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goureiiscment exacts que les raisonnements des hommes dont la tête et le jugement sont sains. Expliquons-nous.
Tout raisonnement se réduit au syllogisme. Tout syllogisme se compose de trois propositions, ou d'une majeure, dune mineure et d'un conséquent. Les deux premières de ces propositions se disent prémisses. Un syllogisme n'est \Tai et exact que lorsque les prémisses en sont deux propositions vraies , et que la conséquence en est légitimement déduite. Ainsi, si je dis : Dieu doit être adoré. Jésus-Christ est Dieu. Donc Jésus-Christ doit (Ire adoré , je fais un syllogisme vrai et exact, et je raisonne bien, parce que, dans ce raisonnement, la conséquence : Donc Jésus-Christ doit être adoré, se déduit légitimement de deux prémisses : Que Dieu doit être adoré, et que Jésus-Chrixl est Dieu.
Mais si , au lieu de conclure que Jésxis-Christ doit être adoré, je conclus que Jésus-Christ doit être cru , bien que cette dernière proposition soit aussi \Taie que les deux autres, cependant mon syllogisme n'est pas exact , et mon raisonnement n'en est pas un : parce que, comme, dans ma proposition majeure, il n'était question que de V adoration et non de la foi qu'on doit à Dieu , ma conséquence na pas un rapport nécessaire avec la proposition principale de mon syllogisme. Seulement ce syllogisme , matériellement vrai , parce que toutes les propositions en sont des vérités , est formellement faux , parce que sa conséquence ne résulte pas légitimement de ses prémisses.
Les musulmans raisonnent ainsi : Tout prophète de Dieu doit être écouté. Mahomet est un prophète de Dieu. Donc Mahomet doit être écouté. Ce syllogisme e?,X formellement vrai, parce que la conséquence : Donc Mahotnet doit être écouté, se déduit légitimement des deuv prémisses : Tout prophète de Dieu doit être écouté ; Mahomet est un prophète de Dieu; mais il est matériellement faux, parce que la mineure des prémisses : Mahomet est un prophète de Dieu, est fausse.
Le raisonnement peut donc être formellement ^Tai et exact et matériellement faux et erroné, et vice versa. C'est le cas des raisonnements des fous. Celui, parmi ces malheureux, qui réclame l'obéissance et le respect de tout ce qui l'entoure, raisonne ainsi : « Tout roi doit « être respecté et obéi. Je suis roi. Donc, je dois être respecté et obéi. » Ce raisonnement est, sans aucun doute , matériellement faux, parce que notre individu n'étant pas vraiment roi. Tune des prémisses de sou syllogisme est fausse. Mais comme , malgré la fausseté de cette prémisse, la conséquence ; Donc je dois être respecté et obéi., résulte légitimement de deux propositions : Tout roi doit être respecté et obéi; je suis roi, son syllogisme est formellement vrai.
Il en est de même de ces fous qui se gardent bien de s'asseoir, de
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peur de se rompre, se croyant de verre ; qui refusent de prendre des aliments, parce qu'ils les croient empoisonnés; qui fout de mauvais partis à leurs gardiens, parce qu'ils voient en eux des ennemis qui en veulent à leur existence, ou qui, partant toujours d'un fait faux , mais qui pour eux est une évidente vérité , se livrent à ces excentricités qui excitent l'hilarité, la compassion ou l'horreur du reste des hommes. Appuyés sur une fausse donnée, et conséquemment, matériellement faux, leurs raisonnements sont toujours /or»; e/Zeme»^ \Tais. De même que les musulmans ne raisonnent pas mal en croyant devoir écouter Mahomet; mais seulement qu'ils se trompent en croyant, sur le témoignage d'une fausse tradition , que cet imposteur est un prophète de Dieu : de même les aliénés ne raisonnent pas mal non plus dans tout ce qu'ils disent ou font d'exti-avagant, de pitoyable ou d'horrible ; mais ils se trompent en prenant pour des faits certains des hallucinations, des jeux et de fausses représentations de leur fantaisie.
C'est ^Taiment ainsi que les choses se passent dans le phénomène que nous examinons. Le raisonnement n'est que la déduction que fait la raison d'un principe universel ou d'une idée, appliqués à une chose particulière, ou à un fait. Le principe universel ou l'idée est fourni par l'intellect ; car l'universel , le général, l'indéterminé, l'abstrait, est du domaine exclusif de l'intellect. La chose particulière, ou le fait, n'est présentée que par la fantaisie ; car le particulier, l'individuel, le concret, le déterminé par le temps et par le lieu, n'est que du ressort de la fantaisie et des sens. Trois facultés de l'àme concourent donc à former le raisonnement : la faculté intellective qui suggère l'idée ; la faculté sensitive qui indique le fait ; la faculté de raisonner qui tire la conclusion. Or, dans les fous, seule, la faculté sensitive ment, parce qu'elle offre à l'opération de la raison, connue un fait d'une éclatante réalité, un fait imaginaire et fantastique ; tandis que le principe suggéré par l'intellect est vrai, et que l'opération, exécutée par la raison sur les données fournies par l'intellect et par la fantaisie, est légitime et exacte. Ainsi , dans le raisonnement des fous , la raison aussi bien que l'intellect sont à l'abri de tout reproche. Pour opérer sur des données, dont celle qui est offerte par la fantaisie est fausse, la raison aussi bien que l'intellect n'en accomplissent pas moins exactement leur acte. C'est un orfèvre qui, pour s'être trompé sur la vraie qualité du métal, n'en fait pas moins parfaitement un bracelet ou une bague d'or faux que d'or vrai. La maladie des fous est donc toute dans la faculté sensitive, et n'étend pas du tout les ravages de sa contagion sur l'intellect et sur la raison.
Il en est donc des raisonnements de l'homme comme des juge-
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inents des magistrats, parce qu'au fond tout raisonnement de l'homme est un jugement, comme tout jugement du magistrat est un raisonnement. Comme tout jugement du magistrat est un syllogisme, dans lequel la loi est la majeure, l'ensemble des preuves du fait incriminé est la mineure, et la sentence est le conséquent; ainsi tout raisonnement de l'homme est un jugement dont la majeure est la loi, la mineure est l'ensemble des preuves du fait, et le conséquent est la sentence. Comme tout jugement du magistrat, dans lequel la sentence est en rapport nécessaire, naturel avec la loi et avec l'ensemble des faits, est un jugement formellement juste : ainsi tout raisonnement de l'homme , dans lequel le conséquent est en rapport nécessaire , naturel avec les prémisses, est formellement vrai. Mais comme, si la loi est injuste, ou si l'ensemble des preuves du fait est faux, le même jugement, /br»/e//f??ie«^ juste, Q^i matériellement '\i\\\\%iQ : ainsi, si la majeure du syllogisme est un principe faux, ou si la mineure est un lait imaginaire, le même raisonnement, formellement vtdi , est matériellement faux.
Mais comme dans son jugement, matériellement injuste, le magistrat se trompe, mais ne commet pas une injustice ; ainsi, dans son raisonnement, matériellement faux, Ihonime se trompe , mais ne fait pas un sophisme. Et comme l'injustice matérielle d'un jugement n'en détruit pas la justice /or»j6'//e et ne fait pas tort ù l'intégrité du magistrat; ainsi la fausseté matérielle d'un raisonnement n'en détruit pas la xérité formelle, et ne prouve pas la moindre altération dans la raison de l'homme. C'est ainsi que la raison des fous, tout en faisant des raisonnements faux, n'en demeure pas moins la raison dans toute sa justesse, dans toute son intégrité et dans toute sa puissance; et que la folie n'est que la raison égarée, la raison trompée, et non pas la raison malade, et moins encore l'extinction et la perte de la raison. IMais par cela même que, tout en étant formellement vrai, le raisonnement des aliénés est cependant matériellement faux, il n'est pas libre ; et tout obligée qu'elle est de respecter l'intellect et la raison, la folie n'en entrave pas moins la liberté.
On définit généralement la liberté humaine , une faculté par laquelle, placé dans les circonstances requises pour opérer., l'homme peut vouloir ou ne pas vouloir, opérer ou ne pas opérer; facultas qua., posiTis AD AGKiXDUM Ri-.Qi isiTis, /io7no potest vellc uut nou velle, a gère rel non agere. Quoi qu'il en soit de la justesse de cette définition, que nous examinerons au chapitre du Traité de l'âme, une chose est certaine, qu'il n'y a de liberté pour l'homme qu'autant qu'il est j^lacé dans certaines conditions requises pour opérer. Ces conditious, comme on le verra au même endroit,, sont principalenient