ELLE ATTEI^T LA LIBERTE ET NON LA. RAISON. 42'J
quence extraordiuaire avec laquelle ils la soutiennent, la force prodigieuse qu'ils déploient, les efforts ingénieux, multiples, énergiques qu'ils font pour la réaliser. De là enfin la colère dans laquelle toute contradiction les met, et la fureur, la rage qui les emportent contre tout ce qui, — hommes ou choses, — entrave leur volonté.
Troisièmement, on parle des aliénés comme d'hommes n'ayant pas la raison, ayant perdu la raison, et dès lors ne pouvant plus raisonner. Ces expressions ne sont rien moins qu'exactes. Les aliénés font, il est vrai, des raisonnements matériellement faux; mais ils conservent la raison, aussi bien que l'intellect, dans toute son intégrité. La folie, nous le répétons, en dérangeant leurs facultés sensitives , n'altère pas le moins du monde leurs facultés intellectives , et la fausseté de leurs raisonnements tient à un vice de la fantaisie , et non à un affaiblissement de la raison.
En regardant à travers un verre bleu, jaune ou rouge, tous les objets apparaissent bleus , jaunes ou rouges. Capendant il est certain qu'en pareille circonstance l'œil exerce toujours régulièrement sa fonction de voir ; que ni la faculté de voir, ni l'organe de la vue ne sont altérés , et que la cause par laquelle on ne voit pas les objets dans leur propre couleur, est dans les conditions dans lesquelles on les voit, et non dans un défaut de l'œil qui les voit. La preuve en est qu'aussitôt que le même œil regarde les mêmes objets à travers un verre incolore, il les voit dans leur couleur naturelle, 11 est donc évident que, lorsqu'il voyait ces mêmes objets sous d'autres couleurs , il n'était pas plus altéré, changé, troublé que les objets eux-mêmes.
Il en est absolument de même des aliénés. En regardant le particulier à travers un fantôme faux, leur esprit le voit à faux, le juge mal, et fait sur son compte un raisonnement faux. Cependant il est certain qu'en pareille circonstance , l'esprit exerce toujours régulièrement sa fonction de déduire ; que ni la faculté de raisonner, ni le principe qui sert de fondement à son raisonnement n'ont subi la moindre altération, et que la cause par laquelle il raisonne mal est dans les conditions dans lesquelles il raisonne, et non dans un défaut de l'esprit qui raisonne. La preuve en est qu'aussitôt qu'avec les secours de la médecine, il a recouvré l'usage normal de ses facultés sensitives, de manière à voir les fantômes dans leur réalité, le même individu raisonne bien sur les mêmes objets. Il est donc évident que, lorsqu'il en raisonnait mal, sa raison n'était pas plus altérée, changée, troublée que les objets eux-mêmes.
En outre , comme nous venons de le dire , les raisonnements des aliénés ne sont faux que matériellement ; mais formellement ils sont aussi vrais, aussi exacts et même pins rigoureusement vrais et plus ri-