VEKITÉ NATURELLE ET VÉRITÉ RÉVÉLÉE
par (les moyens surnaturels, eux aussi; le surnaturel, tout en excédant, tout en surpassant ses exigences et ses forces, n'en est pas moins devenu une condition essentielle de la nature darïs laquelle Dieu Fa placé, n'en est pas moins devenu sa véritable nature. C'est pourquoi on dislingue cet état sublime, surnaturel et divin, par le nom (Vélat de la NA'rURE intègre et innocente. Dès lors, la religion surnaturelle, lui ayant été donnée et révélée comme le moyen le plus simple , le plus homogène et le plus naturel, d'atteindre la iin de cette surnaturelle nature, a été pour l'homme sa vraie, son unique religion naturelle. La religion qu'on appelle naturelle, et qui^ pouvant l'être, n'a jamais été la religion de l'homme, n^a plus rien de commun avec l'homme , n'est pas la religion de Fhomme; mais sa vraie et unique religion naturelle est la religion surnaturelle et révélée. Repousser donc la religion dite surnaturelle, pour s'en tenir à la religion qu'on appelle naturelle, c'est repousser la vraie religion naturelle de l'homme ; c'est réclamer, pour religion naturelle de l'homme, une religion étrangère à sa nature actuelle, inconvenante et même contraire à cette nature , une religion qui ne lui est pas naturelle , c'est se contredire dans les termes, c'est travailler dans le vide, pour la gloire du néant.
En outre, on n'a pas besoin de fah'e de longues études sur rhomme^ il suffit de s'arrêter quelques instants à considérer les étranges contradictions de son être, au point de vue physique et moral, pour se convaincre que, maintenant, il n'est pas dans les conditions primitives de sa création ; qu'il est une noble nature déchue des grandeurs et de l'éclat de son état originel ; qu'il est un roi détrôné ; qu'il est un riche personnage, tombé dans la misère; qu'il est une forte constitution blessée, malade dans ses parties les plus vhales; qu'il est un grand et splendide édifice tombé en ruines : Domus dédit ampla rninam.
Or, dans l'ordre des idées et des faits, rien n'est plus naturel que le retour d'un tel être aux grandeurs originelles de sa nature ; d'un tel propriétaire à la jouissance de son ancienne fortune ; d'un tel roi à la possession de son trône ; d'un tel édifice à son ancienne magnificence et à son ancienne beauté. Ce n'est que dans la Réparation par le Christ que la nature humaine trouve les moyens de sa réhabilitation ; les moyens de regagner tout ce
qu'elle a perdu, de reprendre son ancienne place^ de recouvrer son ancien état. Rien n'est donc plus naturel à l'homme que la nécessité de s'appliquer les mérites et l'efficacité de cette réparation , par la foi aux dogmes, par les pratiques des rites, par l'observation des lois du christianisme. Et la religion chrétienne, toute surnaturelle, sublime, divine qu'elle est, par son origine, par son but , par son économie, est cependant la religion la plus conforme à l'état actuel de la nature humaine, déchue de son état primitif, est la vraie religion naturelle de l'homme.
Dans son unité substantielle, l'homme, tel que Dieu l'a créé, est un être multiple : de cette multiplicité, de ces différentes manières d'être, jaillissent naturellement en lui des besoins différents, dont l'ensemble constitue sa nature actuelle. Par conséquent, les moyens de les satisfaire sont des choses conformes à cette nature, réclamées par elle, et, sons ce rapport^ sont des choses tout à fait naturelles.
En tant qu'être intellectif, il a besoin de la vérité complète, immuable, certaine, ou de la connaissance parfaite de Dieu et de soi-même, et de ses rapports avec Dieu, dans le temps et dans l'éternité. Comme donc ce n'est que dans la révélation chrétienne qu'il trouvera de quoi satisfaire cet immense besoin de son intelligence ; cette révélation , toute surnaturelle, ineffable, gratuite qu'elle est, de la part de Dieu qui l'a faite, est cependant un bienfait naturel pour Thomme intellectuel qui la reçoit.
En tantqu^être moral, capable de pécher, l'homme a besoin d'un moyen efticace qui l'éloigné du mal avant de le commettre, et qui l'aide à s'en délivrer après l'avoir commis, La Confession sacramentelle lui offre ce moyen. Toute surnaturelle quelle est, par rapport à son origine, — car Dieu seul a pu l'instituer et en faire une loi , — et par rapport aux prodiges qu'elle opère d'effacer le péché du cœur et d'y ramener la grâce sanctifiante, la confession est donc, comme l'ont dit Origène, saint Basile, saint Chrysostome , un remède aussi naturel pour l'âme pécheresse, que les médecines le sont pour le corps malade.
En tant qu'être perfectible et faible à la fois, l'homme a besoin de s'unir intimement à Dieu , parce que ce n'est que dans
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cette union qu'il peut puiser les aliments qui lui sont nécessaires pour vivre de la vie de l'esprit et atteindre sa perfection. La Communion eucharistique est le moyen ineffable d'une telle union. Quelque surnaturel qu'il soit, cet aliment divin ^ parce que c'est le chef d'œuvre des prodiges de la puissance et de la bonté de Dieu : 3IemoHam fecit mirabilium suorum misericors et miserator Dominus; escam dédit timentibus [se (Psal. CX^ 4); il est donc, comme l'a dit son divin Auteur, une nourriture et une boisson aussi vraies et aussi naturelles, pour conserver la vie de l'âme dans toute l'éternité, que le pain et le vin le sont pour conserver la vie du corps dans le temps : Caro mea VEKh: est cibus, sanguis meus VERE est potus; qui manducat hune panem vivet in xternum (Joan., VI, 56 ) (1).
En tant qu'être sensitif, en même temps qu'être intellectif et moral , l'homme n'en a pas assez de posséder Dieu dans son intelligence par la foi, dans son cœur par l'amour ; il a besoin aussi de l'avoir sous ses sens, de le toucher, de l'embrasser, de le porter sensiblement sur soi; et, par là, il a besoin de se le représenter sous des formes sensibles. C'est là la raison et l'origine des beaux-arts (2), par lesquels il se fait des images de toute espèce, de Dieu, de ses mystères, des œuvres de sa grâce, des Saints, et est heureux d'avoir sous ses yeux, sous sa main , sur sa personne, les choses saintes, les choses sanclitiées, qui rappellent Dieu à son esprit et à son cœur. Rien, sans doute, n'est plus surnaturel que le culte et l'usage de la Croix, des images sacrées, des reliques, de l'eau bénite et de tous les objets de dévotion : parce que la pensée que des choses purement matérielles, empreintes d'une certaine façon et consacrées par certains rites, peuvent produire des effets tout spirituels, est une pensée immense, que l'homme n'a pu se former lui-même, mais qui lui est venue d'en haut. Cependant ce culte divin est tellement conforme aux instincts, à la nature du chrétien, que le culte pu-
(1) Voyez le troisième volume de nos Conférences sur la raison catholique, où nous avons traité de ces grands Sacrements au point de vue de leur liarmonie avec la nature humaine.
(2) Pour une plus ample explication de cette doctrine, voyez, au même volume du même ouvrage, Confér. 19*', p. 314.
rement humain des images, des reliques et des souvenirs des parentS; des amis et de tout ce qu'on aime^ est conforme à la nature de l'homme; et ce sont là, pour Pâme vraiment chrétienne, des pratiques très-nécessaires et très-naturelles.
Il en est de même, on ne peut le répéter assez, de tous les autres dogmes, mystères, lois, institutions, rites et usages du christianisme. En tant que l'homme n'y , avait aucun droit, et qu'il n'a pu les imaginer ni les inventer, mais que c'est Dieu, et que ce n'est que lui qui les a révélés, établis, ordonnés , et que seule la vertu de sa grâce les rend divinement efficaces et fécondes : ce sont là des choses absolument et essentiellement surnaturelles. Mais , en tant que là seulement l'homme peut trouver la satisfaction des besoins légitimes résultant de sa nature primitive et de l'état de misère où il est tombé; en tant que ce n'est que par ces moyens qu'il peut devenir de nouveau l'homme de la nature surnaturelle que Dieu forma au commencement, et que le christianisme est tout entier dans les instincts, dans les exigences, dans les besoins, dans les hauts intérêts d'une TELLE nature: c'est, dans toute la rigueur du mot, la seule vraie religion naturelle de l'humanité dans l'état où elle se trouve actuellement ; et les soi-disant naturalistes , qui lui préfèrent la religion qu'ils appellent naturelle, ne savent ni ce qu'ils disent ni ce qu'ils font ; ils sont convaincus de rejeter la réalité de la vraie religion naturelle et de poursuivre la chimère d'une religion extra-naturelle, et même opposée à la nature de l'homme tel qu'il est; et, par là, ils sont en contradiction flagrante avec eux-mêmes ; ils sont les rebelles de la nature, méconnaissant les lois de la nature, autant que les lois de la grâce ; ils sont aussi pauvres philosophes que mauvais chrétiens, et la raison leur fait défaut autant que la foi.
Résumons en peu de mots cette grave discussion.
La révélation chrétienne est certainement surnaturelle, d'abord parce qu'elle n'était pas due à l'homme; ensuite parce que l'homme n'a pu l'inventer, parce qu'elle surpasse la portée de son esprit, et que les mystères du christianisme ne peuvent être compris par sa raison ; et enfin parce qu'il ne peut les croire et s'en appliquer les avantages que par la vertu de la foi et les secours de la grâce, qui est tout ce qu'on peut imaginer de plus