VERITES GENERALES ET VERITES PARTICULIÈRES
de Memphis chez les Égyptiens^, Platon et Aristote chez les Grecs, Varron et Cicéron chez les Romains, saint Augustin et saint Thomas, Suarez et Bossuet, Descartes et Malebranche eux-mêmes, chez les peuples chrétiens, sous le nom de Vérité, ont toujours fait allusion aux vérités logiques concernant les rapports, de toute espèce, des êtres intelligents entre eux et les rapports des corps avec la nature et les propriétés des esprits, ou bien aux vérités logiques de Tordre spirituel, et nullement aux vérités logiques de Tordre purement corporel et physique.
La science moderne elle-même, qui a répudié toutes les traditions, a conservé celle-ci. Non-seulement les philosophes chrétiens jusqu'à Rosmini,mais aussi nos philosophes païens, les rationalistes de toutes les nuances et de toutes les écoles, y compris Hegel, Cousin, Simon et Renan, ont, dans tous leurs cours, dans tous leurs écrits , attribué la même signification au mot VÉRITÉ. Voilà le sens que ce mot a généralement en philosophie , et que nous aussi lui donnerons dorénavant dans cet ouvrage.
§ 3- Les Êtres de Nature et les Êtres de Raison. -- Ce que sont les vérités GÉNÉRALES et Ics vérUés particulières.
Les vérités sont, en troisième lieu, ou universelles ou particulières.
Il n'existe dans TUnivers que des êtres déterminés, ayant telle nature et telles propriétés; mais les natures et les propriétés générales de ces êtres, et qui sont communes à tous les êtres ou à une série spéciale d'êtres, n'existent pas, séparées de leur sujet. Cependant on ne les appelle pas moins des êtres, elles aussi ; seulement on les dit : Êtres de raison, tandis qu'on nomme tous les autres êtres : Êtres de nature.
Les êtres de nature sont donc ceux qui ont ou peuvent avoir une existence physique^ et qui existent ou peuvent exister dans la nature. Les êtres de raison sont ceux qui n'ont et ne peuvent avoir qu'une existence purement abstraite et intentionnelle, et qui n'existent et ne peuvent exister que dans Vintellect,
Les êtres de nature sont ou peuvent être des réalités naturel-
les; les êtres de raison ne sont que des conceptions exclusivement intellectuelles. Ce sont les manières variées dont l'intellect conçoit et résume sous une pensée unique la nature et les propriétés communes de différents êtres^ ou renferme plusieurs êtres dans une seule catégorie.
Dieu, les hommes, les brutes, les plantes, les minéraux, les liquide?, les impondérables, etc., sont des êtres de nature, parce qu'ils sont des réalités naturelles et ont une existence physique dans la nature. Mais le genre, Vespèce, Vessence, la quantité., la gjtaliiéy et tous les accidents de toute espèce, ne sont que des êtres de raison, parce qu'ils ne sont que de pures conceptions intellectuelles, n'ayant qu'une existence exclusivement intentionnelle dans la raison.
En effet, il existe le genre\\\\\x\d.\\\ et les différentes es/îèce^ des animaux; il existe des êtres, ayant telle essence, \e\\e quantité et telles quatités; il existe des hommes vertueux ou vicieux, savants ou ignorants; il existe des corps grands ou petits, beaux ou laids, etc.; mais le genre, Vespèce, Vessence, la quantité, la qualité, Vaccident, la vertu, le vice , la grandeur, la petitesse, la beauté, la laideur, séparés de tout sujet, n'existent physiquement pas ; ils n'existent qu'intentionnellement dans l'intellect et ne sont que des conceptions générales, sous lesquelles Tintellect conçoit les êtres particuliers. Bref, les êtres de raison sont les IDÉES ou les raisons éternelles des choses qui, comme il sera amplement expliqué plus loin dans le premier volume de notre Cours, se trouvent de toute éternité dans l'intellect divin, et que, par un reflet de lintellect divin sur Tintellect humain, l'intellect humain se forme tout à fait ressemblantes à ce qu'elles sont dans l'intellect divin.
Je vois CET homme, et, dépouillant l'image qui s'en reproduit dans ma fantaisie, de toutes les conditions qui l'individualisent, mon intellect y Ut dedans iintus legit) l'homme, la nature, l'essence de l'homme; se forme l'idée de la nature humaine; et dans celte idée, et par cette idée, il conçoit et connaît tout homme, tous les hommes. C'est de la même manière qu'en voyant CE chien, je me forme l'idée DU chien; qu'en connaissant CET être vrai, bon, grand, puissant, beau, coloré, sonore, etc., e me forme l'idée de l'être vrai, bon, grand, etc., ou l'idée