III
raine, en choisissant les maîtres les plus éminents et en jugeant^ en dernier ressort, des doctrines de ces mêmes maîtres émineniissimes qu'il s'est choisis. En gardant quelque chose de leurs enseignements, il ne doit se laisser imposer ni par l'autorité de leur nom ni par la force de leurs raisonnements: il ne doit adopter que ce que sa raison comprend et juge conforme à la vérité, en sorte que, même dans les choses qu'il apprend des autres, au fond il ne croie qu'à lui-même ; c'est-à-dire qu'il soit, en même temps, écolier et maître : écolier, parce qull écoute, maître, parce qu'il juge souverainement ce qu'il a écouté. C'est, comme on le voit, le renversement de l'ordre de la méthode naturelle de tout apprentissage, que saint Augustin avait renfermée dans cette belle parole : «Tout homme qui veut apprendi^e doit croire; il n'appartient qu'aux doctes d'examiner : Disccniera oportet credere ; doctum expendere ^ De L'tililate credendi], »
Dépouillés donc des formes de leur gravité ridicule et des mots ronflants dans lesquels ils sont amenés, ces étranges canons peuvent se réduire en un seul, et le voici :
(( Soyez sapient avant de commencer à savoir. Acquérez {( toutes les sciences avant de vgus mettre à l'étude d'une seule « science. Faites-vous maître et juge des grands hommes et de « leurs œuvres avant de devenir leur disciple. Dans toute science, a suivez toujours ce qui est vrai et ce qui est ceriaiu, avant de « connaître la voie d'ariver à la vérité et à la certitude. Possédez « la vérité, si vous voulez éviter l'erreur; évitez l'erreur, si vous « voulez posséder la vérité ; et tout cela avant d'avoir connu ce « que sont et en quoi consistent la vérité et Terreur Du reste, « croyez ce qu'il vous plaît, et vivez comme vous croyez. »
Voilà ce que le dogmatisme logique propose à Thomme, comme remède contre l'erreur, comme gage infaillible du lot de la science de la certitude et de la certitude de la science. C'est, il faut en convenir, à faire envie aux plus intrépides parmi les saltimbanques et les arracheurs de dents. Car jamais ces escamoteurs de la créduhté populaire n'ont vendu plus cher le néant , n'ont prêché plus sérieusement le ridicule, n'ont poussé plus loin les bizarreries du paradoxe, le courage du mensonge, l'outrecuidance de la contradiction et de l'absurde.