APP. LES PHENOMENES DU SOMMEIL
placé dans uue obscurité complète, ne peut rien voir, il s'ensuit seulement que la lumière est, encore une fois, une condition nécessaire pour voir, et non qu'elle soit l'organe de la vue; de même, de ce que, pendant le sommeil , notre intellect, privé du secours du fantôme, ne peut rien idéer, rien comprendre, il s'ensuit seulement que le fantôme est la condition nécessaire pour idéer et pour comprendre, et non qu'il soit l'organe de l'intelligence et de l'idée.
Kul statuaire, avons-nous dit à l'endroit où se rapporte cet Appendice, ne peut faire des statues, s'il n'a pas à sa disposition de la terre, du bronze, du marbre, du bois, ou une matière quelconque, propre à son opération artistique. Mais si , cette matière lui venant à manquer, il ne peut l'aire aucime œuvre de son art, et qu'il soit condamné à une inaction complète par rapport à son art; cependant il ne perd ni son talent d'artiste, ni sa puissance de transformer le marbre ou le bois en statues; et pourquoi? si ce n'est parce que le marbre et le bois sont la matière sur laquelle il opère, et non la vertu et l'organe par lesquels il opère. De même nul intellect humain ne peut idéer ni penser sans les fantômes qui lui sont transmis par les sens ou rappelés par la fantaisie; mais si cette matière, propre à son opération intellective, lui venant à manquer, pendant le sommeil, il ne peut concevoir aucune idée, aucune pensée, et qu'il soit condamné à une inaction complète par rapport à l'intelligence; cependant il ne perd ni sa nature de substance intelligente, ni sa puissance de transformer le particulier en conception générale, l'image en idée; et pourquoi? si ce n'est parce que les fantômes sont la matière sur laquelle il opère, et non la vertu et Voj'gane arec lesquels il opère. Cette doctrine s'applique aussi à l'état de léthargie, d'apoplexie et de toutes les maladies qui font perdre connaissance, et qui ne sont que des espèces différentes du même genre de phénomènes, les phénomènes du sommeil, puisqu'elles résultent des mêmes causes. En sorte qu'on peut, qu'on doit affirmer de ces infirmités ce que nous venons de prouver par rapport au sommeil, qu'elles ne changent rien à la nature de l'intellect, qu'elles ne lui portent pas la moindre atteinte, et ne prouvent rien ni contre l'inmiatérialité de ses facultés, ni contre l'incorporéité desesactes, ni contreson indépendance complète du corps par rapport à son être et à son opération.
11 en est de même des songes, des l'éves et des différents degrés de \a folie; loin de l'affaiblir, tout cela ne fait que confirmer la vérité de la thèse de l'immatérialité des actes de l'esprit humain. C'est ce que nous allons prouver tout à l'heure; mais nous devons d'abord examiner la iiature de ces phénomènes, et indiquer les causes qui les produisent.
n'affectent nullement l'jntellecï. 419
§ 4, Des songes, des rêves, de leur nature et de leurs causes. — Raisons de leur vivacité et de leurs extravagances. — L'intellect n'en est pas non plus affecté.
Ou vient de voir que , tout en agissant sur les fantômes qui lui arrivent par les corps, la vertu intellective ne se sert d'aucun organe corporel pour exercer sa sublime fonction de comprendre. Il n'en est pns ainsi de la vertu sensitive. Bien qu'elle aussi exécute une fonction que saint Thomas appelle spirituelle, la fonction de saisir le matériel sans la matière.^ elle n'accomplit cette fonction que par un organe corporel ; et, tandis que l'intellect se forme les idées sans le concours organique du corps, et n'a pas besoin du corps pour comprendre, la faculté sensitive ne se crée pas les fantômes sans le corps, et a besoin d'un organe corporel pour sentir.
Cet organe naturel de la faculté sensitive et qui lui est propre est le Sensorium commun^ ou cette partie du cerveau de laquelle, comme nous l'avons dit, partent et à laquelle aboutissent le nerf optique, le nerf auditif, les nerfs olfactifs, les nerfs du goût et ceux du toucher, qu i sont répandus par tout le corps. C'est à l'aide de cet organe que la faculté sensitive change en fantômes les impressions reçues par les sens extérieurs, elsent les objets qui les impressionnent. En sorte que c'est par une modification quelconque des nerfs qui, des sens, se terminent au cerveau, ou au Sensorium commun, que des fantômes apparaissent dans la faculté sensitive.
Or souvent les nerfs, dont l'ensemble constitue le Sensorium , sont ébranlés, modifiés, mis en jeu par d'autres causes que les impressions des objets extérieurs sur les sens, de manière que, quoique, dans ces cas aussi , ils excitent dans la faculté sensitive de l'âme des fantômes; ces fantômes, n'étant pas causés par l'impression régulière des objets extérieurs sur les sens, n'ont pas de rapport avec ces objets, ne les représentent pas réellement, et sont des fantômes qui n'ont pas de réalité hors du corps. C'est ce qu'on appelle songes, rêves, cauchemars, etc.
Dans une eau violemment agitée , on ne voit d'image d'aucune espèce des objets qui s'y reflètent. Si l'eau ne conserve qu'un léger mouvement ondulatoire, on y aperçoit bien les images de ces objets, mais tordues, défectueuses, contrefaites, et plus grandes ou plus petites que leurs objets ; ce n'est que dans l'eau parfaitement calme qu'on distingue exactement les objets environnants, leur grandeur naturelle, leur forme, comme dans un miroir. Or voilà, dit Aristote, ce qui arrive pendant le sommeil, Lorsque, par l'une des causes que nous