‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 72 sur 108 · COMMENT NOTRE INTELLT-CT ENTE^^D · texte numérisé non relu

COMMENT NOTRE INTELLT-CT ENTE^^D

«D'autres, ensuivant Avicenne, disent que l'excitation des sens est nécessaire à l'âme, non pour qu'elle se tourne aux choses dont elle reçoit les formes intelligibles, mais pour qu'elle se tourne à l'Intelligence uniquement agissante dans l'univers, par laquelle elle reçoit directement ces formes intelligibles (1); mais cette seconde explication n'est pas plus heureuse que la première. Car s'il était vraiment dans la nature de l'âme de comprendre seulement à l'aide des espèces intelligibles, descendant en elle de l'Intelligence suprême, seule agissante, il s'ensuivrait de toute nécessité que bien souvent l'âme pourrait se tourner vers cette intelligence , en vertu d'une inclination de sa nature ou par l'impulsion d'un sens tout à fait étranger à la chose dont elle reçoit l'idée; et que, conséquemment, tout homme pourrait recevoir les espèces intelligibles, même des choses sensibles, desquelles il n'a pas le sens propre, et qui ne lui ont fait éprouver aucune sensation. Ainsi, même l'aveugle-né pourrait avoir l'idée des couleurs, ce qui est manifestement faux. Il faut donc tenir pour certain que notre âme ne reçoit pas par les Formes, séparées d'elle-même et de toute matière, les espèces intelligibles par lesquelles elle comprend (2). »

On ne sait qu'admirer le plus, dans cette argumentation, de sa

« excitatio non videtur necessaria animœ nisi in quantum est consopita (secun- « dum Platonicos) quodainmodo et oblivlosa propter unionem ad corpus; et sic « scnsiis non proeficerent aniinrc intellectiva" nisi ad tollen'ium impedimentum « qilod aninicTproveiiit ex coiporis unioue: rtmanet igitur qua'ienduni : Qu;t' sit « causa unionis auinise ad corpui (I p.,q. 8i, art. 4.)? »

(1) Voilà Malel)ianche surpiis en flagraut délit d'avoir volé à.. .. Avincenne, le père des panlhéistcs du nioy-n âge, sa théorie de Pâme se tournant incessamment vers Dieu, regardant Dieu et puisant dans ce regard les idées des choses!

(2) « Si aulem dicatur, secunduin Aviccnnam, quod ;ensus suut animœ nen cessarii, quia per eos excitatur ut convcrtat .-•e ad Intelligentiam agentem a qua K recipit species ; hoc quidem non sul'licit, quia si in natura animœ est, ut inteliigat " per species ab inlelligentia agente el'lluxai, sequeretur qnodquandocjue anima « po-sit se convertere ad intelligentiam agentem, ex inclinatione siia^ naturae; « velotiam excitata p^r aliumsensum, utconverlat se ad intelligentiam agentem, n ad re< ipieiidum species scusibilium, quorum sensum aiit(uis non liabct, et sic « cjecus natus scientiamposset liabere de coloribns : quod est manifeste falsuni. « Unde dicendum est quod species intelligibiles, quibus anima nostra inte ligit, « i on efHaunt a P>rmis separatis (Ibid.). »

profondeur ou de sa force et de sa solidité; car n'est-il pas évident que, si l'aveugle-né n'a aucune idée des couleurs, ni le sourdmuet des sons, le concours des sens est d'une nécessité absolue pour avoir les idées? N'est-il pas évident que si la sensation, d'après la belle expression du saint Docteur, n'est nullement la came de l'idée, mais plutôt la matière de la cause. Non causa, sed materia causœ; c'est notre âme qui se forme les conceptions générales, les espèces intelligibles, les idées des choses extérieures, mais à la suite de leur image particulière qui lui est transmise par les sens? N'est-il pas évident que cette doctrine seule explique comment les deux substances, composant l'homme, concourent , chacune d'après les conditions de sa nature , à la grande fonction de comprendre ? N'est-il pas évident que cette doctrine seule explique pourquoi l'intelligence humaine est unie à un corps, et que cette doctrine seule explique l'homme? N'est-il pas évident que c'est là la seule théorie de la connaissance simple, naturelle, raisonnable, et qu'il faut être bien ignorant ou bien aveugle pour la combattre?

§45. Nécessité de traiter à part de la nature et des fonctions de VI^tel- LECT-PossiBLE ct de TIntellect-Acissant. — Les trois rapports possibles entre l'Intellect et l'Universel. — De l'aveu de tout le monde, l'Intellect htimain, en puissance par rapport à l'Universel, ne le possède pas en acte. — Comme le sens, l'intellect est une puissance passive; rien de plus raisonnable que d'appeler cette puissance Intem.fct- Possible. — Qu'est-ce que la Mémoip.e.^ La Mémoire est de deux espèces, dans l'homme,- elle est imellec.tive et sensitive. Z,a mémoire Intellect ive n'est ([lie rixTELi.ECT-PossiiîLE. — Prcuvc que lune de ces deux 7nèmoircs n'est pas l'autre. — Qu'est-ce que la Réminiscence, faculté exclusivement propre à l'homme ? — Tort que s'est donné le cartésianisme , en supprimant riNTELLECT-PoSSIBLE.

Notre intellect exerce une double fonction touchant les idées: il les fabrique (qu'on nous passe cette expression), et il les reçoit, les conserve en lui-même et s'en souvient pour les faire servir à ses raisonnements.

Les puissances ou les facultés de l'âme se distinguent entre elles par leurs actes spécifiquement différents. Là où il y a distinction de pareils actes, il y a distinction de puissances ou de facultés. Former les idées et les recevoir, sont deux actes aussi

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