CE QUEST LA CERTITUDE. SES DIFFERENTES ESPÈCES
sans cause ; que telle couleur, tel son , telle forme extérieure d'une chose sensible, sont vraiment ce que nous les attestent la vue, l'ouïe et le toucher, fonctionnant dans leurs conditions naturelles, etc.; ce sont des affirmations ou des conceptions de rintellect, certaines d'une certitude intuitive.
La résolution d'une proposition dans ses premiers principes, où le raisonnement bien fait produit, lui aussi, la certitude, mais d^une manière médiate et indirecte, car ce n'est que ;;ar la comparaison de la proposition particulière avec un principe général, ou par le discours, que la raison parvient à s'assurer de l'existence du rapport entre le prédicat et le sujet de cette proposition, entre la manière dont Pintellect conçoit la chose et la chose même, c'est ce qu'on appelle la certitude discursive^ qui n'en est pas moins une véritable certitude : car, par le raisonnement, on arrive bien à se rendre certaine l'existence de Dieu , la spiritualité, la liberté et l'immortalité de l'âme, et la réalité des corps.
Bien des fois Fintellcct ne voit pas le rapport intime, intrinsèque, entre le prédicat d'une proposition et son sujet, entre la manière dont il conçoit la chose et la chose même. Cependant , subjugué, entraîné par Y autorité d'un témoignage au-dessus de toute exception, il n'en doute pas le moins du monde ; il n'en est pas moins certain que ce rapport existe, et qu'il y a équation parfaite entre le prédicat et le sujet de la proposition, entre sa manière de concevoir la chose et la chose même. C'est la certitude historique et d'autorité. C'est par une semblable certitude qu'on peut être et qu'on est vraiment certain de l'existence du monde spirituel, de la vie future, des faits et des choses éloignés par la distance des temps ou des lieux, et de tout ce qui surpasse la portée de l'inteUigence et de la raison humaines.
Seulement, dans ce cas,rintellect n'étant pas poussé au consentement par la perception du rapport entre le prédicat et le sujet d'une proposition^, entre sa manière de concevoir la chose et la chose même, il ne consent pas nécessairement, mais, en quelque sorte, électivement, non necessarib, sed per quamdam eleclionenif comme s'exprime saint Thomas. Or, le consentement donné par l'intellect en pareil cas, se dit Fox. La foi est donc, d'après le même Docteur, l'adhésion de l'esprit à des choses qu^on ne
voit pas, mais qu'on croit sur le témoignage des autres : Fidea est mentis adhœsio rei quam quis non videtj sed alteri dicenti crédit (P 2^ qu. 67, art. 3).
La foi est divine ou humaine. La première a une cause divine, parce qu'elle est un don de Dieu; a un objet divin^ parce qu'elle concerne Dieu et tout ce qui appartient à Dieu; produit un effet divin ou surnaturel, parce qu'en consentant , en vertu de cette foi, l'intellect éprouve une sécurité, une certitude qui surpassent toute sécurité, toute certitude qu'on peut obtenir par des moyens purement naturels et humains. La foi humaine n'a que des causes naturelles, un objet naturel, et ne produit qu'un consentement circonscrit dans les limites de la certitude naturelle.
Cependant, environnée des conditions qui lui sont propres, la foi, même humaine, aussi bien que le raisonnement, n^'en enfante pas moins une certitude véritable et même une véritable évidence, ou la certitude à son plus haut degré. En effet , de même que, pour n'être prouvée que par le moyen médiat du raisonnement, la vérité de cette proposition : « L'âme n'est pas corps, » n'en est pas moins certaine et moins évidente que la vérité de cette autre proposition résultant de l'intuition immédiate : a Une chose ne peut être et ne pas être en même temps ; » de même, pour n'être attestée que par le témoignage des autres, la vérité de l'existence de l'Amérique, que je n'ai jamais vue, n'en est pas, pour moi, moins certaine et même évidente que l'existence du soleil que je vois, a Appuyés sur le « témoignage d'autres hommes, » dit fort bien un philosophe jésuite, « nous croyons avec la même fermeté que la république, « l'empire et les personnages de l'ancienne Rome ont existé , c( comme en vertu de notre intuition immédiate nous croyons ({ que le tout est plus grand que la partie : Romanœ reipublicx « imperiumetres gestasy iestitnonio hominum persuasi, exstitisse a credimus, œquéac totum majus suà parte credamus. » (P. Gue- VARA S. J. Logica.)
g 2. le Scepticisme absolu et le Scepticisme \ckïiÉyi\q\:E.— Nécessité des cri- TÉRiLus de la certitude. — Comme il n'y a que trois espèces d'êtres, il n'y a que trois espèces de critériums de leur vérité. — L'Évidence intellec- TivE, l'Évidence sensible et l'Évidence historique. — Témoin infaillible de ce qui se passe en nous, le Sens intime n'est pas un critérium de la vé-