LA RÉVÉLATION DE DIEU ET CELLE DU CHRIST
resplendît sans nuages, dans tout l'éclat de sa pure lumière, dans toute l'efficacité de son principe vivifiant; afin, en un mot, que la vérité se trouvât quelque part pure de toutes les souillures de la superstition et exempte de toutes les négations, de toutes les mutilations sacrilèges de la fausse philosophie, il a confié le dépôt de ces révélations successives, dans les anciens temps, à la race de Sem, au peuple juif et à la Synagogue, et, après la venue du Sauveur, à la génération spirituelle de Pierre et des autres apôtres, au peuple chrétien et à TEglise.
Pendant que la Synagogue et l'Église ont transmis leurs traditions, l'humanité n'a pas cessé de transmettre, à son tour, les siennes. Car l'humanité a été chargée, elle aussi, de perpétuer la révélation primitive des vérités naturelles et surnaturelles, au moins quant à leurs principes^ tout en pouvant, par l'abus de sa liberté, les altérer partiellement, localement, et dans la manière de les comprendre et de se les appliquer. En effet, comme saint Thomas l'a démontré, la loi divine, dite naturelle, aussi bien que la raison et la conscience naturelles, quant à leurs principes généraux , sont demeurées inaltérables et incorruptibles parmi les hommes, et c'est là ce qui constitue l'unité de l'humanité, et la fait exister. Ainsi les idées, les croyances , les sentiments communs aux hommes de toutes les races, de tous les temps, de tous les lieux, ont un fonds commun de vérité. C'est la raison de tels et tels individus qui est égarée ; c'est la religion de tel ou tel peuple qui est fausse: mais le symbole de l'humanité entière, séparé de tout ce qu'on y a ajouté de particulier, chez certains peuples et à certaines époques, ce qui a été cru toujours, partout et par tous les hommes : Quod semper^ quod ubiqiie, qiiod ah omnibus^ est vrai, aussi bien que la raison humaine, la conscience humaine et l'humanité elle-même.
Seulement, les traditions dont Fhumanité garde le dépôt, nous le répétons, sont capables d'être en partie et accidentellement faussées dans leurs applications, tandis que les traditions dont la Synagogue ancienne et l'Église du Christ gardent le dépôt, et qui se transmettent par un enseignement divin, sont inaltérables, indéfectibles, véridiques dans leurs applications aussi bien que dans leurs principes; en un mot, l'enseignement divin de FÉglise est, sous tous rapports, infaillible , tandis que l'enseignement
purement humain de l'humanité ne Pest pas. Voilà, en peu de mots, l'histoire de la vérité; le contraire n'en est que le roman.
§ 8. Les vérités .naturelles et les vérités surnaturelles. — Dans quel sens les vérités, dites naturelles, so)it révélées, aussi bien que les vérités dites RÉVÉLÉES, et vice versa. — Résumé de cette discussion sur la Vérité.
Ainsi donc, puisque seules les vérités enseignées par l'Église, et comme les enseigne l'Église, sont h'écho véridique, le reflet fidèle de la Révélation primitive et de toutes les révélations successives que Dieu a faites à l'humanité; elles seules sont désignées , dans le langage de la science chrétienne , sous le nom de vérités révélées. Par contre, comme les vérités transmises, enseignées par l'humanité, et comme l'humanité les enseigne, sont sujettes à erreur, et ne reflètent que d'une manière fort défectueuse et incomplète les révélations divines de tous les temps, on leur a réservé le nom de vérités naturelles.
Quelquefois on donne le même nom aux vérités traditionnelles seules, qui se rapportent à la nature des êtres et qui peuvent être saisies par les forces de \diraison naturelle. Par conséquent on les appelle aussi, à juste thre, vérités de raison^ tandis qu'on appelle les autres vérités de foi; on les croit d'une foi purement humaine, tandis qu'on croit les autres d'une foi di\ine ; et, enfin, elles forment le sujet particulier de la philosophie, tandis que les autres forment le sujet particulier de la théologie. Mais comme, à ces exceptions près, les unes et les autres se transmettent par l'enseignement et par les traditions, celles-là dans l'humanité, celles-ci dans l'Église, les unes et les autres peuvent se dire et sont en effet vérités révélées; et les vérités dites naturelles sont vérités révélées, aussi bien que les vérités dites révélées.
Par contre, si, par le mot naturel, on entend ce qui est de Pessence, de la nature de l'homme, ce qui est dû à cette nature, et peut être atteint par ses forces; dans ce sens, les vérités révélées ne sont pas naturelles, et les appeler de ce nom, c'est nier que ce fût uniquement par une surabondance de bonté et de miséricorde qu'en créant Phomme, Dieu daigna l'élever à l'ordre surnaturel de la grâce et le destiner à la vision béatifique dans