DE LA VÉRITÉ ET DE SES DIFFÉRENTES ESPÈCES
§ 1 . Qu'est-ce que la Vérité ? — La vérité objective et métaphysique, et la vérité SUBJECTIVE et logique. — Dans ce Traité, il ne s'agit que de la vérite de cette dernière espèce.
JuA Vérité étant l'objet de la philosophie, on ne peut rien comprendre à la philosophie sans s'être formé une idée exacte de la Vérité. Avant donc d'aborder la question de l'origine, de la nature et du but de la philosophie, nous devons établir ici la vraie notion de la Vérité, et fixer le sens qu'on doit attribuer à ce mot dans toute discussion philosophique. Nous devons en distinguer les différentes espèces ; nous devons nous arrêter particuHèrement à la distinction des vérités naturelles et des vérités surnaturelles et révélées, et préciser la signilication des mots : Le Naturel et Le Surnaturel, dont on fait un si grand usage, ou plutôt un si grand abus, dans les écoles modernes.
LA VÉRITÉ, comme il sera plus longuement expliqué dans notre Cours de Philosophie chrétienne, au chapitre Terminologie des Idées, n'est, selon saint Thomas, que l'équation entre L^iNTELLECT ET LA CHOSE '. jEquatio Tel et intellectus.
Comme il y a deux espèces d'intellects , Tintellect incréé et Pintellect créé , il y a deux espèces de vérités, la vérité objective et la vérité subjective, La vérité objective est Péquation entre la chose et Pintellect incréé, ou l'intellect de Dieu ; la subjective est Péquation entre la chose et l'intellect créé, ou Pintellect de Phorame.
16 PBÉAMBULES DE LA PHILOSOPHIE. LA VÉUlïÉ.
Il y a une immense différence entre ces deux espèces de vérités. La vérité objective n'est, en quelque sorte, que le reflet de l'intellect divin sur la chose , donnant une telle nature, un tel être à la chose. Car, d'après saint Augustin, les choses ne sont que la réalisation des Raisons éternelles ou des conceptions de Pintellect divin ; tandis que la vérité subjective n'est , au contraire, que le reflet de la chose sur Tintellect humain , donnant l'idée de sa propre nature, de son propre être, à ^intellect humain. Car les conceptions de l'intellect humain ne sont que Timpression que causent en lui les natures, les êtres ou les raisons des choses.
Dans la vérité objective^ l'intellect divin est souverainement actif, ou est cause formelle et exemplaire des choses. Car ce n'est pas parce que les choses sont ce qu'elles sont , que Dieu les conçoit ; mais c'est parce que Dieu les a , ab œterno, conçues comme elles devaient l'être , qu'elles sont ce qu'elles sont Tandis que, dans la vérité subjective, l'activité est, en certaine manière, de la part des choses : ce sont elles qui, d'après l'expression de saint Thomas, informent notre intellect , en imprimant en lui leur propre image, et sont la câuse formelle et exemplaire des conceptions de l'intellect. Car ce n'est pas parce que nous concevons d'une telle manière les choses , qu'elles sont ce qu'elles sont; mais c'est parce qu'elles sont ce qu'elles sont, que nous les concevons d'une telle manière.
L'équation entre l'intellect divin et les choses est infaillible^
parce que les choses ne sont et ne peuvent être que telles que
l'intellect divin les a conçues, de toute éternité. Il suit de là
que, com.me on le prouve dans l'Ontologie, tout être est vrai :
iomne ens est vernm^ parce que tout être a la nature et les pro-
;priétés qui le font être ce qu'il est et ce qu'il doit être, d'après
iîes conceptions éternelles de l'intellect divin. Ainsi, même l'or
■fauxyàii saint Thomas, est vrai; parce que, tout en étant de l'or
fnux^ il est néanmoins du vrai clinquant; Falsum aurum est ve-
r 21 ftumriùJml eu m. Et c'est dans ce sens que saint Augustin a dit :
La ^rÉRiTÉ EST CE qui est : Veritas id quod est. Mais l'équation
entçe l'intellect humain et les choses est faillible, parce qu'il
peu:! :ne pas. les ^concevoir comme elles sont, d'après leur nature
et leurs propriété"^. Tout être est toujours vrai, ])aîTe qu'il y a