PLAN ET IMPORTANCE DE CE TBÂITÉ
verselle. On l'appelle « la science de la vérité,» et la vérité est que non-seulement la philosophie moderne n'a fait connaître aucune nouvelle vérité, et n'a pas mieux affermi les vérités anciennement connues ; mais qu^elle n'a fait, au contraire, qu^enfanter ou plutôt renouveler les plus monstrueuses erreurs, les répandre, les accréditer et les convertir en nourriture habituelle des intelligences. « La science de la vérité » est aujourd'hui la science dont la vérité a le plus à se plaindre; ^c'est la science qui a le plus combattu, obscurci, diminué la vérité parmi les enfants des hommes (Psal. XI, 2). C'est au point que, si la vérité n'a pas encore quitté la terre pour regagner sa patrie, le ciel; si elle compte toujours des enfants, des disciples, des adorateurs dans l'humanité; si elle règne encore quelque part sur cette terre, dans toute la vigueur de son immortelle jeunesse, dans tout l'éclat de sa beauté, ce n'est certainement pas la faute de la philosophie.
En présence d'un tel état de choses, qui devient tous les jours plus triste et plus désespérant, nousn'avons pas besoin d'ajouter un seul mot pour faire sentir la nécessité qu'il y a aujourd'hui, dans l'intérêt, moins de la génération faite, pour laquelle il n'y a plus rien à faire, que de la génération à former, de rappeler à l'homme intellectuel les vraies notions élémentaires de la science, et de le rappeler lui-même au sentiment de sa dignité.
C'est particulièrement par une Logique vaine, inconcluante, erronée, sophistique et absurde, que, de nos jours, on fausse l'esprit de la jeunesse, qu'on égare sa raison, qu'on corrompt ses sentiments aussi bien que ses idées, dès les premiers instants de ses études philosophiques. Rien n'est donc ni plus nécessaire ni plus urgent que de redresser cette science, en établissant les vraies notions sur les choses qui en forment l'objet, la VÉRITÉ, la Certitude, la Raison, le Raisonnement, et I'Origine, la Nature, le But, TUsage de la philosophie.
C'est ce que nous allons essayer de faire dans ce Traité des préambules de la philosophie.
Il sera divisé en quatre parties. Dans la première, nous donnerons la doctrine, universellement reçue, sur la Vérité et ses différentes espèces, sur les quatre Etats de Nature, et sur le Naturel et le Surnaturel, dans leurs rapports avec la Vérité et la nature humaine.
12 PBÉÂMBULES DE LA PHILOSOPHIE. I^-TBODUCTIO?î.
La deuxième partie sera consacrée aux théories de la Certitude, de ses différents degrés et de ses critériums. Nous y réfuterons également le Dogmatis^le, ou le système qui place exclusivement le critérium de la certitude dans les jugements de l'individu; et rAcÀTALEPSiE, ou le système qui fonde exclusivement., lui aussi, ce critérium dans les jugements de la multitude; et nous montrerons que, par deux chemins opposés, ces prétendus systèmes de la certitude ne conduisent, tous les deux, qu'au Scepticisme. Nous y exposerons et y soutiendrons le vrai Se>-s commuas , tel qu'il a toujours été entendu par l'humanité, par rapport aux vérités naturelles , et par l'Église, par rapport aux véritées révélées; ou le système qui fait consister le critérium de la certitude dans l'union des jugements de l'homme isolé et des jugements de l'homme social, ou dans la vérité des perceptions individuelles, constatée par le consentement général, et se fortifiant de son adhésion et de son autorité.
La vraie doctrine sur la Raison et ses constitutifs essentiels, sur le Raisonnement et son mécanisme, et Texposé des vrais principes du Ratio?saltsme et de la Tradition, seront le sujet de la troisième partie.
Enfin , la quatrième partie dira ce qu'est vraiment la philosophie; quel en est le sujet, le rôle, la portée, l'importance et même la nécessité; dans quels rapports elle doit demeurer à l'égard de la religion ; et ce qu'on doit penser de la distinction que nous en avons faite, en philosophie inquisitive ou chercheuse^ et en philosophie démonstrative, auxiliaire puissante et fidèle de la vérité.
Nous allons donc aborder, dans ce Traité, les quatre grandes questions fondamentales de toute science, qui toutes sont palpitantes d'actualité : 1'' la question du Naturel et du Surnaturel au point de vue logique; 2° la question du Dogmatisme et du Sens commun; 3° la question du Rationalisme et de la Tradition; et 4° la question de la vraie et de la fausse philosophie.
A Paide de définitions exactes des mots et des choses, empruntées à Tancienne philosophie, nous tâcherons de débrouiller ces graves questions de l'amas de contradictions et de sophismes dont l'ignorance et la mauvaise foi les ont enveloppées, et au moyen desquels elles les ont obscurcies et rendues insolubles.