COMMUN
En rejetant le mot, la science moderne n'a pas osé nier la chose. L'école du double dynamisme, ou de deux âmes distinctes dans l'homme, l'une intellectice et V tixiir & sensitive, y admet, elle aussi, une force unique qui préside aux fonctions organiques du corps, et en distingue les phénomènes dont elle est la cause : on appelle cette force dynamisme jihysique. Ce nom est-il , par hasard, plus heureux que le sens commun des scolastiques?
Il est également incontestable que, comme nous le prouverons dans le Traité de i\hne (vol. II), toute faculté sensitive a besoin d'un sens ou d'un organe corporel. Si elle pouvait fonctionner sans un organe de cette espèce^ elle ne serait plus une faculté sensitive; elle serait une farnlté intellectice, car c'est seulement le propre de l'intellect d'opérer en dehors de totit organe corporel. Si donc il existe dans l'homme une faculté sensitive appelée sens commun par les scolastiques, et dynamisme par les modernes, cette faculté a et doit avoir de toute nécessité un organe qui lui soit propre. C'est cet organe que saint Thomas appelle le sensorium.
Personne n'ignore que c'est par un organe unique que se transmettent à l'âme les sensations propres à chaque sens. C'est, par exemple, par le nerf optique que passent dans la fantaisie les images de toutes les couleurs, et ainsi des autres nerfs. Il y a donc dans l'homme un sensorium pour chaque sens. Pourquoi n'y aurait-il pas un sensorium pour tous les sens? « L'anatomie, dit-on, ne l'a pas trouvé. « Mais l'anatomie n'a-t-elle pas trouvé dans le corps des filaments blanchâtres qui, distribués dans les diverses parties du corps, transmettent au cerveau les sensations occasionnées par les objets extérieurs, et portent aux muscles les ordres de la volonté .'L'anatomie n'a-t-elle pas trouvé que le cerveau est le 2yrincipe des nerfs? Voilà donc le sensorium ou l'organe du sens commun bien et manifestement trouvé.
Les anatomistes modernes , qui connaissent le cerveau comme leur chambre, rien qu'en touchant certains endroits de cet organe,, savent rendre à volonté l'animal ou aveugle, ou sourd, ou immobile. Or, de même que ce fait prouve évidemment qu'il existe dans le cerveau un organe ou un sensorium propre à chaque sens, de même le fait que, par les congestions, par les épanchements des humeurs ou du sang dans le cerveau, tous les sens de l'animal demeurent paralysés et mort s'ensuit, prouve évidemment quïl existe dans le cerveau un organe, un sensorium commun à tous les sens; ou bien que le cerveau entier est lui-même ce sensorium et cet organe.