‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 76 sur 108 · LA LUMIÈRE DU VERBE. EXPLICATION · texte numérisé non relu

LA LUMIÈRE DU VERBE. EXPLICATION

vélé que « Le Veibe éternel de Dieu est la vraie lumière qui « éclaire tout homme venant dans ce monde : Verbum... erat « lux vera illuminans omnem hominem venientem in hune a mundum (Jean l). »

Les deux plus grands flambeaux de la science chrétienne, les deux interprètes les plus heureux de l'esprit et de la lettre du Code sacré , saint Augustin et saint Thomas, n'ont pas trouvé, comme on l'a vu (§ 22, pag. 160), dans les paroles citées de David, que la lumière de la fnce de /)/eM communique à notre intellect les idées; ils n'y ont trouvé, en toutes lettres, qu'un secours, un moyen, à l'aide duquel notre intellect se forme LUI, les idées. Pour saint Thomas, en particulier, le Verbe qui éclaire tout Jiomme venant dans ce monde n'est, encore une fois, que le Verbe , élevant notre intellect à la hauteur de l'Intelligible en acte, le rendant capable de voir l'Universel, à l'occasion du particulier, et non le Verbe, lui communiquant, toutes faites, les idées. Et c'est spécialement sur ce passage de saint Jean qu'il a établi sa sublime théorie de l'Intellect agissant et engendrant en lui-même ses propres idées. C'est évident, dans ces l)elles paroles, que nous avons si souvent citées et qu'on ne saurait assez répéter ; « i'Intellect-agissant n'est autre chose « qu'une certaine participation de la lumière de Dieu, COiN- « FORMÉMENT à ce passage de Jean : il était la lumière qui

« ÉCLAIRE TOUT HOMME VENANT DANS CE MONDE: IntelleCtUSUgenS

« nihil aliud est nisi participado quœdam luminis dirini, <i JUXTA illud Joannis : ébat lux veha illuminans omnem ho-

« MINEM VENIENTEM IN IIU^C MUNDUM. »

S'appuyant sur les témoignages de ce Docteur des docteurs, dont l'autorité est si grande dans l'Église, tous les philosophes chrétiens qui l'ont suivi n'ont entendu que dans le même sens les l)elles paroles de saint Jean, et n'ont jamais eu, jusqu'à la fin du dix-septième siècle, la folle idée de se croire, dans l'interprétation de l'Évangile, plus forts que le saint Auteur de la. Chaîne d'or sub les Éva?sGiles; et, sur la question des idées, ils se sont pareillement arrangés de la théorie de l'intellect-agissant de saint Thomas et de la preuve tirée de l'Évangile, sur laquelle le Docteur angélique l'avait fondée.

Le cartésianisme en a agi bien autrement. S'attribuant à lui

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seul plus de lumières qu'à toutes les écoles chrétiennes réunies, qui l'avaient précédé depuis mille ans, il s'est placé orgueilleusement au-dessus de tous les grands maîtres de la théologie et de la philosophie , parmi lesquels il n'était pas même digne de figurer comme écolier; et, croyant comprendre mieux que saint Augustin et saint Thomas les Livres Saints, il n'a vu dans les deux textes précités que la confirmation et la preuve de ses pitoyables rêveries. « Si c'est le Verbe, s'est-il dit, qui éclaire « l'homme ; si c'est la lumière de la face de Dieu qui est em- « preinte sur l'esprit de l'homme, de deux choses l'une : ou « c'est du Verbe que nous viennent directement les idées, ou « nous ne voyons les idées que dans le Verbe. »

Il faut être bien étourdi ou bien aveugle pour ne pas voir que, loin de découler légitimement de telles prémisses, ces conséquences en sont formellement exclues. Puisque, dans ces passages, il n'est question que de lumière, il est évidemment conforme à l'esprit et à la lettre de ces mêmes passages, de croire que le Saint-Esprit a voulu nous apprendre que la lumière intellectuelle du Verbe n'agit sur notre esprit que de la même manière dont la lumière corporelle agit sur nos yeux.

Ce commentaire appartient à saint Augustin, qui dans ce beau passage qu'on a lu plus haut (pag. 109) a dit : « En vertu de la ({ nature que son auteur lui a faile, l'âme intelligente ne voit les « choses intelligibles que dans une certaine lumière incorporelle , « DE LA MÊME MANIÈRE que l'œil de la chair voit toutes les « choses matérielles, placées autour de lui, dans la lumière « corporelle. »

Or, il est positif que la /M7«?é/e corporelle ne donne pas toutes faites à l'œil les images sensibles des objets, mais seulement lui communique la haute vertu de se les faire lui-même. Si donc, d'après l'interprétation des paroles de l'Écriture, par saint Augustin, la lumière intellectuelle opère sur notre âme DE LA MÊME MANIÉKE dont la lumière corporelle opère sur notre sens, on doit conclure que la lumière intellectuelle ne donne pas, elle non plus, toutes formées à l'intellect les idées intelligibles des choses, mais seulement lui fournit l'ineffable vertu de se les former lui-même; que, comme la lumière corporelle ne renferme pas en elle-même les images sensibles et n'est pas l'image, mais la fa-

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