LA REVELATION DE DIEU ET CELLE DU CHRIST
vant^ de plus , par un excès de sa libéralité, à l'état déifique ou à la société et à la communauté des biens de Dieu même.
Plus tard, Adam ayant perdu, par sa désobéissance, ces ineffables avantages, et étant devenu odieux , avec toute sa race, à son divin Auteur, Dieu lui révéla îiussi le grand mystère du Médiateur divin et de son sacrifice sanglant, pour l'expiation du péché; il lui apprit comment lui et ses enfants auraient pu s'appliquer d'avance, par la foi, Pespérance et la charité, les mérites infinis de ce sacrifice futur, dans son efficacité ; se réconcilier avec Dieu, et reconquérir les droits qu^il avait perdus. Il Tinstruisit de toute l'économie de l'état de la nature qui, un jour, serait reparée par le Christ, ou du grand dogme de la réversibilité des mérites, du salut du coupable par le sang de l'innocent, et de la pratique des sacrifices des animaux, comme le moyen le plus propre à maintenir toujours vivante la foi dans ce dogme, en le figurant et en le rappelant incessamment aux yeux de Pesprit, par des immolations sensibles aux yeux du corps.
Ces vérités de l'ordre surnaturel^ aussi bien que les vérités de l'ordre purement naturel, que le premier homme avait apprises de la bouche même de Dieu, ses descendants les apprirent, à leur tour, de sa bouche. Ils n'ont pas plus inventé la vérité par leur raison, qu'ils n'ont inventé le mouvement par leur habileté. On reçoit la vie, quelle qu'elle soit, on ne se la donne pas. Ils ne se sont donc pas plus donné, eux-mêmes, la vie de l'esprit que la vie du corps. Ils ont reçu la première de ces vies par l'enseignement, comme ils ont reçu la seconde par la génération. Car, selon saint Paul , l'enseignement est une véritable génération : Per Evangeliumego vos genui (ÏCor.,IV, 15). Ainsi les hommes ne vivent spirituellement que par les mêmes moyens par lesquels ils vivent corporellement, parce qu'ils ont reçu ei non par ce qu'ils ont fait; ei, comme l'humanité ne s'est perpétuée que par la génération, ainsi la vérité ne s'est transmise, ne s'est propagée, ne s'est établie an sein de l'humanité, que par l'enseignement.
En outre, toute chose manifestée par une intelligence supérieure à une intelligence inférieure, est une chose révélée. Quoique donc le mot Révélation s'applique principalement aux
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manifestations de Dieu à Thomnie. cependant ce qne les parents apprennent à leurs enfants^ et ce que les maîtres enseignent à leurs écoliers, n'en est pas moins une révélation véritable. Or, comme le semi-raticnalisme lui-même vient de le proclamer, toute raison humaine est enseignée, comme tout corps humain est engendré ; et ce sont particulièrement les principes^ formant la raison et les vérités dites naturelles, que les parents transmettent à leurs fils. Ainsi donc, des vérités de Tordre purement naturel sont des vérités réellement révélées, autant que les vérités de l'ordre surnaturel dites révélées : seulement celles-là ont été révélées par Dieu, celles-ci le sont par l'homme.
Nous entendrons tout à l'heure saint Thomas démontrer, avec cette logique invincible qui lui est propre, que non-seulement les vérités surnaturelles ; qui surpassent la portée et les forces de la raison , mais que même les vérités naturelles, dont la raison peut se rendre compte, ont été révélées et ONT NÉCESSAI- REMENT DU L'ÊTRE : Ad ea eiiam quœ de Dec ratione humana investigari possunt, NECESSARIUM ELIT hominern institui révélât ione divina (I p., q. i, art. •!).
Seulement, cette révélation primitive de toute vérité, que Dieu fit au chef du genre humain, et qui , par le langage et la i radition, passant de père en fils, s'est répandue dans l'humanité, ayant commencé à être altérée, corrompue, et, selon l'expression de l'Écriture, à être diminuée, et raccourcie par les passions des hommes : Quoniam diminutœ sunt veritates à filiis hominum (Psal. XI, 2), la divine Providence l'a, dans la succession des temps, comme le dit saint Paul , plusieurs fois, et en différentes manières, renouvelée, l'a rappelée à la pureté de son origine, en parlant aux hommes par forgane des Patriarches et des Prophètes, et, en dernier lieu, l'a complétée, perfectionnée, élevée encore davantage, en nous parlant par la bouche divine de son propre Fils : Multifariam, multisque modis, loquens ohm Deus Patribus in Prophetis, novissime auiem locutus est nobis ijiFilio ^Hebr. l).
La bonté de Dieu ne s'en est pas tenue là; car, afin qu'au milieu des ténèbres spirituelles et de Cambre de la mort de Fintelligence (Luc. !), que les hommes s'étaient créées eux-mêmes, il y eût sur la terre un lieu où le phare de ses révélations divines