LES ETATS DE LÀ NATURE INNOCENTE ET INTÈGRE
(.( nêteté. Car^ dans un tel état (où le péché originel, qui a rendu à « Dieu la nature humaine odieuse, n'aurait pas lieu), la Providence « lui aurait été plus favorable, au moins tant qu'il n'eût pas pé- « ché. D'autre part^ la concupiscence ne Teùt pas poussé avec « tant de force vers le mal, ni ne lui eût rendu le bien aussi difli- « cile qu'elle le lui rend à présent par suite de la corruption « que le péché originel a introduite dans notre nature. Enfin il «n'aurait pas été assujetti au démon; car, comme l'enseigne « le concile de Trente , ce n'est que par la faute de nos pre- « miers parents que leur race est tombée sous l'empire de Sa- « tan (1). »
§ 5. Qu'est-ce que l'État de Nature intègre, et de Nature innocente? — Le premier homme a été créé dans ce double état. — Quelle attrait été, dans cet étatf la condition de Vhomme dans ce monde et dans Vautre ?
L'état de la nature intègre est celui dans lequel, outre son essence^ ses facultés^ ses puissances naturelles et sa participation au concours d'une providence particulière^ qui lui a été toujours nécessaire^ l'homme aurait joui d'une domination parfaite de la part de son intelligence sur la partie inférieure , de son appétit intellectif sur son appétit sensitif, et de son esprit sur sa chair ; en sorte qu'aucun mouvement désordonné de la concupiscence n'aurait jamais prévenu en lui l'usage de la raison, ni le consentement de la volonté (2), Cet état, qui n'était nullement dû
(1) « Homo in statu naturse purœ posset eliam moraliter servare totam legem M naturalem et vitare omnia peccata mortalia et quidem ex affectii virtutis et « houestatis. Nam, iiihoc statu, favorabiliore Providentia gauderet, quandiu salrt tem non peccaret; non tantum compelleretur a coiicupiscentia ad malum, nec « ab ea tantam pateretur difficultatt-m ad bonum, quanlum nunc î)atitur ob « naturaî corruptionim peccato oiiginali inductam; nec etiam subjicerelur dœ- « moni, cujus servituti obnoxii sunt liomines in statu naturae lapsae propter « peccatum originale, ut docet concil. Tridentinura, sess. v, canon, i (Anloiue, a loc. cit.). *.
(2) De ce qu'on appelle nature intègre l'état où l'homme a joui d'un si grand privilège, il ne s'ensuit pas que l'état de pure nature, s'il avait existé, n'eût pas été parfait. Tout être que Dieu fait , possédant tout ce qui convient à la nature que Dieu lui a donnée, est parfait ; et, dans ce sens, il est intègre. Par ce mot , attribué au deuxième état de nature , on n'entend qu'un don de
à rhomme, a cependant été l'état que, dans sa bonté^ Dieu lui donna, et dont Adam jouit jusqu'au moment où il s'en rendit indigne par son péché.
Il en est de même du troisième état, que la théologie appelle Etat de la nature innocente et de la justice originelle; état dans lequel Dieu avait aussi daigné placer l'homme de la création primitive. Cet état impliquait un grand nombre de dons divins^ de privilèges, accordés à l'âme et au corps de l'homme, et étrangers même à Tétat de nature intègre, et, à plus forte raison, à Pétat de pure nature.
Dans cet état, Adam 1° eut un corps parfait dans toutes ses parties et immortel; et, demeurant fidèle à Dieu, il aurait été exempt non-seulement de la mort, mais aussi de toutes ces espèces de douleurs, de maladies, d'incommodités, de misères auxquelles nous sommes maintenant assujettis. 2° Il eut la science des choses naturelles, en rapport avec son âge et sa condition, et la connaissance des choses surnaturelles, savoir : de Dieu et de ses mystères. Car, d'après saint Thomas, «Adam, in- (( nocent, eut la foi explicite de l'incarnation du Verbe comme « moyen d'arriver à la gloire. » 3° Il avait, pour sa dernière fin naturelle, un don tout à fait surnaturel, la Possession de Dieu par \r vision intuitive et Vamour Jouissant [per amoreni fruitivinn), -4° Outre le titre et la destinée à cette béatitude surnaturelle , il reçut la grâce sanctifiante, les habitudes surnaturelles de Foi, d'Espérance et de Charité, des dons du Saint-Esprit, des vertus morales surnaturelles, et une grande facilité à exercer les actes de toutes les vertus. 5° L'appétit sensitif était en lui parfaitement soumis à l'appétit rationnel; en sorte que sa volonté ignorait tout mouvement désordonné, la poussant vers le mal ou l'éloignant du bien, ou lui rendant difricile la pratique de la vertu; et il n'éprouvait aucun mouvement de l'appétit sensitif, prévenant ou contrariant les actes de la volonté.
plus^ qui a élevé, ennobli davantage, et en quelque sorte complété une nature qui, sans ce don, n'en aurait pas moins été, dans son genre, entière et parfaite.
LA NATUBE DECHUE ET BEPABEE. 33
§ 6. Étût de la nature déchde et réparke par i.e Christ, — Ses inconvénients
et ses avantages.
Enfin, la théologie admet un quatrième état de l'homme : c'est rétat de misères, de malheurs de toute espèce où il est tombé par son péché, et duquel il a été relevé par les mérites de Jésus- Christ; c'est, en un mot^ Tétat actuel de l'humanité, et qui s'appelle VÉtat de la nature déchue et réparée par le Christ.
Dans cet état, tout l'homme se trouve, d'après l'expression du concile de Trente^ changé en pire, par rapport à l'âme et par rapport au corps (Sess. iv ,, can. i). Ayant perdu tous les dons surnaturels de la nature intègre et de la justice originelle, dont Dieu l'avait enrichi en le créant dans ces états, il éprouve en lui-même, de la part de l'appétit sensitif ou de la concupiscence, une opposition plus forte à Pappétit intellectif ou à la volonté, des mouvements désordonnés des sens plus fréquents et plus violents, et des obstacles plus forts dans la pratique du bien. Sans la grâce intérieure qui le prévienne, il ne peut rien vouloir, rien faire, rien accomplir et même rien commencer, qui ait rapport à la vie éternelle, à la vision intuitive, à l'amour jouissant de Dieu, à la béatitude surnaturelle qui est cependant demeurée toujours sa fin dernière. Dépouillé de la robe nuptiale de la grâce sancli fiante, défiguré par la tache originelle qu'il reçoit avec la vie, il ne peut être admis au festin éternel, à l'intuition et à la possession de Dieu; mais les ténèbres extérieures sont son éternel partage; et, condamné à mourir par rapport au corps, il est mort, même avant de naître, par rapport à l'âme.
Mais ces inconvénients se trouvent réparés par la rédemption du Christ, dans ceux qui s'en appliquent les mérites, par la participation aux sacrements qu'il a institués ; car le baptême leur rend, avec la grâce sanctifiante, et le titre d'adoption d'enfant de Dieu, les habitudes surnaturelles de foi, d'espérance et de charité, les dons du Saint-Esprit, le pardon de toute coulpe et l'exemption de la peine sans lin, la résurrection du corps pour qu'il partage le sort éternel de l'âme, la vision et la possession béatifique de Dieu; en un mot, l'homme régénéré par le baptême reprend les plus importants privilèges de la nature innocente qu'il avait perdus par la faute originelle : comme il reprend par le sacre-