‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 87 sur 108 · ELLE ATTEINT LA. LIBERTE ET NON LA RAISON · texte numérisé non relu

ELLE ATTEINT LA. LIBERTE ET NON LA RAISON

deux : la première est la raison et son développement complet, ou la raison ayant à sa disposition les idées et les principes à l'aide desquels ou raisonne; la seconde est la possibilité du choix entre deux perceptions contraires ou opposées sur le même sujet. Si une seule de ces condition smanque, la liberté est impossible. Ainsi la brute, qui, n'ayant pas l'intellect, n'a ni ne peut avoir la raison, et l'enfant, qui, raisonnable en puissance parce qu'il est intelligent, n'est pas cependant raisonnant eu acte avant d'avoir atteint l'âge de la raison, et n'a pas la raison, ne sont pas libres, parce qu'il leur manque la première des conditions de la liberté, la raison ou bien l'usage de la raison. Les fous, aussi bien que les ivrognes et les personnes emportées par une violente passion, qui, tout en ayant au grand complet la raison et l'usage de la raison, ne peuvent choisir entre deux perceptions contraires sur le même sujet, ne sont pas libres non plus, parce qu'ils sont en dehors de la seconde condition indispensable pour la liberté.

On vient de voir qu'être fou, c'est rêver pendant la veille ; comme rêver, c'est être fou pendant le sommeil , c'est-à-dire avoir dans la fantaisie des fantômes d'objets qui n'ont pas de réalité actuelle et présente. Or, dans la folie, la fantaisie est tellement dominée par l'objet imaginaire, factice, qui la frappe, qu'elle ne peut nullement envisager ce même objet sous un point de vue différent. Le fou qui rêve d'être roi, et qui est plus ou moins complètement fou, selon que cette idée l'affecte plus ou moins vivement, plus ou moins puissamment, plus ou moins longuement, n'est pas maîù'e d'imaginer qu'il n'est pas réellement roi, ni de se considérer autrement que comme un vrai et légitime roi.

Qu'on se souvienne que, dans l'état de la vie présente, l'intellect humain ne peut percevoir l'universel qu'à travers le particulier, et ne peut se former aucune idée que sur le fantôme et selon les conditions du fantôme qu'il rencontre dans la fantaisie, quelle que soit la cause qui l'y ait tracé : comme le statuaire ne peut former la statue que de la matière et selon les conditions de la matière qu'il a à sa disposition. Si donc l'intellect voit un fantôme d'une manière tellement fixe et immuable qu'il lui soit impossible d'en voir l'opposé, l'idée qu'il extrait de ce fantôme, ou qu'il se forme sur ce fantôme , est également fixe et immuable, et l'idée contraire ne lui est pas possible. Ainsi, en rêvant d'être roi, notre fou ne peut se former de lui-même que l'idée d'un personnage royal. La raison, à son tour, ne marche qu'à la lumière, sous l'escorte et selon les conditions de l'idée. Guidé donc par une idée fixe et immuable, le jugement de la raison n'est et ne peut être, lui aussi, que fixe et immuable.

Selon la belle et magnifique définition qu'en a donnée saint Thomas,

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