VÉRITÉS SPIRITUELLES ET VERITES PHYSIQUES
sans aucun cloute, aidé prodigieusement au développement des sciences, des arts, des métiers; a amélioré, sous bien des rapports, les conditions de la vie de l'homme et de la société, et a changé la face du monde. Mais pour n'avoir pas même soupçonné ce que nous savons dans les sciences naturelles, l'ancien monde n'en a pas moins eu, en grand nombre, à certaines époques et en certains lieux, ses hommes honnêtes, savants, grands et parfaits. Pour n'avoir pas su faire des chemins de fer, des bateaux à vapeur, des télégraphes électriques, plusieurs des sociétés anciennes n'en ont pas moins été vertueuses, tranquilles, riches, puissantes et heureuses. Pour être demeurée étrangère aux étonnants progrès que nous avons faits dans la science de nous procurer le bien-être matériel, le confortable et les délices de la vie, l'Europe chrétienne n'en avait pas moins heureusement résolu, dans l'ordre intellectuel, le problème de l'union de la science et de la foi; dans Fordre politique, le problème de l'union de l'ordre et de la liberté; et dans l'ordre social^ le problème de l'union et l'exercice de l'autorité et des prodiges de la charité, ou de la vraie civilisation qui ne consiste que dans le respect et le dévouement de l'homme pour l'homme. Tout pouvait alors se savoir, excepté l'erreur; tout pouvait se faire, excepté le mal; tout était respectable et respecté, excepté l'injustice et le crime; tandis qu'aujourd'hui,, malgré nos inventions et nos découvertes^, dans l'ordre intellectuel nous nous trouvons à la veille de perdre toute raison et toute croyance; dans l'ordre pohtique nous sommes menacés de devenir Cosaques; et dans l'ordre social nous touchons à la barbarie qui consiste dans le mépris et V exploitation de rhomme par Vhomme. Nous ne savons faire de la science qu'aux dépens de la foi, ou de la foi qu'aux dépens de la science. Nous ne savons plus ni commander ni obéir. Nos gouvernements sont arbitraires, notre obéissance est platement servile. Ballottés constamment entre le despotisme et l'anarchie, comme les anciens Romains, nous avons perdu, avec la chose, même l'idée de la hberté et de l'ordre ; nous ne concevons la liberté possible que dans Tabsence de tout ordre; et nous ne concevons l'ordre durable que sur les ruines de toute liberté. Dans nos sociétés, telles que le progrès humanitaire les a faites , tout est libre excepté le bien; et, par contre, l'individu, la famille, la com-
mune, la province, TÉtat, étant soumis à des restrictions injustes, cruelles, absurdes, qu'on appelle lois, tout y est confisqué, asservi, interdit, excepté l'erreur, tout y est impossible, excepté le mal. Le droit de la force a remplacé la force du droit; le principe de l'utilité a été substitué au principe delà justice ; l'égoïsme est venu usurper la place du dévouement dans les bases de la société, et, n'ayant pas d'avenir parce qu'il a stupidemment abjuré tout passé, jamais Fhomme n'a été plus près de la sauvagerie et la société de sa dissolution.
Voilà donc le problème, soulevé par Bayle, et discuté pendant le dernier siècle, a sur la possibilité de la vertu et du bonheur pour «la société et pour l'homme, en dehors de toutes croyances reli- «gieuses,)) résolu de nos jours de la manière la plus éclatante, par tout ce que nous voyons arriver sous nos yeux, et voilà même les esprits les plus esclaves des préjugés, à moins qu'ils n'aient perdu tout à fait le sens moral, obligés de reconnaître que les vérités de Tordre purement corporel ont bien leur utilité , mais que seules les vérités de l'ordre spirituel sont nécessaires au bonheur de l'homme et à l'existence de la société.
Sans avoir atteint le suprême degré d'évidence et de certitude qu'elle a atteint aujourd'hui, cette vérité a été sentie par tous les hommes sérieux, par tous les esprits d'élite, dans tous les temps et dans tous les lieux.
Par le mot vérité, employé sans adjonction et au sens absolu, les philosophes dignes de ce nom n'entendent que les conceptions de l'intellect humain concernant Dieu, l'homme, leur nature et leurs rapports. Soit qu'ils se plaignent que la Vérité demeure toujours cachée aux regards les plus pénétrants de l'esprit ^les sceptiques), soit qu'ils se flattent de pouvoir l'atteindre par leurs moyens individuels; la Vérité n'est, pour eux, que l'ensemble des croyances universelles sur lesquelles tout le monde doit être d'accord, sous peine, d'après la belle expression de Gicéron, de voir disparaître toute loi, toute règle de la vie humaine : Quihus subiatis, omnis ratio vitx tollitur, et par conséquent de voir disparaître aussi tout ordre, toute religion et toute société.
Non-seulement tous les auteurs inspirés de la Bible, mais aussi Confucius chez les Chinois, l'auteur des Zencl- Avcsta chez les Perses, l'auteur des Vedas chez leslndous, les vieillards