VÉRITÉ NATURELLE ET VERITE RÉVÉLÉE
le ciel ; c'est errer, c^est professer les hérésies de Baïus et consorts, qui ont enseigné « que les privilèges de la nature in(èijre, de la nature innocente et de la justice originelle, étaient (/«s à la nature humaine; que l'ordre de grâce est inséparable de Fordre de nature ; que le surnaturel est tellement dans l'essence du naturel, qu'un état de pure nature est impossible^ ce pour quoi il n'a pas existé ; » erreurs graves, qui renversent de fond en comble toute réconomie de la religion.
Mais si^ par le mot naturel, on entend ce qui est conforme^ non à la nature possible et abstraite, mais à la nature concrète et actuelle de l'homme ; si on entend ce qui est en harmonie avec une telle nature, que Dieu pouvait ne pas donner, mais qu'il a bien voulu donner à l'homme; si on entend ce qui élève, ennoblit et perfectionne cette nature, ce qui la guérit si elle est malade et la relève si elle est tombée; dire, dans ce sens, que Tordre de grâce, de rédemption et de gloire est 7iaturel à Thomme, et que es propositions exprimant ces sublimes et ineffables rapports, sont des vérités naturelles, c'est parler d'une manière conforme à la vérité; car la perfection étant le but naturel de tout être, rien ne lui est plus naturel que ce qui le relève, le réhabilite, le guérit, le complète, Pennoblit et le perfectionne.
Ainsi, par exemple, la résurrection de la mort n'est pas plus due à l'homme, après le péché, que l'immortalité ne lui était due dans l'état de pure nature. Mais, par un privilège singulier accordé au corps humain. Dieu, ayant daigné créer I'homme (non pas l'âme seulement) inexterminable : Creavit Deus hominem inexterminabilem (Sap., II, 23 ), c'est-à-dire. Dieu lui ayant conféré, pour ainsi dire, une nature surnaturelle, et, dans ce cas, la mort étant un inconvénient par rapport à cette nature, rien, dit saint Thomas, n'est plus naturel que la cessation de cet inconvénient par les mérites de la mort du Christ, le Restaurateur divin de la nature humaine; et, surnaturelle par rapport à la puissance qui l'opéra, la résurrection des morts est un phénomène tout naturel par rapport à la fin qui en sera la cause : Mors est inconveniens . Hoc autem inconveniens Christi morte suhlatum est. Resurrectio , quantum ad Finem naturalis est {Sum. contr. Gentil. y lib. IV, c. lxxxii.)
Ainsi encore, en tant qu'elle n'était nullement due à la nature
humaine et qu'elle est infiniment au-dessus de ses exigences et de ses forces naturelles, toute l'économie du christianisme est éminemment et essenWeWemeni surnotiirelle j mais , en tant que, par cette économie, la lumière divine dissipe les ténèbres de l'intelligence de rhomme, et que la grâce guérit les maladies de son cœur; en tant que, par cette économie, l'homme non-seulement est rétabli dans ses anciens rapports, mais est élevé à des rapports encore plus parfaits avec Dieu, avec ses semblables et avec lui-même; en tant que, par cette économie, Fhomme entier est, en un mot, restauré d'une manière plus splendide dans les conditions de sa nature originelle : Instaurare omnia in Christo {Ephes., ï); et que l'homme nouveau réapparaît sur les ruines du vieil homme, dans tout Téclat de la justice et de la sainteté de la vraie nature primitive, dans laquelle Dieu l'avait placé : Exspoliantes veterem hominem et induentes novum^ cum qui secundum Deiim creatiis est, in juslitia et sanctitate veritatis (Coloss., Il) ; dans ce sens, nous le répétons, rien n'est plus naturel à l'homme que le christianisme avec tous ses mystères, ses dogmes, ses sacrements, ses rites, ses lois et ses institutions; et les conceptions, les idées, les connaissances de toutes ces choses, souverainement surnaturelles et révélées, en tant que la raison ne les aurait même pas soupçonnées si Dieu n'avait pas daigné nous les révéler, et en tant qu'elles sont l'objet d'une foi surnaturelle et divine, ce sont cependant des vérités aussi naturelles que les vérités qu'on appelle naturel/es. Car, pour une nature élevée par grâce à l'état surnaturel, le surnaturel est trèsnaturel.
On voit, parla, combien sont insensés, contradictoires, absurdes, nos philosophâtres, qui, dans l'intérêt de ce qu'ils appellent la religion naturelle, font une guerre à mort à la religion surnaturelle et révélée. Si Dieu avait créé l'homme, comme pouvait le faire, dans l'état de pure nature^ sa religion, comme sa fin, n'ayant rien de surnaturel, aurait été une vraie religion naturelle; et une telle religion aurait vraiment existé. Mais, puisqu'il lui plut de le créer dans l'état de la 7iature intègre et de la nature innocente, ornée des privilèges et des grâces de la justice originelle; puisqu'il lui plut de destiner l'honmie à une fin tout à fait surnaturelle, que l'homme n'eût pu atteindre que