nature humaine.
Considéré dans la signification la plus étendue du mot, « l'être, « dit saint Thomas, est de deux espèces; il est ou être de na- « ture ou être de raison. Uétre de nature est tout ce qui a une « existence réelle et physique. L'être de raison est l'ensemble « de toutes ces intentions que la raison rencontre dans la consi- « dération des choses, comme par exemple l'intention du genre, « de V espèce et de conceptions semblables, qui , à y bien réflé-
« cliir, n'existent réellement pas dans la nature des êtres, mais c( sont le résultat des considérations de la raison (1). »
Si je considère dans mi homme son corps, sa figure, sa taille, sa couleur, la grandeur ou la petitesse de son esprit, l'élévation ou la bassesse de son cœur, je considère en lui des réalités existantes en lui. Ces considérations me représentent des êtres dénature, parce qu'elles m'indiquent des particularités qui sont dans les choses et s'appellent Intentions premières. Mais si je m'arrête à considérer dans le même homme le genre des esprits auquel il ajipartient par son intelligence, le genre des animaux qu'il partage par son animalité, la différence d'avoir un corps qui le distingue des anges, et d'avoir un intellect qui le sépare des brutes, son essence d'être un animal raisonnable, qui le constitue dans une espèce particulière, l'espèce humaine, ces considérations me représentent des êtres de raison, parce qu'elles me rendent des rapports qui ne sont pas matériellement en lui, mais que mon intellect constitue entre l'homme et les autres êtres, et se disent intentions secondes ou idées. Les idées ne sont donc que des conceptions intentionnelles, des créations de l'esprit, n'ayant de réalité que dans l'esprit et non dans les choses, si ce n'est d'une manière intentionnelle^ ou selon l'intention de Dieu qui les a créées, comme le dessein de l'architecte se trouve intentionnellement et comme forme typique dans la maison qu'il a bâtie.
« La manière d'être est multiple. La manière d'être propre à c< Dieu , et qui ne convient qu'à lui seul , c'est d'être lui-même « son propre être subsistant (2).
« Quant aux êtres créés, il y en a quelques-uns dont la nature a n'a d'être que dans cette portion de matière individuelle ; « ce sont tous les êtres purement corporels (3).
(1) n F.ns duplex est, ens scilirctrationis et cns natiir.T... Eus aufem rationis <• dicitur de illis iiitentionibus (juas ratio adinvenit in rébus considcrandis, sicut « intentio generis, spccici et siinilium, «lua* quidem non inveniuntur in rerum « natura, scd rationis considcrationc conscquuntur (Metai'uvs., lib. lV,Iec. 4).»
(2) « Est multiplex modus esseudireruni... Solius Uei uiodus essmdi est, ut » sit suum esse subsistcns (1, p. qu. 1'.?, art. \). »
(3) « Quœdani sunt quorum natura non liabet esse nisi in iiac materia indi- « viduali; cl hujusmodi sunt oiuuiacori)oralia(/ftid.). »