FAUSSETÉ DE CE CEITEIUUM
Ions librement le Bien, c'est par un don de Dieu aussi que nous connaissons évidemment le Vrai. Cette proposition : « L'évite dence est une règle de la vérité par soi, tout à fait indépen- (( dante de la véracité de Dieu, » est donc aussi impie que cette proposition de la même école semi-rationaliste, formulée dernièrement par le P. Chastel, et que nous avons réfutée dans la Tbadition : « La moralité de la loi naturelle est tout à fait indé- {( pendante de la volonté de Dieu. » La Philosophie de Lyon a donc prétendu redresser une erreur logique de Descartes, par une hérésie des anciens et modernes matérialistes. Gloire à la Philosophie de Lyon et aux ecclésiastiques qui la commentent et l'enseignent !
Voici un dernier argument péremptoire et sans réplique contre le critérium cartésien de la perception claire et distincte. «Je me suis souvent aperçu, dit Descartes , que ce que j'af- « firmais était bien autre chose qu'une vérité ; et cependant , (( trompé par Phabitude de croire^ je croyais en avoir la perce ception la plus claire possible, tandis qu'en vérité je ne le « percevais point du tout (1). » Comment donc la perception claire et distincte serait-elle un critérium infaillible de la vérité, puisque non-seulement elle n'atteste pas toujours la vérité, mais bien souvent est une illusion, une erreur elle-même? « Combien c( de choses, dit encore Descartes, j'avais admises comme vraies « Je me suis convaincu ensuite qu'elles étaient fausses, et que (( tout ce que j^avais construit sur un tel fondement n'était rien c( moins que certain (2).» Confession précieuse ! C'est, en deux mots, l'histoire de la philosophie cartésienne, tracée par son auteur. Car, en effet, cette philosophie n'est qu'une construction bizarre de systèmes n'ayant que le faux ou le néant pour base, et que son architecte même a fini par reconnaître ne pouvoir pas longtemps durer.
(1) «■ Aliud quiddam erat quod affirmabam , quodque etiam, ob consuetudi- « nem credendi,clare me percipere arbitrabar > quod taraen re ver a non perci- « piebam {Médit. II.) »
(2) <c Animadverti quam viidta falsa pro veris admiserim, et quam dubia sint « qusecumque istis super struxi {Médit. 1).» Verumtamen ?7iw/^a prius certa « et manifesta admissi, quse tamen postea dubia esse deprehendi {Médit, il). »
Ainsi donc^ la doctrine du critérium cartésien de la certitude n'est qu'un échafaudage de vains mots, de sophismes, d'absurdités, et ce même critérium est reconnu insuffisant et trompeur par Texpérience et les aveux les plus formels de son propre auteur.
§ 8. Deuxièvie critérium additionnel du dogmatisme : La peine intérieure DE l'ame, de Malehranclie. — Preuves que ce critérium n'est qu'un délire, et la sanction de tous les délires.
Quoique cartésien jusqu^au fanatisme, Malebranche comprit bien toute la difficulté qu'a l'homme de s'assurer de la sincérité de son évidence par le moyen de la perception claire et distincte de Descartes. Dans son traité de la Recherche de la vérité , il se mit donc à chercher un signe plus simple, plus sur, plus caractéristique de la vraie évidence ; et, après force méditation et recherches, il crut l'avoir trouvé dans la force irrésistible que l'évidence exerce sur resprit, lorsqu'elle est vraie et légitime, et dans la souffrance intérieure qu'o?i éprouve en voulant %j résister, ((Si vous ne voulez pas, a-t-il dit, être le jouet d'une évidence (( fallacieuse , vous devez vous tenir toujours sur vos gardes, et « ne jamais prêter un consentement plein et entier qu'aux pro- « positions si évidemment vraies, qu'on ne peut les nier sans ff mettre à la torture sa conscience et sans s'exposer aux rea proches de la raison en colère. Bref, vous ne devez céder qu'à « ces évidences que vous verrez clairement ne pouvoir rejeter « sans faire un usage détestable de votre liberté (1). »
Sur l'autorité de Malebranche , les philosophes de la même école, et presque tous les modernes fabricants de logique, ont, en différents termes, répété la même chose , en affirmant que la fausse évidence ne produit dans notre esprit qu'une impression très-légère et fugace , et que, lorsqu'elle est sincère et réelle , elle domine tellement l'esprit qu'il n'est plus maître de la re-
(1) «Neassensum plénum unquam praebeas nisi propositionibus adeo eviden- « ter Teris, ut illas sine interne quodam cruciatu, tacitoque rationis murmure, « non possis denegare, id est nisi clare intelligas te liberlate tua perperam usu- « rum, si assensum tuum denegares {de Inquirend. veritat., lib.I, c. 2, § 4). »