‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 88 sur 108 · APP. I"^'. LA FOLIE ET SES CAUSES · texte numérisé non relu

APP. I"^'. LA FOLIE ET SES CAUSES

et que nous développerons à l'endroit susindiqué, la liberté n'est que LE jLOEMENT LIBRE, TOUCHANT l'actio> : Uherum (le octione judicium. C'est la raison pouvant comparer entre elles des idées contraires, et, par conséquent, la raison indéterminée par rapport à la convenance ou l'inconvenance de l'acte, et laissant la volonté indéterminée, à son tour, ou indifférente dans le choix de vouloir ou de ne pas vouloir, de faire ou de ne pas faire la chose, de la faire d'une manière plutôt que d'une autre. IMais, fixée sur une idée unique par l'iatellcct. ne pouvant pas comparer entre elles des idées contraires, et déterminée, par rapport à la convenance ou à l'inconvenance de l'acte , la raison des fous détermine à son tour la volonté à vouloir ou à ne pas vouloir, à faire ou à ne pas faire la chose, à la faire de cette manière plutôt que d'une autre. Le jugement de la raison des fous n'est donc pas libre, et dès lors leur volonté ne l'est pas non plus. La liberté du jugement est une condition essentielle du choix de l'acte : liberum de actione judicium. Ne pouvant donc librement juger, les fous et les i^Tognes ne peuvent librement vouloir, et dès lors ils ne sont responsables, sous aucun rapport, ni devant Dieu ni devant les hommes, de leurs propres actes : car il n'y a ni mérite ni culpabilité la où il n'y a pas de liberté.

Mais, encore une fois, de même que, pour être extraite du fantôme d'un objet tout à fait imaginaire, l'idée que les fous s'en forment n'en est pas moins une idée vraie ; de même, pour être formé sur une donnée fausse, leur raisonnement n'en est pas moins un vrai raison nement; et, s'il n'est pas libre, il n'en est pas moins juste. Ainsi, causée matériellement et subjectivement par la fantaisie, la folie n'altère pas plus la raison de l'homme que son intellect ; et les effets des phénomènes que nous venons d'examiner, du sommeil, des songes et de l'aliénation mentale, prouvent seulement que, composé substantiel d'àme et de corps, Ihomme a, pendant cette vie, besoin du corps comme matière et sujet des opérations de son âme^ et de l'àme comme cause de l'être de son corps. 3Iais, puisqu'en empêchant l'intellect, la raison et la volonté d'accomplir régulièrement leurs propres actes, ces phénomènes ne portent pas la moindre atteinte à la nature, aux fonctions propres, à l'activité de ces facultés; loin d'impliquer la matérialité ue l'âme intellective, ils l'excluent formellement, essentiellement, absolument, et ne font que confirmer encore davantage sa spiritualité, son indépendance du corps, par rapport à sa subsistance, à son être et à ses opérations.

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