‹ La philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 11 sur 76 · PLAN ET IMPORTANCE DE CE TBAITE · texte numérisé non relu

PLAN ET IMPORTANCE DE CE TBAITE

Nous les poserons de la manière la plus claire et la plus précise qu'il nous sera possible. Nous prendrons ce qu'il y a de vrai dans toute opinon fausse ; nous concilierons les deux systèmes opposés qui se font mutuellement la guerre, sur le même terrain. Par ce procédé, nous avons la confiance de donner le vrai système, la vraie doctrine à suivre, sur chacune des questions dont il s'agit, et de ramener la concorde entre les esprits loyaux, qui n'ont pas de parti pris, mais qui cherchent sincèrement la vérité de la lumière et la lumière de la vérité.

Notre Teaité n'a rien de commun avec ces Cours de logique qu'on donne généralement dans les écoles, mais il peut bien en tenir lieu. La Logique , ainsi que ce mot le dit assez clairement, n'est pas FART de penser, Ars cogitandi; mais c'est la SCIENCE DU verbe de l'esprit humain (}voyou) ou de la raison. La Logique ne forme donc pas la raison de Vhomme, mais la raison du SAVANT, en lui fournissant les règles générales ou les moyens les plus propres d'atteindre, non la simple connaissance, mais la connaissance scientifique ou la science des choses. Ces règles et ces moyens, on les trouvera réunis et amplement exposés dans ce Traité. Ainsi donc, sans être un cours de Logique proprement dit, ce Traité est un traité de vraie Logique, et même, nous osons le dire, de grande Logique.

On n'y trouvera pas, il est vrai, un de ces Résumés de Vliisioire de la philosophie^ qu'on croit indispensables dans tout traité préliminaire de cette science. L'histoire détaillée des philosophes et de leur vie, de leurs systèmes et de leurs absurdités, de leurs sectes et de leurs variations, n'est que le grand scandale de la philosophie, et la honte éternelle de la raison humaine, prétendant marcher toute seule. De pareilles connaissances ne sont rien moins que nécessaires et utiles. Cependant nos Préambules en diront assez sur les principales écoles de philosophie et leurs fondateurs ; sur les grandes époques et les personnages célèbres, en qui elles se sont personnifiées ; comme Platon et Aristote, pour les temps anciens ; saint Thomas et Descartes, pour les temps modernes; et VJdstoire de la philosophie y sera remplacée par le tableau de l'esprit, ou par la philosophie de cettehistoire.

On y chercherait aussi en vain ces préceptes, comme on va le

voir dans la deuxième partie de ce Traité, si nombreux^ si vains, si ineptes, si absurdes, dont sont remplies les logiques ordinaires; dont ceux mêmes qui les donnent ne font pas le moindre usage, et dont maître Nicole, l'un des plus habiles fabricants de logique, a, dans son propre cours de logique^ constaté la parfaite inutilité, dans ce passage si surprenant et si admirable par la candeur et par la véracité de la confession : a II est certain , « par l'expérience, que, sur mille personnes qui étudient la lo- « gique, on en trouvera à peine dix qui , six mois après en avoir (( achevé le cours . conservent quelques souvenirs de la logi- « que qu'elles ont étudiée (1). Si nous faisons donc, nous aussi, « de la logique, ce n'est que pour nous accommoder à l'usage « qui a prévalu, et qui fait une nécessité aux étudiants de connaî- « tre, au moins grossièrement, ce qui a été dit et enseigné sur la « logique (2). »

Nous avons donc la simplicité de croire que le jeune homme à qui on laisserait ignorer le Nouvel Organe des sciences, de Bacon ; le Discours de la méthode, de Descartes ; la Recherche de la vérité, de Malebranche; la Logique de la Philosophie de Lyon, toute autre logique jetée au même moule, et ÏArt de penser y de Nicole lui-même, ne perdrait rien de sérieux et d'utile; et que si , pour toute étude de la logique , on ne lui apprenait que les doctrines exposées dans ces préambules, on en ferait assez pour former sa raison scientifique, pour Tinitier aux études de toute science, et pour qu'il puisse parcouru^ d'un pas ferme et assuré le chemin du savoir. Dans tous les cas, nous espérons que ce Traité, quel qu'il soit, sera trouvé par les lecteurs à qui nous l'adressons assez complet pour servir d'introduction à un Cours de Philosophie chrétienne.

(1) « Experientia constat . e millenis, qui Logicam docentur, post sextuin a « finitis studiis mensem, vix denos esse , qui Logicae quidquam memineriut. « {Ars cogitandi]. »

(2) « Quia consuetudo necessitatem quamdam inTexerit , crassa saltem oc Mlnerva, ea sciendi, quae de Logica traduntur. (Ibid.) »

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