‹ La philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 21 sur 76 · LA REVELATION DB DIEU ET CELLE DU CHBIST · texte numérisé non relu

LA REVELATION DB DIEU ET CELLE DU CHBIST

qui est exigé par sa nature intelleclive et sensitive à la fois, ou ce qui aurait constitué Fhomme de ïétat dépure nature, si Dieu Tavait placé, comme il pouvait bien le faire, dans cet état; et le Subnaturel comprend tout ce qu'il a plu à la bonté infinie d^accorder à l'homme, de dons, de privilèges et de grâces en dehors et au-dessus de ce qui pouvait lui convenir dans l'état de 2^ure nature, en le créant dans l'état de la nature intègre et de la nature innocente, et en lui rendant, par la Réparation du Christ, plus qu'il n'avait perdu par la déchéance de son état primitif.

Par la même doctrine. Ton comprend facilement aussi que, lorsqu'il s'agit de l'homme en particulier, les vérités naturelles ne sont que les connaissances ou les équations de notre intellect avec les conditions de l'homme de 2^ure nature; et que les vérités surnaturelles ou révélées ne sont que les connaissances ou les équations de notre intellect avec les conditions de l'homme de la nature intègre j de la nature innocente et de la nature reparée.

Mais il ne faut pas prendre dans un sens exclusif et absolu les mots vérités naturelles et vérités surnaturelles et révélées, communément en usage pour désigner ces deux ordres bien distincts de vérités; car , sous certains rapports et dans un certain sens, les vérités qu'on appelle naturelles sont aussi réellement révélées que les vérités /évelées; et les vérités qu'on nomme surnaturelles et révélées sont aussi naturelles que les vérités naturelles.

Il n'y a que les philosophâtres de l'école matérialiste, dont l'esprit est aussi épais que la matière, et la science aussi courte que le néant, qui aient pu inventer, exhumer et propager de nos jours, au grand scandale et à la honte ineffaçable de Vâge des lumières, l'absurde et ignoble hypothèse, que nous avons rappelée et flétrie plus haut, de l'homme, sorti bête des mains de la nature, et devenu homme ensuite par ses propres efforts. Le simple bon sens et l'histoire, les traditions constantes et uniformes de tous les peuples et la Révélation biblique protestent contre cette monstrueuse erreur, sortie, comme un insecte venimeux, du cojur corrompu d'un athée, et qui conduit droit à l'athéisme, ou plutôt qui nest que Fathéisme même dans toute sa crudité.

36 PRÉAMBULES DE L\ PHILOSOPHIE. LA YÉlUTÉ.

D'après l'Écriture sainte, dès le premier instant de sa création, l'homme fut une âme complètement et parfaitement vivante : Factus est homo in animain vivetitem (Genes. ii); c'est-à-dire qu'il ne fut pas seulement un corps vivant ^slt l'âmC; mais aussi une âme vivante par la grâce et la vérité, parce que, comme la vie physique consiste dans l'union de l'âme avec le corps, et la vie morale dans l'union de la grâce avec le cœur, la vie intellectuelle consiste dans Punion de la vérité avec l'esprit. Ainsi donc, en même temps que Dieu vivifia le corps du premier homme en lui inspirant l'âme, et qu'il sanctifia son âme en lui conférant la grâce, il éclaira son esprit en lui révélant la vérité et toute vérité; car il lui révéla d'une manière claire, distincte et parfaite, le monde corporel et visible et le monde invisible et spirituel; la nature et les propriétés des corps, Tessence et les facultés de l'esprit :1), leur origine, leurs rapports mutuels et leur fin. Il lui dit que son propre corps et son propre esprit forment un composé substantiel, une personne, un suppôt, substantiellement un, dans l'unité d'un même être. Il lui apprit, en même temps, les plus grands mystères de la nature divine, l'Incarnation du Verbe éternel; la fin surnaturelle qu'il lui avait destinée, la dernière béatitude dans la gloire du ciel qu'il aurait gagné par sa coopération à la grâce et par sa fidélité à accomplir ses devoirs sur cette terre. Il lui découvrit, en un mot, toutes les lois de la nature et toute réconomie de la grâce; tout Tordre naturel ou de l'homme de •p;/re nature, tel que Dieu aurait pu le créer sans lui donner rien de plus, et tout l'ordre surnaturel de Thomme, ou de la nature intègre et de la nature innocente et enrichie de \r justice originelle, ou de l'homme tel que Dieu avait voulu le créer, en l'éle-

(1 ) Dans son livre De Divinalione, Ciceroii soutient " qu'en vain la >'aturc « aurait créé les mines dans les eutraires de la terre, si elle (la Nature" u'eiî « avait révélé à riionime l'existence ; et qu'il en est de même de tout ce que la « ISature a fait pour l'homme dans l'ordre spirituel. » S-iint Thomas ne dit rien de plus, dans son aimirable Traité De Scient iaprimi /loîiiinis. Voilà donc Cicéron tradUiG7ialis(e, parlant du premier homme comme un docteur de l'Église, affirmant que la nature ou Dieu a tout dit au premier homme; réfutant luimême CicC'Ton philosophe , qui avait prétendu, comme on la vu plus haut, quo Ihomme a été bête au commencement; et confondant toutes les bètes-piiilosophes qui auraient soutenu la même bêtise.

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