LA. LUMIÈRE DU VEBBE. EXPLICATION
culte d'imaginer ; de même la lumière intellectuelle ne renferme pas en elle les idées, n'est pas l'idée, mais la vertu d'idéer; et qu'enfin, comme par la lumière cor[)orelle, c'est l'œil lui-même qui saisit le matériel sans la matière et trace l'image: de même, par la lumière intellectuelle, c'est l'intellect lui-même qui découvre l'universel dans le particulier et crée l'idée.
Voilà l'interprétation claire, simple, naturelle des passages de l'Écriture, touchant l'action de la lumière de Dieu sur l'esprit de l'homme ; voilàla théorie chrétienne de V Intellect- agissant , parfaitement conforme à l'esprit et à la lettre de l'Écriture, et voilà le cartésianisme convaincu d'abuser de l'Écriture, de ne rien entendre à l'Écriture, et de se tromper aussi grossièrement, sur l'action de la lumière de Dieu, que sur la nature des facultés de l'homme.
La théorie de la philosophie chrétienne sur la connaissance , telle que saint Thomas l'a formulée , n'est , enfin, que le plus grand des mystères de l'intelligence demeurant encore sur la terre, expliqué par les lumières, jaillissant du plus grand des mystères de l'intelligence bienheureuse dans le ciel.
« La créature raisonnable, a dit ce grand docteur, ne peut « trouver sa dernière perfection que là d'où elle tient le principe « de son être; car il n'y a de perfection pour l'être, quel qu'il « soit, qu'en tant qu'il est uni à son principe {{). » Et, en s'appuyant sur cette vérité, saint Thomas a prouvé, contre Abeilard : Qu'en voulant rester fidèle aux enseignements de la foi , il faut absolument admettre que les Bienheureux , au ciel, voient réellement l'Essence divine.
On vient de l'entendre (§ 16, p. 117) déduire des mêmes principes « la nécessité que, même sur cette terre, notre intel- « ligence connaisse la vérité, non la vérité quelconque, mais la « vérité qui est la source de toute vérité , la Vérité qui est le « principe de toute vérité. » Or, la source^ le principe de toute vérité n'est que dans l'Essence divine, où se trouvent les raisons éternelles, les idées par lesquelles tout a été fait. Par la même
(1) « Ultima perfectio rationalis creatnrae in ipso est, quod est ei principiura « essendi. In tantum enim unumquodque perfectum est, quod ad suum princi- « pium attingit (I p., qu. 12, art. 1). »
350 § 47. PIlILOSOPIIli: CaaETIKNNE. IDÉOLOGIR.
raison donc par laquelle, d'après les desseins de la divine Bonté, dans la création de l'homme, nous serons, un jour, élevés à contempler dans le ciel l'Essence divine, et ce qui y est renfermé; nous avons été formés de manière à pouvoir commencer à la voir sur cette terre. Seulement, là-haut, nous la contemplerons, cette Essence divine, face à face, comme elle est en elle-même; ici-bas nous ne pouvons en jouir qu'à travers l'énigme de ses œuvres, dans le miroir des idées qui nous la représente : Videmus nunc per spéculum et in œniymate; tune autem facie ad faciem (l Corinth., 13J. Cum apparucrit.... videbimus Eum sicuti est (I Joan., 3).
Gomme la fin de cette double connaissance est la même, le moyen par lequel elle s'opère est en quelque sorte le même aussi.
« Dieu, dit l'Écriture, habite au centre d'une lumière inaccessible : Lucem inhabilat inacccssibilem (1 Tint., iv). Il est partant impossible qu aucun intellect créé voie l'Essence divine par ses propres forces naturelles. Comment donc se fail-il (jue les Bienheureux jouissent d'une telle vision? Voici la manière dont saint Thomas a philosophé là-dessus.
a Rien ne peut être élevé à quelque chose qui excède sa nature, à moins qu'il n'y soit préparé par une disposition qui soit au-dessus de sa nature (1). La vision de l'Essence divine excède la nature de tout intellect créé. 11 a donc besoin d'une disposition surnaturelle qui le prépare et l'élè\ e à une si grande hauteur; il a besoin que la grâce divine vienne augmenter sa vertu naturelle de comprendre (2).
On appelle Tliuminalion de l'intellect cette augmentation de la vertu intellectuelle, et Liunière ou Splendeur, la chose même que l'intellect comprend (3).
(1) « Omne quod elevatur ad aiiquid, quod excedit suam nattiram, oporicl qiiod « dispouatur aliqua dispositione quaj sit supra suam iiaturam (I p , q. 1!>, -< art. 5.) »
(2) « Cum visui natiiralis non suniciat ad Dei essciiliam videndain, ojwrlol « quod aliqua dispositio bupunaturalis ei superaddatur, odhoc quod cicvctui i» « tanlaiii siiljliiiiilalcm... Oporlet quod c\ diviiia gratia superaccrescat ei virtus >i iniclligondi (Ibid.). »
(3) .< Hoc auKiiieiitum virtulis inlellecliva; illumina tionc m intellectus voc^- « mus; bicut et ipsum intelligibile voratur lumen et lux (Ibid.). »