COMMENT NOTRE INTELLECT ENTEND. S
« qui la connaît, que selon la capacité que celui-ci a de connaître. « C'est pourquoi toute connaissance est en raison et suivant la « nature et les forces de quiconque connaît (i). »
Par une conséquence la plus légitime et la plus nécessaire de ce principe de saint Thomas, aussi clair qu'incontestable, comme il est dans la nature de l'homme d'être une âme unie substantiellement à un corps, une intelligence DANS la matière, une intelligence corporelle, l'homme ne peut donc rien connaître, de ce qui est en dehors de lui, que par le concours simultané de l'intelligence et du corps; et le corps doit nécessairement être pour quelque chose dans la manière dont, pendant cette vie, les choses connues par lui, sont en lui, ou dont il connaît les choses. Autrement, il n'y aurait pas de raison pour que notre intelligence ait un corps et soit unie intimement au corps. C'est saint Thomas lui-même qui a tiré cette conséquence des principes généraux de toute connaissance. En combattant Platon et Avicenne, qui ont soutenu « que 1 ame humaine reçoit les formes intelligibles ou les idées des choses toutes faites, et que les formes intelligibles des choses ou les idées découlent directement de certaines formes séparées dans notre âme, Utrum species intelligibiles e.ffluani in animam ab aliquibus formis separatis , » le saint Docteur a dit : « Si l'on admet une pareille hypothèse, on ne saurait trouver aucune raison de l'union de notre âme avec le corps. En effet, on ne peut dire d'abord que l'âme soit unie au corps pour l'avantage du corps, parce que l'âme est la forme et le moteur du corps, et que ni la forme n'est pour la matière, ni le moteur pour le mobile, mais plutôt que la matière est pour la forme, et le mobile pour le moteur. En second lieu, il est évident que l'âme intellective ne dépend pas du corps par rapport à son ÊTRE (parce que, substance subsistante , elle est dans le corps, mais non par le corps). Par conséquent, il est évident aussi que le corps ne peut lui être nécessaire que pour l'aider dans l'exercice de son Opération (spécifique) qui est celle de comprendre. Or, s'il était vrai que l'âme ait été créée de manière qu'elle fût
( 1 ) « Cognitio contingit secunduni quod cognitum est in cognoscente. Cognitum « autem est in cognoscente secundum modiim cognoscentis. Unde cujuslibet « cognoscentis cognitio est secundum modum suse naturse (I p., qu. 12, art. 4).»
apte à recevoir les espèces intelligibles, seulement par l'influence de certains principes séparés d'elle ( par Dieu , par les Anges, ou par les idées platoniciennes, existant en dehors de 1 anie et des choses mêmes dont elles sont la forme) ; et s'il était vrai qu'elle ne reçoit nullement les images des choses par les sens, il serait vrai aussi que l'Ame n'aurait aucun besoin du corps pour comprendre, et, par conséquent, c'est en vain qu'elle serait unie au corps (1).
« En vain dirait-on, » poursuit saint Thomas, comme s'il avait prévu la théorie de la connaissance de Descartes, de INIalebranche et de Leibnitz, « En vain dirait-on que, dans l'hypothèse platonicienne, l'âme aurait toujours besoin des sens pour comprendre, en tant qu'elle serait excitée, avertie par les sens à faire attention aux choses dont les Principes séparés feraient couler en elle les espèces inteUigibles ou les idées , et qu'on aurait là une raison suffisante de l'union de l'âme avec le corps. Cette explication est insuffisante (inepte). Car une excilation semblable ne pourrait être nécessaire à l'âme qu'en tant qu'on suppose (comme le font les platoniciens) que, par son union avec le corps, l'âme soit dans un état permanent de sommeil et d'oubli d'elle-même. Et dans fous les cas, d'après cette explication, les sens ne seraient bons à autre chose qu'à écarter l'empêchement provenant à rânie de son union avec le corps; et par conséquent, on en serait toujours à se demander: « Pourquoi donc l'âme est-elle unie à un corps qui la met dans une condition si pitoyable (2) ? »
(1) « Secundum haiic positionem, sufiiciens ratio assignari non possct quare " anima nosîra corpori uniretur. Non euini potest dici quoJ anima corpori unid- » tur prupler cori^^us, quia nec forma est propter nialeriam, nec motor prop'.cr '( mobile, sed potius c converse. Maxime auiem videlur corpus esse necessarium « arima? mlellectiva% ad ejus propriam o|)erationem qu;e est inteliigere, quia " secundum esse suum a corporc non dépende! (visum est (pmmodu iiite'.ligât « in rationibus aeterni-s). Si auttin anima S[itcies inteligibiles secundum snam « uaturym apla nata tssct recipere per influentiam èliquorum tci)aratorum « priucipioruin tantum, et non accipereteas ex sen^lba% i.on indigcrel corpore « ad iiiteiligeudum ; unde frustra cori ori unirttur (I p., q. 84, art. 'i). >•
(î) « Si antem dicatur qnod indifi,et anima nostra sensibiis ad iiiteiligeiidum, « quibus quodammodo CNcitetnr ad cnnsideranda ea quorum species inteliigi- 11 l)iiis a priucipiis separatis reciiiit, hoc non Tidetur sulticere. Quia bujus niodi