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LE SCEPTICISME ABSOLU ET LE SCEPTICISME ACADÉMIQUE

rite logique. — Il en est de même de ce qu'on appelle le Sens commun de LA Nature. — En quoi ce Sens commun diffère du Sens commun des Sco-

LASTIQUES.

Équation entre Tintellect et la chose, la vérité peut être considérée comme étant dans l'intellect, et comme étant dans la chose. Comme étant dans la chose, la vérité n'est, comme on Fa vu (p. 15), que l'équation entre la chose et les raisons éternelles de l'Intellect incréé ; et c'est la vérité métaphysique, ou objective. Gomme étant dans notre intellect, elle n'est, ainsi qu'on Ta vu aussi {ibid.), que Péquation entre la conception que l'intellect créé s'est formée de la chose et la chose même ; et c'est la vérité logique ou subjective. La doctrine que nous venons d'exposer, sur la nature et les différents degrés de la certitude, ne concerne que la certitude de celte dernière vérité, et non la certitude de la première; ce n'est que la certitude subjective, et non la certitude objective, deux choses aussi différentes l'une de l'autre que la cause l'est de l'effet et l'effet de la cause, et que, trop souvent, l'on confond dans la présente question.

Tandis que la certitude subjective n'est que l'adhésion, plus ou moins complète, de l'esprit humain à la conception qu'il s'est formée de la chose ; la certitude objective n'est que dans la manière dont le prédicat d'une proposition se rapporte à son sujet, et dans la manière dont la proposition se présente à Pintellect et en devient Vobjet. La certitude objective est donc, elle aussi , de différentes espèces, et est susceptible de différents degrés.

Il y a des propositions dans lesquelles le prédicat se rattache à son sujet d'une manière nécessaire, absolue, immuable, et dont le contraire imphque contradiction , et ne peut se faire, pas même par la toute-puissance de Dieu ; ces propositions se disent certaines d'une certitude métaphysique et ynathématique.

Ainsi, ces propositions : « Dieu n'a pas de principe et n'aura jamais de fm; une chose faite ne peut pas n'être pas faite ; deux choses qui ressemblent de la même manière à une troisième chose, se ressemblent de la même manière entre elles; tous les angles droits sont égaux , etc., » sont métaphysiquement et mathématiquement certaines.

Les propositions dans lesquelles le prédicat ne se lie au sujet que selon les lois de la nature physique, ou d'une manière con-

lingente, se ô\sewi pJujsiquement certaines. Que les morts ne ressuscitent pas ; que tout corps, si rien ne l'en empêche, tombe en bas; que le feu brûle, que la lumière éclaire, que le jour suit la nuit et la nuit le jour, ce sont des vérités certaines d'une certitude naturelle, phijsique; parce que, sauf un miracle de la part de l'Auteur souverain des lois de la nature, il en est, il en sera toujours ainsi, et jamais il n'en pourra être autrement.

Dans certaines propositions, le prédicat ne convient au sujet que selon les lois communes, ordinaires de la nature morale^ ou dans la presque généralité des cas, mais non dans tous les cas : Ut in plurimis , non ut in omnibus, comme s'exprime saint Thomas. La certitude de ces propositions s^appelle certitude morale. Ainsi il n'est que moralement certain : qu\m enfant mal élevé deviendra un triste sujet; que le jugement d'un grand nombre de savants est plus sûr que celui d'un seul ; que, selon le proverbe, plusieurs yeux \ oient mieux les choses qu'un seul œil : Plus vident ocuU quàm oculus. etc., parce que c'est ainsi que ces choses ordinairement et communément arrivent, et le contraire n'arrive que fort rarement.

Les degrés de la certitude objective varient encore, selon la différente valeur des preuves d'une proposition démontrable. Lorsqu'une telle proposition , comme celle-ci : — L'âme humaine est immcnlelle, — est démontrée par tous les arguments qui lui sont propres, de manière qu'on ne puisse raisonnablement douter de sa vérité, elle se dit une proposition certaine ou simplement une thèse. Lorsqu'elle n'a qu'un nombre plus ou moins grand de preuves ou de témoins en faveur de sa vérité, et un nombre plus ou moins petit de témoins et de preuves contre elle, on la dit une proposition plus ou moins probable ou simplement une hypothèse, une opinion. Ainsi le mouvement de la terre autour du soleil, bien que prouvé par de forts arguments , et admis par la grande majorité des astronomes , ayant cependant contre lui plus d'une objection insoluble et plus d'un astronome distingué, n'est qu'une opinion, une hypothèse très-probable^ et non une vérité certaine (1).

(I) Un aslroiicme célèbre, le P. Piazzi , théatin , celui qui, au commence-

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Lorsque enfin les preuves et les autorités pour égalent^ ou à peu près, en nombre et en valeur, les preuves et les autorités contre une proposition^, cette proposition n'a pas droit au consentement, même incomplet, môme joint à la crainte que le contraire soit vrai. Elle laisse l'esprit dans le doute de sa vérité, se nomme une proposition douteuse, incertaine, et on est pleinement maître de l'admettre ou de la repousser.

Par cette distinction entre la certitude objective et la certitude subjective, d'abord on comprend en quoi les vrais sceptiques, ou les sceptiques absolus, diffèrent des sceptiques 7ni figés, des sceptiques selon un certain rapport, secundum qiiid, ou des sceptiques dits académiciens.

Les premiers sont ceux qui nient Texistence de tout rapport, soit métaphysique, soit physique, soit moral, entre les choses et les prédicats qu'on leur attribue. En sorte que, selon eux, toute chose, à quelque ordre qu'elle appartienne, n'est ce qu'elle est que pm' hasard, d'une manière purement accidentelle, pouvant être tout autrement, et même pouvant n'être pas du tout. Ce sont, comme on le voit, les philosophes matérialistes et athées, pour lesquels. Dieu n'existant pas, les natures des choses ne sont pas les raisons divines réahsées; il n'y a pas d'équation entre les choses et l'intellect divin, il n'y a pas de vérité intrinsèque ou objective; et, par conséquent, on ne peut rien affirmer ni rien nier avec certitude sur la nature et l'être de ce qui est.

Les sceptiques mitigés ou les académiciens reconnaissent que les prédicats en grand nombre conviennent plus ou moins nécessairement m\x suieis auxquels on les attribue; qu'il y aune foule de choses qui ne peuvent être autrement que ce qu'elles sont, et qu'il y a équation réelle entre leur nature et les raisoDS éternelles de la Nature ou de l'Auteur de la nature. Seu-

ment de ce siècle, a découTert la planète Cérès Ferdinandée, et qui a doté la science de l'ouvrage classique le Catalogue des étoiles fixes, nous disait un jour : « Mon fils, le système de Galilée, sur le mouvement de la terre, est bien «loin, je te l'assure, d'être démontré d'une manière péremptoire; mais le « moyen, pour nous autres astronomes, de soutenir le contraire sans s'exposer « à se faire lapider? »

lement ils pensent que, faute de moyens sûrs et certains, l'homme ne peut jamais connaître d'une manière certaine cette équation. C'est-à-dire qu'en admettant la certitude objective dans les choses, ils désespèrent d'arriver à posséder la CQvWiwàe, subjective dansTintellect, et affirment «que Fhomme ne peut atteindre tout a au plus que la vérité probable ; mais que, quant à la vérité cer- (( taine, ce n'est pas son partage, elle lui est absolument interdite.» C'est, en propres termes, le scepticisme académique de tous les temps ; car Cicéron , grand partisan , interprète et témoin de l'ancienne Académie, a dit : iSos probabilia sequimur ; percipi quid posse negamus. (Ql.est. àcad., passim.) Et M. de Gérando, grand partisan, à son tour, interprète et témoin de la moderne Académie, s'est ainsi exprimé : « Les philosophes demandent (( une chose qui serait , sans doute , bien agréable et bien « commode dans l'usage, lorsqu'ils veulent trouver un crite- « rium... ]\lais ils demandent une chose TOUT A FAIT IM- (( POSSIBLE , et l'inutilité des tentatives qui ont été faites a DANS TOUS LES TEMPS pour l'obtenir, suffirait pour en « démontrer ITMPOSSIBILITÉ. La destinée de notre raison sea rait trop brillante et trop heureuse s'il existait, pour la véurité, des caractères si apparents qu'ils pussent être recon- « nus du premier coup d'œil. Il nest rien qui puisse affranchir « du devoir d'une réflexion patiente et méthodique ( Histoire (.{des systèmes comparés, etc., tom. 1).» C'est dire que la destinée de la raison est de chercher toujours la vérité sans pouvoir jamais la rencontrer.

En second lieu , il est évident qu'entre ces deux espèces de certitude il n'y a pas toujours un rapport nécessaire, intime, infaillible. En sorte que les choses qui sont objectivement certaines, ou les choses les plus certaines en elles-mêmes, ne sont pas pour cela subjectivement certaines, ou certaines aussi pour l'esprit humain. Le mystère de l'Unité et de la Trinité de Dieu est une vérité métaphysiquement et absolument certaine en elle-même. Cependant, pour quelques esprits , il n'est rien de plus qu'une opinion ; pour d'autres, il n'est qu'une absurdité. Au contraire, bien des fois l'esprit est certain d'une chose , et cependant il se trompe, et admet, comme une vérité subjectivement certaine, ce qui est objectivement faux. Les musulmans

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