‹ La philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 43 sur 76 · WOLFF ET LA LOGIQUE · texte numérisé non relu

WOLFF ET LA LOGIQUE

dès sa première apparition dans le monde philosophique^ la Logique de Wolff rencontra une foule d'admirateurs fanatiques et de satellites dévoués. Le jésuite Mako et son confrère, son écolier et son successeur dans la chaire de philosophie à Vienne, le P. Storchenau, furent de ce nombre. Leur Logique n'est qu'un calque, plus ou moins fidèle, mais toujours pitoyable, de celle de Wolff. Cependant, à l'aide de la puissante influence 'que la corporation dont ils étaient membres exerçait dans l'enseignement des sciences et des lettres , ils parvinrent à accréditer le dogmatisme logique, non-seulement en Allemagne, mais encore en Italie et même en France. Pendant tout le dix-huitième siècle, toutes les écoles n'enseignèrent que ce dogmatisme ; et les écoles cartésiennes elles-mêmes, tout en conservant , pour l'honneur du maître , les critériums additionnels qui leur étaient propres, consacraient les deux tiers de leurs cours élémentaires de logique à exposer et même à multiplier les règles et les préceptes de la logique, concernant le raisonnement , en tant que dernier critérium de la vérité.

Dans la triste nécessité où nous sommes d'examiner aussi ces critériums additionnels du dogmatisme rationnel, après avoir examiné ceux du dogmatisme idéal, nous sommes heureux de ne pas être obligé d'aller les chercher dans les différents cours de logique où ils sont épars, les trouvant tous réunis dans l'Aiix lo- Gico -CRITIQUE de l'abbé Genovesi, le Wolff de l'Italie, quoique aussi pauvre philosophe que littérateur distingué. C'est le travail le plus complet qui ait été fait sur la logique, dans les temps modernes. G^est dire que c'est un travail dans lequel l'élégance du style le dispute à l'énormité des extravagances de la raison, et au ridicule sérieux de la pédanterie. L'auteur y a renfermé, en CINQ livres, tout ce que les Esculapes intellectuels, anciens et modernes, grecs et latins, allemands et français , ont prescrit pour guérir l'esprit des maladies de l'erreur, et lui assurer la santé par la possession de la vérité au moyen de la logique.

Voici donc un résumé critique de ce code médical de la philosophie dogmatiste. 11 est divisé en deux parties : la première, toute 'pathologique, contient les remèdes contre toute espèce

de faux ; la seconde^ tout hygiénique, a trait à la conservation de toute espèce de vrai.

Inutile d'observer qu'il ne s^agit pas ici de faire justice des folies d'un auteur particulier presque ignoré en France^ mais des folies qui se trouvent consignées, en toutes lettres, dans tous les livres des logiciens dogmatistes, et que Genovesi n'a fait que réunir dans son ouvrage. Voici donc ce que le dogmatisme rationnel moderne a su inventer touchant l'infaillibilité de la raison privée.

Les sources de toutes les fausses conceptions de l'intellect, qu'on prend pour des vérités, sont au nombre de trois : TAme, le Corps et les Objets qui sont hors de nous.

Les causes d'erreur venant de l'âme sont ; 1° la triste nature de notre intelligence , jointe à un désir intempérant de savoir; 2** les vices de la volonté, gâtée par l'amour-propre ; 3° l'indocilité des passions.

De la part du corps, sont des causes d'erreur : 1° son poids et son inertie; 2° son mauvais tempérament; 3'' les jeux de la fantaisie; 4^ l'infidélité et la stupidité des sens.

Enfin, de la part des objets extérieurs, nous sommes induits en erreur : 4° par des parents ignorants ou imbéciles; 2" par des maîtres incapables; 3° par les préjugés populaires.

Mais remarquez bien que ces dix causes ne sont que des causes TEÈs-GÉNÉRALEs dc trompcuscs évideuccs, et qui en enfantent à l'infmi d'autres moins universelles. L'Art logico-critique n'ose pas même les indiquer, tellement le nombre en est grand (1).

Les choses étant ainsi , un bon logicien en conclurait que la guérison parfaite de l'esprit n'est ni facile à pratiquer ni sûre par rapport à son résultat, et que les recettes de la logique (comme s'exprime Bacon) pourraient bien augmenter le mal au lieu de le guérir. Le dogmatisme logique ne s'effraye pas pour si peu. Les causes des infirmités de rintellect seraient mille fois plus noinhreuses et plus universelles, qu'il ne croirait

(I) « Haec sunt causse maxime universales. Ex his porro fluunt infinitx « alise ^ minus universales, quas singillatim enumerare longissimi esset operi»

« (ARS LOGICO-CRITICA, Ub. I, C. 2, § 15). »

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