‹ La philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 89 sur 108 · DEUXIÈME APPENDICE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME APPENDICE

BÉPONSE AUX OBJECTIONS DE LA SCIENCE PHYSIQUE MODERNE, CONTRE LA THÉORIE DE l' ANCIENNE SCIENCE, SUR LE SOMMEIL, EXPOSÉE DANS l'aPPENDICE QUI PRÉCÈDE.

OYSTÉiLATiQUEMENT hostile à l'ancienne science chrétienne^ la science moderne et le rationalisme de toutes les nuances, qui en est l'expression philosophique , n'ont cessé et ne cessent de la combattre sur tous les points. Et, puisque c'est dans saint Thomas que la science chrétienne se personnifie, qu'elle apparaît dans tout l'éclat de sa splendeur, dans toute la force de sa vérité, c'est spécialement ce sublime docteur que prend à partie la philosophie moderne; c'est lui qu'elle cherche à avilir par tous les moyens; c'est contre lui qu'elle épuise ses attaques insolentes et son impuissante rage.

On vient de voir, ci-dessus (IF partie, chap. P''), le semi-rationalisme en particulier, n'osant pas se dresser contre saint Thomas théologien, se mettre aux trousses de saint Thomas j)hUosophe, et le signaler à la jeunesse chrétienne comme le vil esclave, le réformateur impuissant, le commentateur dangereux d'Aristote. Eh bien! en poursuivant la même tactique, lorsqu'il est forcé de s'incliner devant saint Thomas métaphysicien, il n'y a pas d'insolentes épithètes qu'il ne prodigue à saint Thomas naturaliste.

Il y a quelque temps, l'un des plus fougueux semi-rationalistes s'est laissé entraîner par le zèle des doctrines de son école jusqu'à affirmer, dans une réunion d'ecclésiastiques : « Que rien n'est ni « plus mesquin ni plus pitoyable que saint Thomas physicien; que ses « théories physiques ont toutes été convaincues d'erreur par la science « moderne, et que ses écrits fourmillent des plus grandes absurdités, « sous le rapport des sciences naturelles. » Inutile de dire que, sommé par nous d'articuler une seule de ces absurdités qn'il avait décoicvertes jmr milliers (sic) dans la x>hysique de saint Thomas, il n'a su que répondre, et qu'il en a été quitte pour la confusion de nous avoir lui-même prouvé qu'il ignore complètement l'auteur qu'il critiquait avec une si grande hardiesse : hardiesse impardonnable dans un laïque, scandaleuse dans un prêtre.

D'autres membres de la même secte, qui n'en sont pas à ce point d'ignorance concernant les doctrines de I'Ange de l'École, s'y prennent différemment; ils raisonnent tant bien que mal leurs reproches contre saint Thomas physicien, en les appuyant sur les découvertes des naturalistes modernes. C'est ainsi qu'ils en agissent dans leur critique de la théorie thomistique sur le sommeil, que nous avons exposée dans les §§ 2 et suiv. de l'Appendice qui précède.

« L'homme, nous disent-ils, a des sens particuliers, mais il n'apas un ft sens commun, et moins encore a-t-il un sensorium ou un organe de « ce sens commun. L'anatomie moderne, après avoir scruté^ dans toutes « ses parties les plus petites et les plus cachéos, la machine du corps « humain, n'y a pas trouvé la moindre trace d'un tel organe, et nous « a donné le droit de nous moquer, comme elle s'en moque, du sens « commun et du sensorium des scolastiques. L'existence des esprits « ANnLAUx^ admise par saint Thomas, a été, elle aussi, convaincue, par « les expériences des modernes, de n'être qu'une puérile erreur. Enfln, « selon les physiologistes de nos jours^ rien ne s''évnpore ni ne remonte a au cerveau pendant la coction des aliments dans l'estomac. Dans « tous les cas, il n'y a pas de communication entre l'estomac et le '< cerveau; par conséquent la digestion n'a rien de commun avec le « sommeil. Ainsi donc, bâtie sur des suppositions que la scienc''' mo- « derne a démontrées être vaines et insubsistantes, la théorie de saint « Thomas sur le sommeil s'écroule, et est vaine et insubsistante elle- « même. Le son^meil est un de ces mystères de la nature devant les- « quels on doit baisser le front, avouer qu'on n'y comprend rien, plu- « tôt que de chercher à les expliquer par des hypothèses puériles ou « absurdes. »

Yoilà ce que les semi-rationalistes opposent à la théorie en question. Yoici notre réponse; elle ne sera pas longue, elle n'a pas besoin de l'être :

Commençons par nier absolument que, comme l'afQrment d'une manière si tranchante nos adversaires, la science naturelle moderne partage leur opinion : Que rien dans le corps de l'homme ne s'élève de Vestomac au cerveau., et qu'il n'y a pas de communication et de rapport entre le cerveau et Cesto^nac.

Non-seulement dans le règne animal, mais encore dans le règne végétal et dans le règne minéral, partout où il y a humidité et chaleur, il y a coction; et partout où il y a coction, il y a évaporation, exhalaison de fluides qui se portent en haut. C'est la une des lois les plus générales et les plus constantes de la nature corporelle. Or il est certain qu'il y a humidité et chaleur dans l'estomac de tout animal ; il s'y fait donc une vraie coction des allnunts par la digestion : par con-

Page 1