‹ La philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 47 sur 76 · AUTRES CANONS · texte numérisé non relu

AUTRES CANONS

§ 16. Autres innombrables canons, proposés par le dogmatisme comme remèdes contre l'erreur, également vains et absurdes. — Ils ne prouvent que l'impuissance du dogmatisme , impuissance reconnue par lui-même, à guérir l'homme des préjugés.

N'allez pas croire qu'en se fixant profondément dans la mémoire et en observant religieusement ces canons^ dont un seul ne saurait être superficiellement observé qu'au moyen de longues années d'études, l'élève de la philosophie cartésienne ait assuré la guérison et la santé de son esprit. Ces canons ne sont que les moyens généraux d'éviter Verreur. Dans sa sollicitude généreuse, pour mener à bon terme Taffaire de la certitude^ le dogmatisme en a octroyé bien d'autres, qu'il ne faut jamais perdre de vue pour se mettre à l'abri des fausses évidences qui dérivent des trois sources susindiquées.

Pour éviter les erreurs qui naissent des passions, on vous offre d'abord cinq canons généraux. Et puisque chaque maladie demande son remède, on vous prescrit dix autres canons pour régler les passions en particulier, en vous prévenant cependant qu'ils sont vains et insuffisants; car on vous dit que : « Donner « des règles, afin de ne pas être entraîné dans Terreur par ses « passions, c'est chanter aux sourds, parce que les passions nous « entraînent à mal juger malgré nous (1). »

Quant aux erreurs qui jaillissent du corps, on vous donne des préceptes particuliers pour chacune de ses misères, savoir : six canons pour vaincre V inertie ; cjuatre canons généraux pour réprimer et modérer le tempérament corporel; cinq pour les naturels sombres et mélancohques , et quatre encore, et ceux-là gros de sentences, pour bien vser des sens.

Ce n'est pas tout. Ayant découvert que les idées et leurs expressions donnent lieu à un nombre intini d'erreurs, voilà sept canons généraux concernant les idées ; trois pour se bien fixer par rapport à leur origine , et neuf, tous fondamentaux, pour bien distinguer les vraies idées des fausses, mais qui, seuls, ne valent pas grand'chose. C'est pourquoi on vous présente VINGT-

(1) « Sed id est cancre surdis ; affectibus enim ad judicia quasi inviti ra- «' pimur [Loc, cit., I, c. 9, § 21).»

SEPT théorèmes touchant la nature et Tusage des idées, en vous avertissant que, « à moins qu'on n'ait toujours ces théoce rèmes devant les yeux, on ne peut nullement être certain de « la vérité des idé^s. »

Passant à parler de la méthode, ou de la voie de parvenir à la vérité, le génie législatif médical du dogmatisme logique se montre encore plus fécond. Ayant distingué la méthode en méthode synthétique et en méthode analytique, il établit cinq canons, communs à toutes les deux; puis il assigne quinze canons particuliers pour la méthode analytique , huit pour la synthétique, en vous déclarant que l'observation de ces canons ne vous dispense pas le moins du monde de la nécessité d'observer QUARANTE autres canons pour Vexacte interprétation des livres; QUARANTE autres canons encore pour bien user de l'autorité; quatre autres pour l'usage des ternies en général; sept pour les termes des idées simples; seize en surplus pour les termes des substances et les modes des êtres; sept pour les expressions des idées relatives ; nevf pour les mots des idées abstraites; et douze avertissements sérieux pour vous prévenir contre l'abus et Vimperfection des mots.

Les remèdes que le dogmatisme logique propose contre les préjugés ne sont ni moins nombreux, ni plus efficaces, ni plus sensés, ni plus sérieux. En voici un échantillon :

l^"" Canon. « Ne méprisez le talent de personne; ne pesez pas « à la balance des préjugés, mais à la balance de la raison , les « opinions des hommes. Ne mettez au poids que le mérite des « livres, des œuvres, des nouvelles découvertes, et oubliez leurs « auteurs. Prenez garde que la force de l'habitude et du siècle « dans lequel vous vivez ne vous enlève cette liberté de philosoapher QU EST UNE CHOSE DIVINE. Ne croyez à personne « plus qu'il ne faut. Ne repoussez personne sans motif (1). »

(1) fi Tu nullius hominis contemnito ingenium. De humananim mentium co- « gilatis non e\ iillo praejudicio , sed e\ ratione, judicato. Librum, opéra, in- « venta ipsa, aequa lance appeudito, non auctorem. Libertatem philosopliandi, (( qua^ DIVlNA QU.EDAM RES EST, ut ne vis consuetuilinis et seculi secum « abripiat, caveto. Isulli requo jiistius credito. Neminem sinj ratione aversa- « tor ( Loc cit., lib. T, c. 0, § 10). »

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